Principales catégories de dynamites fabriquées à Paulilles - 1870-1984

 

 

Commandité par le Conservatoire du Littoral, le thème 3 de l’étude relative à la dynamiterie de Paulilles porte sur les procédés de fabrication de la dynamite pour la période 1870-1984. Il s'agit d'une part de rappeler, sous forme de notice non technique, l'évolution des procédés de fabrication et d'autre part, de rechercher des documents iconographiques permettant leur illustration. 

Connue depuis un temps immémorial, la poudre, également dénommée « poudre noire » du fait de sa couleur, a été le premier produit explosif utilisé en temps de guerre puis, à compter du XVIIe siècle, dans les mines. A dater de 1865-1866, l’invention de l’ingénieur suédois Alfred Nobel, dénommée dynamite, vient désormais concurrencer l’antique poudre noire et marque un tournant dans le cours de l’histoire à la fois scientifique, militaire et industrielle.

Dans un premier temps, l’étude proposée a pour objet de classifier les principales catégories de dynamite fabriquées à l’usine de Paulilles, résultant dans leur ensemble d’une augmentation des propriétés explosives de la dynamite originelle. Ces catégories sont les suivantes : dynamite « classique » découverte par Nobel ; dynamites-gommes et dynamites gélatinisées ; dynamites pulvérulentes, dynamites plastiques.

La « poudre noire » se définit comme un mélange composé de soufre, de salpêtre et de charbon de bois. Résultant d’avancées scientifiques, la dynamite apparaît pour sa part comme un produit relevant à la fois d’opérations chimiques et de manipulations manuelles ou mécaniques. Quelle que soit la catégorie de dynamite considérée, le procédé de fabrication comprend toujours deux phases distinctes : phase de fabrication de la nitroglycérine ; phase de fabrication de la dynamite.

Relevant d’un processus chimique, la fabrication de la nitroglycérine résulte de l’effet de la glycérine sur un mélange d’acides, sulfurique et nitrique. La fabrication de la dynamite résulte pour sa part de l’incorporation de matières absorbantes à la nitroglycérine. Les diverses catégories de dynamites se distinguent donc par la variété de leurs absorbants, ce qui en permet une classification retenue et présentée en 1987 par le rapport de SNPE Ingenierie SA[1]. La description qui suit tend à expliquer succinctement les distinctions sur lesquelles se fonde cette classification.

 

Dynamite à absorbant inerte

La dynamite est un explosif à base de nitroglycérine, la nitroglycérine étant un produit découvert vers 1846 par le chimiste Sobrero, utilisé comme explosif par Nobel vers 1865 et rendu industriellement utilisable par incorporation d’une substance neutre poreuse. En France, sa production industrielle débute sur le site de Paulilles à compter de 1870.

Les principales catégories de dynamites dépendent essentiellement du choix des matières absorbantes mélangées à la nitroglycérine, qui conditionnent le type de dynamite obtenu au terme de la fabrication. Ces absorbants sont constitués tantôt par des matières neutres, tantôt par des matières actives, renforçant ou modulant la puissance de la dynamite obtenue. Au plan chronologique et historique, on emploie d’abord un absorbant neutre, puis des absorbants actifs.

La première matière neutre employée a été la gühr ou kieselgühr, terre poreuse ou silice de Hanovre, que l’on trouve également en Ecosse ou dans le Massif Central. Il s’agit d’une matière inerte et inactive permettant de faire passer la nitroglycérine d’un état liquide à un état devenu pâteux.

On obtient ainsi des dynamites à absorbant inerte, modulables selon les proportions de silice et de nitroglycérine[2]. Les avancées de la science permettent ensuite de déterminer d’autres absorbants inertes tels que les chlorures, fluorures ou sulfates. Les dynamites à base inertes sont historiquement les premières fabriquées, selon la SNPE, elles n’étaient ensuite plus guère fabriquées en France que comme stockeurs de nitroglycérine ultérieurement extractible. Elles sont en effet rapidement distancées par les dynamites-gommes et les dynamites pulvérulentes.

Dynamites-gommes

A compter des années 1875, la fabrication de dynamite évolue, afin d’obtenir des produits plus puissants que les explosifs à base inerte. La méthode consiste alors à incorporer à la nitroglycérine des absorbants à base active, ces absorbants étant eux-mêmes déjà explosifs, fabriqués à partir de coton.

En traitant le coton par un mélange d’acide nitrique, on obtient un explosif dit coton azotique ou nitrique ou nitré. Réalisé par Nobel, le mélange de la nitroglycérine à ce coton azotique (coton-poudre), donne les dynamites-gommes, et/ou gélatines explosives[3]. Leur définition est celle de « dynamites à haute teneur en nitroglycérine, obtenues par gélatinisation au moyen de coton azotique ». Ces dynamites contiennent de 40 à plus de 60% de nitroglycérine. Leur exploitation industrielle sur le site de Paulilles débute en 1879.

Au début du XXe siècle, le coton qui convient le mieux à ce procédé, est un coton dont la cellulose est la plus pure. Il est issu du cotonnier provenant principalement des Etats-Unis, des Indes et de l’Egypte. La firme américaine Du Pont de Nemours est sur ce point un important fournisseur des dynamiteries, dont celle de Paulilles. Dans la pratique, on utilise également des déchets de filature ou de tissage d’un prix moins élevé que le coton primitif dit « coton vierge », ainsi que les fibres très courtes qui adhèrent à la graine du cotonnier et ne sont pas utilisables pour les filatures. 

Avant d’être nitré, le coton doit être débarrassé de ses impuretés et surtout de ses huiles, graisses ou gommes par traitement à la soude ou à la benzine, et par blanchiment au chlore. Malgré une inflammation des cartouches qui nécessite des amorces spéciales, cette production de dynamites-gommes se caractérise par sa longévité. Dans les années 1940, les dynamites-gommes et gélatinées apparaissent comme des produits « à consistance élastique, toucher sec et couleur de miel blond ». L’explosif, qui se présente sous forme de pâte molle, est employé sous forme de cartouches cylindriques, enveloppées de papier cristal.

Dynamites pulvérulentes

A côté des dynamites-gommes sont également créées des dynamites pulvérulentes, obtenues au moyen du mélange de nitroglycérine avec d’autres substances absorbantes, telles que les celluloses lourdes ou légères (nitrocelluloses), les nitrates d’ammoniaque, de soude, de potasse etc. Le procédé le plus ancien consiste à mélanger d’abord la nitroglycérine avec le coton azotique pour former un gel (gélatinisation) puis à incorporer les autres composants.

Ces absorbants successifs permettent d’obtenir, avec des quantités de nitroglycérine faibles, (10 à 30%) de nouveaux explosifs adaptés aux mines (de charbon) ou aux chantiers (carrières d’ardoises, de granit)[4].

Au lieu ou en supplément du coton, les matières les plus employées sont donc les celluloses, issues de bois tendre ou de divers végétaux, qui peuvent se nitrer à divers pourcentages. En conséquence, les dynamites pulvérulentes se caractérisent par leur capacité d’adaptation à la demande. En incorporant des celluloses de densité variable, on fait des pâtes plus ou moins aérées, permettant d’obtenir une gamme de produits de densité, de puissance et de sensibilité très diverses.

En dernier lieu, ces dynamites pulvérulentes tirent leur nom de leurs absorbants et de leur structure. A la différence des dynamites gommes, de texture pâteuse, elle se présentent en effet sous forme d'une poudre légèrement collante. Dans les années 1940, elles sont jugées « d’usage commode et d’amorçage facile ». Les enveloppes en papier paraffiné sont imperméabilisées afin d’empêcher le produit de s’humidifier.

Grisou-dynamites

Ces explosifs, à base de nitrate d’ammoniaque, font leur apparition en France vers 1890 sous le nom de leur inventeur, Favier. Ils sont d’abord brevetés par la Société Française des Poudres de Sûreté qui, pendant quinze ans, est la seule société à encartoucher ces explosifs fournis à son usine de St-Denis par la Poudrerie d'Esquerdes.

A la suite de la catastrophe de Courrières, les dynamiteries sont contraintes de formuler de nouvelles dynamites anti-grisouteuses, homologuées en grand nombre dans les années 1920. Ces produits sont particulièrement étudiés pour satisfaire aux besoins des houillères et les recherches portent plus spécialement sur l’obtention d’explosifs antigrisouteux, c’est-à-dire non susceptibles d’enflammer le grisou ou les poussières charbonneuses.

A Paulilles, ce sont des dynamites dénommées Grisoutines (comprenant un volume important de nitrate d’ammonium) qui sont produites : Grisoutine B, F et grisoutine-gomme, comprenant de 70 à 88% d’ammonium[5]. En 1930, un rapport indique que l’usine de dynamite de Paulilles produit les trois principales catégories de dynamites conformes à la classification: dynamites-gommes, dynamites pulvérulentes et grisou-dynamites[6].

Dynamites plastiques

Ces dynamites contenant de 20 à 40% de nitroglycérine ont été les dernières produites à Paulilles. Elles contiennent un adjuvant explosif dénommé dinitrotoluène, responsable de leur consistance plastique. A Paulilles a été fabriqué un produit dénommé Sofranex dans lequel est introduit du dinitrotoluène. Des produits antigel sont également fabriqués par introduction de glycol à compter de 1927, avant que ce procédé ne se généralise. En premier lieu, la classification des dynamites résulte donc d’une complexification dans leur composition, concomitante des avancées de la recherche scientifique et chimique. 

E. PRACA

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BIBLIOGRAPHIE

PRACA Edwige, « Principales catégories de dynamites fabriquées à Paulilles » in Les procédés de fabrication de la dynamite. 1870-1984. Usine de Paulilles (Pyrénées-Orientales), vol.3, Conservatoire de l’Espace Littoral, Région Languedoc-Roussillon, Perpignan-Montpellier, 2002, p.4-8.

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA E., Société Nobel Française - Dynamites les plus utilisées - Années 1950, site Amis de Paulilles, rubrique Productions.

PRACA E., Dynamiterie de Paulilles - Productions - 1924, site Amis de Paulilles, rubrique Productions.



NOTES

[1] SNPE Ingenierie, Etude des dangers de l’établissement désaffecté Nobel explosifs France de Paulilles (Pyrénées-Orientales), 1987, p.18 et suivantes.

[2] Dynamite n°1 Guhr fabriquée à Paulilles, selon SNPE Ingenierie, Etude des dangers de l’établissement désaffecté… p.20 à 22.

[3] Dynamites gomme ou gélatine, contenant du coton nitré, fabriquées à Paulilles, selon SNPE Ingenierie, Etude des dangers de l’établissement désaffecté… p.20, 23-24.

[4] Dynamite n°0 ou 2 contenant de la cellulose, fabriquées à Paulilles, selon selon SNPE Ingenierie, Etude des dangers de l’établissement désaffecté… p.20 et 23.

[5] Grisoutine B, F et grisoutine-gomme, selon selon SNPE Ingenierie, Etude des dangers de l’établissement désaffecté… p.20.

[6] ADPO, 8S170. Ce classement reflète également le volume de production, la production la plus forte étant celle des dynamites gommes, la moins importante celle des grisoutines.