Dynamite, papier kraft et cellophane dans les mines - Années 1930-1960

Dynamite, papier kraft et cellophane dans les mines - Années 1930-1960

 

 

Descente des cartouches

Société Nobel Française - Dynamite de Paulilles

 

Au cours des années 1930, dans les houillères, les cartouches d’explosifs ne sont plus introduites une à une dans les trous de mine. Selon la Société Nobel Française, devenue propriétaire des dynamiteries de Paulilles et d’Ablon, la cessation de cette pratique tient à la fois à des motifs de sécurité et de rentabilité.

Relevant d’un procédé ancien, ce mode d'introduction des cartouches entraîne de fait, selon l’entreprise, « le risque de déchirure de l’enveloppe, par accrochage aux aspérités des parois du trou ». Par ailleurs, « des éléments plus ou moins gros de terre » peuvent « s’interposer entre deux cartouches successives et nuire à la bonne transmission de l’onde explosive ».

A compter de 1931, la société Nobel répond donc aux nouvelles exigences de rentabilité des Houillères. Dans un premier temps, elle équipe l’industrie minière de gaines de papier kraft dans lesquelles peuvent êtres glissées les cartouches. A cette opération manuelle succède une production mécanisée, proposant désormais des chapelets de cartouches déjà prêts sous gaine cellophane, qu’il ne reste plus alors qu’à sectionner.

Dynamite et gaines de papier kraft dans les mines

Selon Nobel Française, c’est à partir de 1931 que l’industrie de la dynamite pallie les inconvénients précités, par la mise à disposition de la gaine en papier kraft. Cette gaine est un boyau cylindrique de diamètre intérieur approprié, laissant glisser « à frottement doux », les cartouches d’explosifs répondant au diamètre requis dans les mines.

Dans la pratique, l’opération s’effectue sur le chantier. Le boute-feu prépare une portion de gaine papier, en la découpant à une longueur correspondant sensiblement à celle du nombre de cartouches à introduire dans les trous de mines. Il ligature une extrémité de la gaine et, par l’autre extrémité, y fait glisser une à une les cartouches devant constituer la charge.

Selon l’entreprise de dynamite, ces cartouches se trouvent dès lors en contact les unes avec les autres « sans risque d’intercalation de terre ou de morceaux de roche ». La dernière cartouche étant munie du détonateur électrique d’amorçage, le chargement de cartouches est introduit en une seule fois dans le trou de mine.

A la demande des Charbonnages, les fabricants placent alors dans les caisses de cartouches, les gaines en papier kraft répondant aux besoins de l’industrie minière. « Si théoriquement, la méthode paraît parfaite » indique la société Nobel, « elle ne l’est pas industriellement à cause du temps perdu au chantier pour la mise sous gaine des cartouches de chaque trou de mine ».

Dynamite en chapelets sous gaine cellophane

 

Chapelet de cartouches sous gaine cellophane

Société Nobel Française - 1955

 

Considéré comme préjudiciable à la rentabilité industrielle, cet inconvénient est, dans un second temps, éliminé par la fabrication des cartouches placées sous gaine cellophane. « Grâce à des machines spéciales », il devient en effet possible de grouper par 25 ou par 50, mécaniquement, sous gaine cellophane, les cartouches destinées aux Houillères.

Au moment de l’utilisation, le préposé au tir coupe, dans le chapelet de cartouches, la gaine cellophane de façon à ce que l’élément ainsi préparé contienne le nombre de cartouches nécessaires au chargement. Il place ensuite le détonateur dans la cartouche amorce et introduit l’ensemble dans le trou de mines.

Ce nouveau procédé d’encartouchage entraîne une hausse du prix de vente de la dynamite. Toutefois, selon Nobel Française, « la plus grande sécurité du tir et la moindre durée du temps de chargement compensent la majoration du prix des explosifs du fait de cette présentation spéciale ». Par ailleurs, « tout spécialement destiné aux Houillères », ce mode d’encartouchage est désormais applicable à « tous autres chantiers ».

De fait, dans les années 1960 encore, sont livrés à l’usine de Paulilles des kilomètres de cellophane. Déposée par la société du même nom siégeant à Paris, cette marque de papier est distribuée par des distributeurs attitrés. Papier d’emballage mais aussi d’encartouchage, le kraft et la cellophane deviennent ainsi des éléments constitutifs de la production d’explosifs à compter des années 1930, en adéquation avec la question de productivité dans les mines.

E. PRACA 

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BIBLIOGRAPHIE

Société Nobel Française, Dynamites. Présentation, Dépliant n°1, 3e édition, janvier 1955, p.27-30.

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA E., Paulilles - Dynamite - Conditionnement vers 1960, Site Amis de Paulilles, rubrique Productions.