DERIVES du GLYCOL et MORT SUBITE

 

Selon le constat fait par son inventeur, Alfred Nobel, la dynamite ne présente qu’un seul défaut : elle gèle trop rapidement. Comment anticiper et annihiler les effets du gel sur cet explosif, compromettant pour son usage universel ? La question reste posée chez les industriels du secteur à la fin du XIXe siècle. Elle semble résolue en 1927, lorsque la dynamiterie de Paulilles procède à l’introduction systématique de dérivés de glycol dans sa fabrication industrielle de nitroglycérine.

En 1952, un rapprochement est toutefois opéré à l’étranger, entre de nombreux cas de mort subite et l’intoxication du personnel à ces composants. En France, les cas de mort subite ne sont toutefois pas pris en compte rapidement : il faut attendre un décret du 2 février 1983 pour que la pathologie cardiovasculaire résultant de cette exposition figure au tableau officiel des maladies professionnelles. 

En définitive, l'introduction de dérivés du glycol dans la nitroglycérine aggrave l'effet hypotenseur de cette matière sur l'organisme des travailleurs. L'histoire de ces composants est désormais retracée lors des visites guidées effectuées sur l'ancien site dynamitier, et fait partie des aspects de l'histoire sanitaire et sociale transmise aux visiteurs par Aline Montesinos-Sans, guide attachée à la Maison de site de Paulilles.

E. PRACA

 

DOCUMENT – 2000

Extrait de texte

 

« Lorsqu'on a introduit pour la première fois le dinitrate d'éthylène-glycol (EGDN) dans la fabrication de la dynamite, on n'a rien observé d'autre que des effets similaires à ceux qui affectent les travailleurs exposés à la nitroglycérine - céphalées, transpiration, rougeur de la face, hypotension, palpitations et étourdissements, en particulier lors de la reprise du travail, le lundi matin et après une absence. L’EGDN, qui est absorbé par voie respiratoire et percutanée, a cependant un effet hypotenseur aigu non négligeable.

Lorsque les premiers cas de mort subite se sont produits parmi le personnel de l'industrie des explosifs, personne n'a immédiatement soupçonné l'origine professionnelle de ces accidents, jusqu'à ce que, en 1952, Symansky attribue à une intoxication chronique par l’EGDN de nombreux cas de décès déjà observés chez les fabricants de dynamite aux États-Unis, au Royaume-Uni et en République Fédérale d'Allemagne. D'autres cas ont été alors observés, ou du moins suspectés, dans un certain nombre de pays, tels que le Japon, l’Italie, la Norvège et le Canada.

Après une période d'exposition qui varie souvent entre 6 et 10 ans, les travailleurs exposés à des mélanges de nitroglycérine et d’EGDN peuvent se plaindre de douleurs thoraciques soudaines évoquant une crise angineuse ou mourir soudainement, généralement dans les 30 à 64 heures suivant la fin de l'exposition soit pendant leur sommeil, soit après le premier effort physique de la journée après l'arrivée au travail. La mort est en principe tellement soudaine qu'il n'est pas possible de faire un bilan approprié de la victime pendant la crise.

Le traitement d'urgence avec des dilatateurs coronariens, en particulier par la nitroglycérine, s'est révélé inefficace. Le plus souvent, l'autopsie n'apporte aucun renseignement ou, du moins, ne permet pas d'observer de lésions coronariennes et myocardiaques plus fréquentes ou plus étendues que dans la population générale (...) »

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NOTES

1 - EGDN : Dinitrate d’Ethylène-Glycol.

BIBLIOGRAPHIE

MAGER STELLMAN Jane, DUFRESNE Chantal, Encyclopédie de sécurité et de santé au travail, vol. 4, Bureau International du Travail, Genève, 2000.

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA E, Nitroglycérine - Effets sur la SANTE au travail, site Amis de Paulilles, rubrique Risques/Accidents.

PRACA E., Dynamiterie de Paulilles - Enjeux et méfaits du glycol, Rubrique Risques/Accidents.