Coton azotique : risques et consignes à Paulilles (1931-1932)

Coton azotique : risques et consignes à Paulilles (1931-1932)

 

 

Introduction du coton nitré dans la nitroglycérine

 

Mise au point par Alfred Nobel et produite industriellement à compter de 1877, la fabrication de dynamite gomme devient une production clé de la dynamiterie de Paulilles, évinçant rapidement la production des dynamites classiques, initialement produites à base d’absorbants inertes.

Imbibé d’acide nitrique – également appelé acide azotique – le coton azotique est alors introduit dans les pétrins de la dynamiterie, afin de permettre la fabrication de « dynamite gomme ». Avant d’être mélangé à la nitroglycérine, préalablement purifié, humidifié puis séché, ce coton azotique constitue, par son premier traitement aux acides, une matière dangereuse.

Consignes de 1932

Cette dangerosité est encore perceptible dans une série de consignes de la dynamiterie édictées en 1932. L’accent est mis sur les soins et l’attention à apporter à la manipulation, sur le contrôle de la pureté des matières premières, en bref sur toutes les dispositions à prendre afin de prévenir ou limiter les accidents : usage d’outils spéciaux, interdiction du fer, préférence pour le bois et le caoutchouc comme matériaux adaptés à la manipulation de ce coton devenu explosible.

Le personnel spécialisé est ainsi assujetti à l’usage du tournevis en bronze, de la pelle et du porte-sac en bois, de la balance romaine en cuivre, laiton ou plomb, des chaussures d’intérieur et doit assurer une surveillance constante de la température. Ces précautions n’évitent pas le danger : les consignes de 1932 font suite à un accident mortel survenu l’année précédente, provoquant l’émoi des populations.

En 1891, un séchoir à coton azotique avait également fait explosion, provoquant le décès de jeunes ouvrières, sur lesquelles reposait la responsabilité de telles manipulations.

E. PRACA

 

 

CONSIGNES

31 octobre 1932

Atelier de tamisage du coton azotique humide

 

Le bâtiment n°50 est affecté exclusivement au décaissage, au tamisage et à la mise en casiers du coton azotique humide.

Il ne devra jamais contenir plus de 500 kg de matière brute correspondant à 400 kg de matière sèche.

L’ouverture des caisses doit être effectuée sous l’abri extérieur, à l’aide d’un tournevis en bronze, en évitant les chocs et frictions.

Chaque caisse ne doit être ouverte qu’au moment du besoin, et seulement lorsque la caisse précédente aura été vidée.

En fin de travail on devra évacuer les caisses vides et refermer la caisse entamée s’il y a lieu.

Il est interdit d’introduire aucun outil en fer dans l’atelier.

On ne doit pénétrer dans l’atelier qu’en chaussures d’intérieur.

Si le coton azotique paraissait moins humide qu’à l’ordinaire il y aurait lieu d’aviser le Chef de fabrication avant de procéder au tamisage.

Tout corps étranger trouvé dans le coton azotique doit en être retiré et remis au chef de fabrication qui en informera l’Agent du Service des Poudres.

Toute infraction à la présente consigne, portant atteinte à la sécurité de la dynamiterie, entraînera le renvoi de son auteur.

 

31 octobre 1932

Séchage du coton azotique

 

Les bâtiments 52 et 53 sont affectés exclusivement au séchage du coton azotique.

Chacun d’eux ne devra jamais contenir plus de 180 kg de coton azotique évalué en produit sec.

Le coton azotique sera introduit dans les séchoirs, tamisé et placé dans des tiroirs de séchage. Toute opération de transvasement, mise en sacs, pesage, etc…est interdite à l’intérieur des séchoirs.

L’air chaud servant au séchage ne devra jamais dépasser la température de 55°C à son entrée dans le séchoir.

La température à laquelle le coton azotique sera porté au cours du séchage ne devra pas dépasser en aucun point 55°C.

Il est interdit d’introduire dans les séchoirs, aucun objet quelconque en dehors des tiroirs de séchage.

Tout choc, tout frottement, doivent être absolument évités.

Le déchargement du coton azotique sec ne pourra être effectué qu’après refroidissement de la matière dont la température ne devra pas dépasser 35°C.

Tout séchoir en cours de déchargement, ne pourra recevoir de coton azotique humide, avant l’évacuation complète du coton azotique sec.

Au moins une fois par mois, les séchoirs seront nettoyés complètement par tout moyen approprié, de façon à atteindre toute la surface intérieure. Mention de cette opération sera faite sur un cahier Ad hoc.

On ne doit pénétrer dans les séchoirs qu’en chaussures d’intérieur.

L’entrée des séchoirs est interdite à toute personne étrangère au service.

Toute infraction à la présente consigne, portant atteinte à la sécurité de la dynamiterie, entraînera le renvoi de son auteur.

 

31 octobre 1932

Pesage du coton azotique sec

 

Le bâtiment n°51 est affecté exclusivement au pesage et à la mise en sacs du coton azotique sec.

Il ne devra jamais contenir plus de 180 kg de coton azotique sec.

Les casiers de séchage contenant le coton azotique sec devront être vidés doucement au fur et à mesure de leur arrivée et les casiers vides évacués aussitôt.

Le coton azotique sec ne devra être manipulé qu’avec une pelle en bois légère et en prenant soin d’éviter tout frottement.

On ne fera usage pour le pesage que d’une balance romaine, à fléau en cuivre, accrochée au plafond, dont les couteaux et les chapes seuls seront en acier, le fléau, les crochets, contrepoids et plateaux étant en cuivre, laiton ou plomb. Aucun poids mobile ne devra être utilisé.

Il est interdit d’introduire dans l’atelier des objets quelconques autres que ceux indiqués ci-dessus, les sacs en toile caoutchoutée et un porte-sac en bois.

L’état des sacs doit être vérifié avant leur emploi.

L’entrée de l’atelier est interdite à toute personne étrangère au service et plus spécialement à tout ouvrier des ateliers de nitration, de filtrage ou de pétrissage autres que les pourvoyeurs des pétrissages, lesquels ne devront transporter que les charges de coton azotique et ne devront pas manipuler de nitroglycérine ou de dynamite nue. 

On ne doit pénétrer dans les séchoirs qu’en chaussures d’intérieur.

En temps de pluie les sacs de coton azotique devront être protégés par une bâche caoutchoutée pendant leur transport aux ateliers d’incorporation.

Tout corps étranger trouvé dans le coton azotique sec devra en être retiré et remis au chef de fabrication qui en informera l’Agent du Service des Poudres.

Toute infraction à la présente consigne, portant atteinte à la sécurité de la dynamiterie, entraînera le renvoi de son auteur.

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SOURCES

Coton azotique : consignes dactylographiées, 1932 - Archives privées.

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA Edwige, Dynamite de Paulilles - Explosion du 24 octobre 1931, Rubrique Risques, partie Accidents/Explosions.

PRACA Edwige, Dynamite de Paulilles - Consigne des séchoirs à coton azotique - 1956, Rubrique Risques, partie Protection sociale.