HUILES et PETROLES de RUSSIE

 

Imanuel NOBEL - 1859-1932

 

En 1907, Imanuel Nobel, neveu d’Alfred Nobel, est présent à Paris. Le 21 octobre, il est en effet témoin au mariage de Robert André, alors étudiant en droit, ensuite devenu directeur général d’Esso Standard et président de l’Union de l’Industrie du Pétrole. Au-delà de son caractère anecdotique, que nous apprend cet événement, en termes de réseaux et d’histoire industrielle ?

Les frères Nobel et l’industrie des pétroles russes

Après avoir longtemps vécu à Paris, Alfred Nobel, inventeur de la dynamite, décède à San-Remo en Italie en 1896. Son frère Ludvig (1831-1888) né à Stockholm et domicilié à St Petersbourg, décède pour sa part en France. Plus précisément, celui-ci décède le 12 avril 1888  au Cannet et non à Cannes, selon une erreur courante et souvent reproduite[1]. En tout état de cause, les deux frères Alfred et Ludvig parcourent l’Europe en tous sens, pour les besoins de leurs affaires.

 

Champs de pétrole à Bakou - Caucase

 

De manière plus lointaine encore, avec son frère aîné Robert, Ludvig Nobel est promoteur de l’industrie des pétroles russes exploités à Bakou dans le Caucase. En 1879, cette association est formalisée par les cofondateurs qui créent la Société Nobel Frères siégeant à St Petersbourg, société bénéficiant également du soutien financier d’Alfred Nobel. Après le décès de Ludvig Nobel, son fils aîné Imanuel (1859-1932), neveu d'A. Nobel, également domicilié à St Petersbourg, devient à son tour président de la Société Nobel Frères[2].

En France, l’approvisionnement des pétroles caucasiens produits par les trois frères Nobel est assuré par l’entreprise « Alexandre André et fils » qui bénéficie d’un contrat d’exclusivité. Originaire de Haute Loire, Alexandre André (1845-1918) est le fils d’un fabricant de rubans installé à Saint Etienne, ultérieurement mentionné comme représentant de commerce à Marseille au début des années 1880. La société d'importation « Alexandre André et fils » fait référence aux trois fils de ce dernier[3]. A noter dans ce contexte le rôle joué par le port de Batoum, port russe situé sur les rives de la Mer Noire, assurant la livraison croissante du pétrole de Bakou jusqu'à Marseille et aux rives de la Méditerranée.

La famille André et l’industrie des huiles minérales

 

 Société Ragosine - Publicité 1880

 

Aux côtés de l’industrie pétrolière du Caucase, l’industrie innovante des huiles minérales est également placée sous la houlette des frères Nobel. Parmi leurs satellites figure la maison Ragosine et Cie, créée en 1878 et tirant son nom de Victor Ragosine, qui fut à Bakou un chimiste pionnier dans le traitement et la mise en valeur des huiles minérales[4].

En France, cette maison Ragosine est également dirigée par le négociant Alexandre André, jouant un rôle précurseur dans l’importation de ces huiles pour machines. C’est sous ce double aspect industriel et convergent des huiles et des pétroles qu’en 1907, Imanuel Nobel, neveu d'Alfred, est témoin au mariage de Robert André (1885-1962), fils d’Alexandre André précité. Au moment de son mariage, Robert André est étudiant en droit, avant d’entrer en 1909 dans la société paternelle et d’en devenir administrateur[5].

 


En tête de facture - Société A. André fils

Quelques décennies plus tard, Robert André figure comme directeur général de la société Esso Standard et président de l’Union patronale de l’Industrie du Pétrole. Cette évolution est à la fois liée à la Révolution russe et à la pression stratégique des intérêts américains. Dans l’intervalle en effet, la Révolution de 1917 a dépossédé la dynastie Nobel de ses propriétés en Russie et la société administrée par Robert André apparaît finalement incorporée à la société américaine Esso, avec laquelle des relations d’affaires ont également été nouées[6].

Conclusion

En définitive, les secteurs notoirement connus des industries Nobel - dynamite et pétroles russes - trouvent un plein épanouissement sur le sol français. Depuis Paulilles, existe également un témoignage de transfert de personnel vers St Pétersbourg et cette mention unique masque probablement d'autres déplacements entre Méditerranée, Russie et Mer Noire. Enfin reste à explorer le vaste univers des marques russes et américaines de ces huiles minérales, en leur temps propres à faire fonctionner les machines, les moteurs automobiles et ceux de l'aviation.

E. PRACA

 

GENEALOGIE

Généalogie en lien : cliquer sur les patronymes figurant en gras dans le corps du texte.

NOTES

[1] AD Alpes Maritimes, décès Le Cannet 1884-1889 - Vue 313/392 - Acte n°20.

[2] Alfred Nobel, Networks of innovation, 2010, p.138-148.

[3] Généalogie par E. Praca en lien et article de presse : Le Progrès, 25-12-2016.

[4] Les frères Nobel soutiennent la création de laboratoires d’analyses. Victor Ragosine est cité sur Internet et selon l'état-civil, en 1907, Alexandre André est directeur de la maison Ragosine et Cie.

[5] Base Léonore - Dossier LH de Robert ANDRE. Au décès paternel, la société « Alexandre André et fils » devient société « A. André fils ».

[6] Formée de la Société A. André fils et des Ets Stern réunis, la SA A. André fils est réunie le 30 décembre 1935 à la société l’Economique pour constituer la Standard Française des Pétroles : archives privées.

POUR EN SAVOIR PLUS

CNRS, GIS de la Méditerranée : R. FOLLIN, J.L. MIEGE, F. POURCELET, Navigations méditerranéennes au XIXe siècle, cahier n°9, éd. Institut de recherches méditerranéennes, Université de Provence, 1986 - Partie III par R. FOLLIN, "Ports et navigation en Méditerranée, essai statistique 1870-1905", notice sur Batoum p.141.