Georges FEHRENBACH -1852-1932- Collaborateur de Nobel

 

Georges D. Fehrenbach - 1852-1932

Photographie - 1885

 

Ingénieur diplômé des Arts et Manufactures, Georges Fehrenbach (1852-1932) est le collaborateur d’Alfred Nobel, durant toute la durée du séjour de ce dernier en France. Il est chef du laboratoire d'A. Nobel à Sevran, lors de l'invention de la balistite (1885). Egalement professeur de chimie à l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures, il est apparenté par son mariage à Ernest Mouchez, promoteur et directeur de l’Observatoire de Paris.

Carrière scientifique

Né le 25 avril 1852 à Paris, baptisé paroisse St Roch (ancien 2e arrondissement)[1], Georges Denis Fehrenbach est le second fils[2] de Dominique Fehrenbach (1814-1892), tailleur, et de Louise Joséphine Perrody (1829-1925). Issu d’une famille commerçante, il est diplômé de l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures, promotion 1873[3].

Cette même année, il devient le jeune assistant d’Alfred Nobel qui vient de s’établir à Paris dans une maison au n°59 de l’avenue Malakoff, et demeure son collaborateur durant dix-huit ans, jusqu’au départ de Nobel pour San Remo en 1891. Dans ce cadre de la recherche industrielle, il participe dès lors à toutes les découvertes faites par Alfred Nobel dans ses laboratoires de Paris et de Sevran, jusqu’à l’invention de la balistite, poudre à canon dérivée de la nitroglycérine[4].

Parallèlement à cette collaboration, G. Fehrenbach devient dans le même temps répétiteur du cours de chimie industrielle à l’Ecole Centrale à Paris (1883-1909), puis accède au poste de professeur du cours d'application industrielle de la chimie minérale, fonction qu’il occupe de 1909 à 1923. Au terme de ces quatre décennies d’enseignement, il décède à son domicile rue de Compiègne à Paris (10e) le 15 juillet 1932, à l’âge de 80 ans[5].

Alliances matrimoniales

Le 8 juin 1885 à Paris, alors domicilié à Sevran, Georges Fehrenbach a épousé Marguerite Mouchez, demeurant à l’Observatoire de Paris. Celle-ci est en effet la fille d’Ernest Amédée Mouchez (1821-1892), alors contre-amiral, promoteur et directeur de l’Observatoire[6], et de Maria Carlota Fernanda Finat (1843-1931)[7]. Cette alliance conforte sa fréquentation des milieux scientifiques.

Membre de la Société des ingénieurs civils de France à compter de  1882[8], G. Fehrenbach est élevé au grade d’officier d’Académie en 1888, officier de l’Instruction publique en 1911. Chevalier de la Légion d’honneur dix ans plus tard, en 1921, il est reçu dans cet ordre par son beau-frère, Guillaume Bigourdan (1851-1932), époux pour sa part de Sophie Mouchez[9]. Officier de la Légion d’honneur, membre de l’Institut et du Bureau des longitudes, celui-ci est également astronome réputé à l’Observatoire de Paris[10]

En définitive, illustrant le rôle de l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures dont il est issu, le parcours de Georges Fehrenbach s’inscrit dans le cadre de la formation d’ingénieurs centraliens principalement destinés aux entreprises. Plus largement, ce parcours procède également d’un réseau de brillants scientifiques dont le point commun est d’avoir, non seulement contribué à de grandes découvertes dans les domaines de la chimie, de la physique et des mathématiques, mais aussi à leur mise application pratique. Ainsi sa trajectoire est-elle constitutive de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée, de la production d’innovations et de la transmission des savoirs[11].

Enjeux communs : le cas de la balistite

On note enfin avec intérêt qu’en 1892, Georges Vian, député et actionnaire de longue date des sociétés de dynamite Nobel, assiste aux obsèques du contre-amiral Mouchez[12] et que pendant la Première Guerre mondiale, « les astronomes ont contribué à l'effort de guerre par des calculs de balistique pour l'artillerie. Dans ce domaine, Guillaume Bigourdan étudia la propagation du bruit du canon à grande distance »[13]. De la poudre balistite de Nobel aux tirs d'artillerie dans l'armée, tel est, en définitive, le lien subtil entre les carrières de ces différentes personnalités.

 

 Laboratoire Nobel - Sevran

 

En ce sens, Georges Fehrenbach apparaît comme le pivot d'un réseau relationnel ouvert sur le monde, comprenant alors le corps des ingénieurs civils, ceux de la marine et de l'astronomie. De fait, c'est sur un champ de tir de la Marine proche de son laboratoire de Sevran, que Nobel fait la démonstration de la balistite. Mais la commune de Sevran abrite également une poudrerie nationale intégrant la Commission des substances explosives, et dont le corps d'armée s'érige alors comme seul représentant des intérêts de l'Etat. 

La question de la balistite procède dès lors d'anciennes luttes d'influence, opposant divers corps d'armée entre eux, et confrontant industrie privée et service des Poudres et Salpêtres de l'Etat. Cet antagonisme puissant conduit au refus de la balistite comme découverte nationale et au départ de Nobel vers l'Italie tandis que, césure involontaire, son assistant demeure pour sa part sur le sol français[14].

La fabrication de la balistite perdure toutefois au-delà du décès de son célèbre inventeur et du laboratoire dirigé par Fehrenbach, désormais fermé. Celle-ci devient notamment une production conjointe de l'industrie privée et de l'armée française, issue des dynamiteries Nobel et des poudreries d'Etat, lors de l'effort de guerre imposé par le premier conflit mondial. Ainsi le réseau relationnel de Ferhenbach éclaire-t-il le cas de la balistite, souvent évoqué en littérature, et interroge plus largement l'histoire des rapports de force et des enjeux scientifiques au sein des sociétés civiles et militaires, en pensée et en action sous la IIIe République.

E. PRACA

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ICONOGRAPHIE
 
Photographie Georges Fehrenbach : collection privée de Jérôme Fehrenbach, que nous remercions ici.
 
POUR EN SAVOIR PLUS
 
Biographies
 
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Wikipédia : Ernest MOUCHEZ
 
Wikipédia : Guillaume BIGOURDAN
 
 
PRACA E., Château d'Ampouillac - Vue intérieure - 1887, Site Amis de Paulilles, rubrique Patrimoine. 
 
Histoire militaire
 
PRACA E., MONTESINOS-SANS A., Paulilles - Dynamite et guerre de 1914-1918, exposition du 20 juillet au 20 septembre 2015.
 
PRACA E., Essai de poudre sans fumée en Russie - 1889, site Amis de Paulilles, rubrique Productions.


 

NOTES

[1] Ville de Paris, V6E.28. Baptisé paroisse St Roch (2e arrondissement) le 27-4-1852. Profession du père : tailleur.

[2] Son frère, Heny Joseph Fehrenbach est né le 30 janvier 1851 à Paris. Marchand tailleur d’habits domicilié 61 rue de Richelieu à Paris, il épouse le 22 janvier 1877 à Ham (Somme), Marie Julie Gourdin, issue d’une bourgeoisie commerçante établie entre Paris, St Quentin et Ham. Georges Fehrenbach est témoin au mariage. Source : AD Somme, 5MI – D369, acte mariage.

[3] Annuaire Anciens Elèves Ecole Centrale Arts et Manufactures, promotions 1832-1913.

[4] MOLINARI E. et QUARTERI F. Notices sur les explosifs en Italie, Milan, 1913, p.55.

[5] Site Léonore, dossier Fehrenbach Georges LH/952/11. Sur ses fonctions précises d'enseignement : Annuaires de la Société des Ingénieurs civils de France, années de publication diverses.

[6] Notice Ernest Mouchez : Wikipedia.

[7] Ville de Paris, V4E 7043, Paris 14e, acte mariage n°376 du 8-6-1885. Les témoins au mariage sont  Camille Vincent, 45 ans, ingénieur, chevalier LH, spécialiste en chimie et installation d’usines ; André Edouard Calmettes, 34 ans, ingénieur, officier d’Académie, Charles Legrip, médecin à Chatou, oncle de l’épouse ; Gabriel Daubrée, 70 ans, membre de l’Institut.

[8] Société des Ingénieurs civils de France, Annuaire 1897.

[9] Dossier LH Ferhrenbach Georges op. cit. - Mariage Guillaume Bigourdan et Sophie Mouchez à Paris (14e) le 9-2-1885.

[10] Notice Guillaume Bigourdan : Wikipedia.

[11] Exposition Guillaume Bigourdan (Commission du Patrimoine), à Auvillars, Tarn et Garonne, 1997.

[12] Journal Gil Blas, 30-6-1892.

[13] Exposition op.cit. - A noter : Guillaume Bigourdan et Georges Fehrenbach sont respectivement nés en 1851 et 1852, à un an d'intervalle et décédés la même année, en 1932. Ils se sont mariés à quelques mois d'intervalle, l'un avec Sophie, l'autre avec Marguerite Mouchez.

[14] Nobel Prizes, Winners of the world : par son testament, A. Nobel attribue à son ancien assistant une rente annuelle de 5000 francs, allouée du 1-1-1896 au 1-1-1899. Sur la question de la balistite, voir les remarques pertinentes concernant les comportements in Orlando de RUDDER, Alfred Nobel (1833-1896), Paris, Denoël, 1997.