Dynamiterie d’AVIGLIANA - Fondation - 1872-1880

Dynamiterie d’AVIGLIANA - Fondation - 1872-1880

 

 Dynamiterie d'Avigliana adossée à sa colline

 

En 1872-1873, à l’initiative de la Dynamite Nobel de Hambourg et d’un groupe de financiers franco-suisses, est formée la société italienne de dynamite, dont le siège social est fixé à Isleten (Suisse). Fondée avec le concours scientifique d’Alfred Nobel, cette société a pour objet la création et l’exploitation d’une fabrique de dynamite et de ses dépendances : ateliers pour la production de matières premières et pour l’utilisation des acides perdus. La dynamiterie est établie à Avigliana, dans le nord de l'Italie. La création et la première mise en activité interviennent sous la direction d’anciens fondateurs de Paulilles : Amédée Hoffer et Albert Duchêne.

Installation de la fabrique - 1872-1873

L’installation de la dynamiterie d’Avigliana débute par une emprise foncière accordée aux négociants hambourgeois Carstens et Bandmann. Ceux-ci ont acquis divers terrains dont l'un de 1,25 ha du dénommé Luigi Isabello, suivant acte du 4 septembre 1872  et un autre de 80 ares de la signora Burdino, qui sont apportés à la société italienne. Surtout, la commune d’Avigliana « favorise largement l’initiative par la concession gratuite d’un vaste terrain d’environ trois kilomètres de circonférence adossé à la colline dite Trucco di S. Martino ».

Selon l’historiographie italienne, les installations sont conduites avec « soin » et « rapidité » par une direction française, ayant à sa tête  l’ingénieur Paul Barbe de Paris, président de la société. Les travaux sont dirigés par l’ingénieur Amédée Hoffer secondé par Auguste Marchal, Van Struc et Duchêne, plusieurs d’entre eux étant fondateurs de la dynamiterie de Paulilles, précédemment établie en France en 1870. Selon la documentation, Amédée Hoffer devient le premier dirigeant de la dynamiterie d’Avigliana au début de son fonctionnement, dont la mise en activité intervient fin 1873.

Les conditions de mise en activité apparaissent difficiles. Un incendie survient en effet dans les locaux de la direction dans la nuit du 9 novembre 1873. « C’était l’hiver, il y avait de la neige et il pleuvait » indique Albert Duchêne, dès lors atteint de maladies pulmonaires. Signe de la rigueur de cette première saison, le 23 décembre 1873 a ensuite lieu la première nitration de la glycérine par le procédé Nobel, en se servant comme réfrigérant « de l’eau tirée d’un puits dans lequel on immergeait journellement de la glace ». Ce démarrage hivernal apparaît toutefois comme une réussite et permet à la dynamiterie d’inscrire son histoire dans la durée, jusqu’à sa fermeture au milieu des années 1960.

Direction d’Albert Duchêne – 1875-1880

En 1875, après le départ d’Amédée Hoffer pour Isleten, Albert Duchêne, ancien dirigeant à Paulilles, devient à son tour directeur général de la dynamiterie d’Avigliana. Sa direction est marquée par des événements essentiels. C’est à lui qu’il revient tout d’abord de commencer vers la fin de cette même année 1875, la fabrication de la gélatine explosive. Cette nouvelle invention d’Alfred Nobel a été autorisée en Italie par décret royal du 17 juillet de la même année, et marque un tournant dans la fabrication et la commercialisation de la dynamite.

Albert Duchêne intervient également dans la réduction des frais de la société. En 1872, le chevalier Casimir Robaudi avait obtenu un brevet pour la dynamite, ainsi que l’autorisation de fabrication sur les terrains acquis par Carstens et Bandmann. En contrepartie de ses services, il a été nommé agent général pour la vente de la dynamite en Italie à des conditions avantageuses, analogues à celles accordées par Nobel et la Cie de Hambourg à « MM. Mahlet et Eschenbacker de Vienne, pour leur représentation en Autriche ». Albert Duchêne tend dès lors à réduire les avantages financiers accordés à Robaudi et après 7 mois de négociations, fait approuver un nouveau contrat plus restrictif par le conseil d’administration, en date du 29 septembre 1877.

Dans la même perspective, Albert Duchêne réussit à passer avec toutes les mines de Sardaigne un contrat unifié pour dix ans, contrat dont deux tentatives avaient échoué antérieurement, et qui supprime dès lors les diverses concurrences existant sur l’île. Plus largement, l’absence de concurrence, l’intérêt porté à l’entreprise par l’administration italienne ainsi que la baisse des dépenses préparent l’essor de la dynamiterie, ensuite reconnu sous le mandat de son successeur, Adrien Galinié. Albert Duchêne est enfin l’instigateur du projet d’établissement, à la dynamiterie d’Avigliana, d’une statue d’Ascanio Sobrero, découvreur de la nitroglycérine.

Une installation réussie

En définitive, la fondation du royaume d’Italie à compter des années 1860, l’abolition du monopole d’Etat sur la production d’explosifs en 1869, la tolérance administrative locale opposée à la rigueur des décisions françaises à compter de 1871, sont à l’origine de l’ouverture de la dynamiterie italienne par les promoteurs du site de Paulilles. Cette installation s’avère une réussite : à ses débuts, la fabrique d’Avigliana emploie environ 80 personnes, un nombre ensuite en forte progression, dans la décennie 1880-1890.

 E. PRACA

 

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SOURCES

Archives Nationales de Suède - Stockholm - Traité de la Société Italienne - 16 p. - Paris - 24-1-1873.

Archives Nationales de Suède - Stockholm – Lettre d’Albert Duchêne à Alfred Nobel - Paris - 26-2-1892.

BIBLIOGRAPHIE

MOLINARI E. et QUARTIERI F., Notices sur les explosifs en Italie, Milan, 1913.

POUR EN SAVOIR PLUS
 
Consulter dans l'ordre :
 
Mines de Sardaigne - Législation et spéculation - 1867, Site Amis de Paulilles, rubrique Etudes.
 
Dynamite italienne - Origines de la fabrique NOBEL - 1870, Site Amis de Paulilles, rubrique Etudes.
 
Dynamite italienne - Origines de la fabrique NOBEL - 1872-1873, Site Amis de Paulilles, rubrique Etudes.