USINE de SEPTEMES - PRODUITS CHIMIQUES - 1889

 

 

Profitant d’un petit congé qui lui est accordé par sa société, Auguste MARCHAL, alors directeur de la dynamiterie de Paulilles (Pyr.-Or.), se rend dans le département des Bouches-du-Rhône (1889). Grâce à l’entremise de Lucien Victor FAASSE, lui-même directeur de l’école d’agriculture de Valabre, il se fait passer pour un professeur d’agriculture. Ce subterfuge lui permet de visiter les usines de produits chimiques de Septèmes et de Rio-Tinto, situées près de Marseille.

Espionnage et solidarité

Au terme de son déplacement, Auguste Marchal adresse un rapport de visite à Paul BARBE, dirigeant de la Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite, dont dépend la fabrique de Paulilles. Ce rapport mentionne les diverses productions de chacune des deux usines visitées, ainsi que l’état de leur équipement technique. Il s'agit là d'un épisode d’espionnage industriel, car l’implantation de fabriques d’acides a également cours dans les années 1880 sur le site industriel de Paulilles. Mais il s'agit également d'un geste de solidarité entre acteurs économiques d'origine lorraine, dont le réseau se trouve renforcé depuis la guerre franco-prussienne et la défaite de 1870.

L'usine de Septèmes

A Septèmes et selon ce rapport, la fabrique d’acide sulfurique constitue alors la partie la plus ancienne de l’usine. Par chauffage avec du sel de mer, cet acide permet la fabrication de sulfate de soude puis sa transformation en carbonate de soude, utilisé par les savonniers et dans une moindre mesure par les verriers de Marseille (procédé Leblanc). Produit résiduel de la filière Leblanc, la fabrication d’acide chlorhydrique et dérivés s’effectue dans la partie la plus moderne de l’usine. Cette fabrication est en effet valorisée par le procédé Weldon mis au point en 1868, dont l’installation a eu lieu à Septèmes en 1881, soit quelques années avant la visite d’Auguste Marchal.  

E. PRACA

 

DOCUMENT

EXTRAIT du RAPPORT

d'Auguste MARCHAL - 10-6-1889

 

Paulilles, 10 juin 1889

Monsieur Barbe,

 

"Profitant du petit congé que vous m’avez accordé pour me rendre à Nîmes, où des affaires personnelles m’appelaient, j’en ai profité pour me rendre à Marseille où j’ai pu obtenir, par l’entremise de M. FAASSE, qui m’a présenté comme professeur d’agriculture, de visiter les usines de produits chimiques de Septème et de Rio-Tinto.

SEPTEME – Cette usine fabrique :

1° - L’acide sulfurique,

2° - Le sulfate de soude,

3° - L’acide chlorhydrique et les principaux dérivés du chlore,

4° - Le carbonate de soude (procédé Le Blanc) ; enfin quelques autres produits sans importance.

ACIDE SULFURIQUE – Malgré l’état de vétusté de cette partie de l’usine, on reconnaît fort bien que les chambres et les tours ont été construites sans soins et sans ordre. Les vices de construction éclatent de tous côtés et pour moi, c’est un miracle que tout cela ne tombe pas par terre.

On brûle de 10 à 12.000 kos de pyrite venant du Sud-Est de la France. 2/3 de la production en acide servent à la fabrication du sulfate de soude et le reste est concentré et livré au commerce de la région.

SULFATE DE SOUDE – Pour cette fabrication, trois espèces de fours sont employés :

1° - L’ancien four à moufle ;

2° - Un four tournant intermittent ;

3° - Un four tournant continu.

D’après ce qu’on m’a dit, c’est encore l’ancien four qui donne le meilleur sulfate, mais, la main d’œuvre coûte le double. Le four tournant intermittent va assez loin, mais l’usure du matériel est assez forte, et le sel, pas toujours très riche.

Le continu s’use moins, mais le sel est encore moins riche que dans le précédent. Dans l’un comme dans l’autre, on brûle du coke, dans le but d’éviter les impuretés de la houille.

Nota – Le four continu conviendrait très bien pour le traitement du bisulfate. Le jour où nous serions décidés de fabriquer le sulfate et l’acide chlorhydrique à Paulilles, c’est le système que je proposerais.

ACIDE CHLORHYDRIQUE – On obtient cet acide à 20°Bé. Presque toute la production est utilisée pour la fabrication du chlorure de chaux. Cette partie de l’usine est la mieux installée. L’appareil Weldon y fonctionne régulièrement et la dépense en manganèse y est très faible. Presque toute la production du chlorure de chaux est vendue à l’étranger et notamment en Espagne.

L’acide chlorhydrique est parfois vendu aux consommateurs tel qu’il sort des batteries de condensation, et pour les usages de produits pharmaceutiques, et autres similaires, on précipite l’acide (…). Après repos dans des bacs en pierre de Volvic, on décante et on obtient ainsi un acide relativement pur.

CARBONATE DE SOUDE – C’est encore par l’ancien four Le Blanc qu’on opère à Septème. Néanmoins, on y travaille beaucoup, et le produit est un des plus beaux que j’aie jamais vus. La soude obtenue renferme jusqu’à 10% de soude caustique, ce qui la fait commander par les savonniers qui la préfèrent à toute autre. Une grande partie est vendue sous forme de liqueur très concentrée aux savonniers de Marseille. L’expédition a lieu dans des fûts en fer tout à fait semblables à ceux que nous utilisons pour la glycérine.

Très peu de sulfate de soude est vendu aux verriers qui ne le payent d’ailleurs que le prix dérisoire de 2 fr. les 100 kos.

- Au point de vue des transports, cette usine est très mal placée et je suis surpris qu’elle puisse encore lutter aujourd’hui contre la concurrence des grandes usines similaires de la France et de l’Etranger".

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SOURCES

Rapport d'Auguste Marchal, 10 juin 1889, in classeur de rapports concernant les usines autres que celle de Paulilles, 1889-1936.

REMERCIEMENTS

Ce classeur transmis en 2017 par M. Fabre, ancien directeur de la dynamiterie, nous a été signalé par la Maison de Site de Paulilles. Nous les en remercions ici.

POUR EN SAVOIR PLUS

 En 1880, la marquise de Gueydan lègue le domaine de Valabre à la ville de Gardanne, à condition qu'y soit créé un Institut agronomique - Celui-ci ouvre ses portes au château de Valabre en 1884 - Issu d'une famille lorraine comme Auguste MARCHAL, Lucien Victor FAASSE (1853-1924) y est mentionné directeur en 1889, domicilié au château, à Gardanne. Pour en savoir plus sur ce personnage, généalogie de B. Quemin en lien, que nous remercions ici : http://gw.geneanet.org/bernardquemin?lang=fr&pz=bernard+jean+marie+henri&nz=quemin&ocz=0&p=lucien+victor&n=faasse

 Sur le domaine de Valabre, cf. en lien sur Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Valabre