Paulilles - Dynamite - Conditionnement vers 1960

Paulilles - Dynamite - Conditionnement vers 1960

 

 

Selon une ancienne monographie datant de la Seconde Guerre Mondiale, le conditionnement général de la dynamite consiste à grouper les cartouches en boîtes de carton généralement d'un poids de 2,5 kg. Ces cartons sont ensuite enveloppés de papier paraffiné et placés dans des caisses en bois, les caisses de dix paquets de 25 kg étant les plus courantes. Cette forme de conditionnement subsiste au lendemain de la guerre : boîtes en carton et caisses en bois constituent les principales fournitures utilisées par l’usine de Paulilles, qui procède dès lors à l’emballage de la dynamite avant expédition.

Une des activités intervenant sur le site dynamitier consiste donc à réunir et agencer ces divers éléments mais aussi à procéder à leur marquage avant expédition de la production. Aux grands groupes de fournitures constituant la caisserie - carton et caisses en bois - s’ajoute donc une série d'éléments de détail : sacherie en kraft et en plastique, étiquettes et encres d’imprimerie. Dans les années 1960, la provenance géographique des matériaux d'emballage est connue : région parisienne, région lyonnaise ou façade méditerranéenne, notamment la nouvelle zone industrielle du port de Fos-sur-Mer, constituent les principales zones d’approvisionnement de la dynamiterie de Paulilles.

Boîtes en carton

Dans les années 1960, l'usine de Paulilles commande des milliers de caisses à rabat à la Société française de Fabrication de Papier Ondulé (SOFPO) siègeant à Exideuil-sur-Vienne, en Charente. Issue des anciennes maisons Thomson et Norris et G.M. Smith, cette société anonyme au capital de 1 350 000 fr. est spécialisée dans la fabrication de « caisses en carton ». Son papier à en-tête est orné d’une montgolfière, sans aucun doute en référence aux papeteries historiques des frères Montgolfier. La société dispose pour sa part de deux usines situées, l'une à Exideuil en Charente, département traditionnellement voué à la papeterie, l'autre à Ivry-sur-Seine, en région parisienne. Fournissant également attaches et cartons à la dynamiterie de Paulilles, la société Sander, une autre entreprise établie à Bures-sur-Yvette, relève des mêmes secteurs d’activité. 

Depuis les Pyrénées-Orientales, la dynamiterie de Paulilles s’approvisionne également auprès de la Société Méditerranéenne d’Emballages, dont le siège social est cette fois fixé à Arles, dans les Bouches du Rhône. Moins éloignée du site industriel, cette société anonyme au capital de 3 millions de francs est également spécialisée dans les caisses et le carton ondulé. Enfin l’usine de Paulilles commande du « Triplex gris », défini comme un carton à trois épaisseurs, aux Cartonneries Réunies Voisin et Pascal, société anonyme siégeant à Lyon[1]. Les usines de cette entreprise sont établies à Jallieu-Bourgoin et Les Esparres en Isère, à Caline par St Rambert dans l’Ain, mais aussi à Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du- Rhône.

Papier kraft et sacs polyéthylène

 

 

L’usine de Paulilles s’approvisionne par ailleurs en papier kraft gommé. Localement, la dynamiterie passe commande auprès de la Maison Deffès, notoirement connue à Perpignan et spécialisée dans les papiers d'emballage. Alors située dans le chef-lieu au n° 3 rue Gustave Flaubert, celle-ci est par ailleurs dépositaire de la marque « La Cellophane ». Composant une « Pellicule cellulosique », la cellophane est une marque créée par l’importante société éponyme, siégeant 110 bd Haussmann à Paris 8e.  La société dispose de distributeurs officiels, tel l’entreprise Cellorex, basé à Le Chesnay en Oise et Oise. L’une et l’autre société expédient dès lors à l’usine de Paulilles des bobines de plusieurs kilomètres de métrage.

Les « sacs kraft » s’inscrivent dans ces mêmes catégories de fournitures. Des milliers de « sacs kraft sans impression » sont fournis par les Ets R. et P. Failliot, situés à Paris 18e, spécialisés dans les « papiers pour impression et emballages, cartonnages » puis dans les « cartonnages pliants ». Enfin, la SARL Albert Heitz siégeant à Paris (17e), initialement spécialisée dans la fabrication de colles industrielles et de papiers gommés, fournit également du papier kraft gommé « Alsapap », livré en rouleaux de 200 mètres de long.

A ces livraisons s’ajoutent enfin des sacs en polyéthylène, en provenance de diverses entreprises : la Société Commerciale et Agricole des Sacheries du Rhône, siégeant à Paris[2], les Ets A. Fauré, à Toulouse ou la SA Le Plastique Soudé Rovero, siégeant à Lyon. En novembre 1967, cette dernière livre à Port-Vendres 108 000 sacs en polyéthylène, toujours sans impression. Basée pour sa part dans l’Ain et fournisseur de Paulilles, la société Manducher fournit également des sacs issus de la « transformation des thermoplastiques par injection, extrusion »

Caisses en bois

 

 

Une fois les cartouches de dynamite mise en cartons, les cartons sont ensuite groupés et placés dans des caisses en bois. Deux entreprises livrent ces catégories de caisses, fabriquées en pin des Landes. Situés à Salles en Gironde, les établissements Daniel Courbin sont spécialisés dans ces exploitations forestières de l’Aquitaine. L’entreprise débite le bois brut et le transforme en traverses, planches et poteaux de mines. Elle fournit également les caisses nécessaires à l’usine de Paulilles par lots successifs de deux à trois mille caisses.

Une autre entreprise est également spécialisée dans les caisses en bois. Il s’agit de celle d’Ernest Goujon, localisée à Cabanac-Villagrains, également en Gironde. Disposant d’une scierie mécanique et fournissant des produits moins prestigieux mais très utiles : manches à balais et bois de chauffage, celle-ci est également spécialisée dans la fabrication de caisses d’emballage. Elle fournit, de même, des milliers de caisses à la dynamiterie des Pyrénées-Orientales.

Etiquettes et encres d’imprimerie

 

 

Ainsi approvisionnée, la dynamiterie peut procéder dans sa caisserie de Paulilles, à l’emballage de ses produits, après impression des marques de fabriques et des mentions obligatoires. Cette impression est pour partie confiée à des entreprises extérieures. La SARL Albert Heitz siégeant à Paris fait ainsi imprimer son papier kraft gommé avec la mention « Nobel Bozel Dynamiterie de Paulilles » en couleur bleue. Permettant de différencier les marques et catégories de dynamite, une partie des travaux, notamment d’impression des étiquettes, est également confiée à des entreprises perpignanaises.

La dynamiterie se fournit ainsi en étiquettes auprès de l’Imprimerie du Midi et de l’Imprimerie des Pyrénées, siégeant à Perpignan. Ces SARL, au capital  de 100 000 fr. pour l'Imprimerie du Midi et 60 000 fr. pour celle des Pyrénées, voient passer des commandes allant de 20 000 à 100 000 étiquettes. Ainsi en est-il de 50 000 étiquettes pour la dynamite Stabilite, « impression noire sur Blanc Forum » ; 100 000 étiquettes pour la Tolamite, impression noire sur papier blanc ou papier bulle « Lancey », 10 000 étiquettes pour l’Ablonite ou encore 2000 étiquettes pour la dynamite R « impression 2 couleurs sur papier Blanc Vélasquez ».

Pour des besoins restant à préciser mais concernant aussi l’impression de ses étiquettes, la dynamiterie de Paulilles se sert également d’encre d’imprimerie employée in-situ. Celle-ci fait  alors venir son encre des anciens établissements Ogé et Gauger, devenus la Société des Encres Ogé. Située à Malakoff, cette entreprise est spécialisée dans les encres d’imprimerie donnant des « couleurs concentrées », destinées à la «  typo, litho, offset, taille douce etc ». Ainsi la dynamiterie reçoit 100 litres de « rouge oléïque 1043 » en juillet 1967.

Plus largement, depuis le département du Nord, la SA Trentesaux et Toulemonde, siégeant à Tourcoing, fournit du « kraft paraffiné scellable à chaud », et les Ets J. Visciano, basés à Chatou, en Seine et Oise, des dérouleurs, une étiqueteuse, de la cire, des boîtes de chiffres et de majuscules.

Matériel de collage

L’emballage ainsi effectué, la dynamiterie procède à la fermeture hermétique de ses boîtes et de ses caisses et à cet effet, dispose dans ses ateliers de matériel de collage. Ainsi la Société anonyme Savoye, basée à Ladoix, en Côte d’Or, est spécialisée dans la construction de machines à fermer les caisses-cartons. En 1965, elle fournit plusieurs « presses manuelles pour fermeture par collage de dessus » des caisses carton, et des « dispositifs encolleurs pour encollage manuel des caisses carton avec deux rouleurs, tissu spécial ».

La SARL Albert Heitz siégeant à Paris (17e) fournit pour sa part à la dynamiterie un « appareil humecteur découpeur » de marque « Rapid 3 », pour un usage restant à déterminer. De même l’entreprise Cyclop, société spécialisée dans le matériel de cerclage et le feuillard pour emballage, fournit un dévidoir ainsi qu’un appareil de marque « Dia spécialisé ». Emballage, impression et cerclage étant ainsi réalisés sur le site de Paulilles, la dynamite des années 1960 s’avère prête à être livrée : on notera pour cette période, l'utilisation conjointe d'emballages artificiels (plastiques) et d'emballages naturels (bois), illustrant dès lors un stade de mixité ou de transition des matériaux d'emballage, inscrit au sein de l'importante histoire des emballages industriels.

E. PRACA
 


[1] Au capital de 1 980 000 francs.

[2] 6e arrondissement.

SOURCES

Archives privées, série de factures de la dynamiterie de Paulilles, années 1960.

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA Edwige, Encartouchage et emballage des dynamites Nobel - Paulilles - 1930, site Amis de Paulilles, rubrique Productions.

PRACA Edwige, Dynamite, papier kraft et cellophane dans les mines (années 1930-1960), site Amis de Paulilles, rubrique Productions.

PRACA Edwige, Dynamite de Paulilles - Consigne des ateliers d'emballage - 1956, site Amis de Paulilles, rubrique Risques/Protection sociale.