Société Nobel Française - Dynamites les plus utilisées - Années 1950

 

 

Avec les découvertes de Nobel, l’industrie des explosifs se dote de toute une catégorie de dynamites où l’absorbant inerte est remplacé par des substances actives. L’explosif industriel le plus puissant est la dynamite gomme, auquel s’ajoutent les dynamites pulvérulentes de moindre puissance, ainsi que des explosifs destinés aux houillères. Dans les années 1930, la Société Nobel Française produit ces trois types de dynamite dans ses usines d’Ablon (Calvados) et de Paulilles (Pyrénées-Orientales), qu’elle présente à la clientèle sous les intitulés suivants : « Dynamites ordinaires », « Dynamites spéciales » et « Grisou-dynamites ».

Dans les années 1950, les intitulés sont précisés. Les « dynamites ordinaires » deviennent « dynamites pour tous travaux, spécialement recommandées pour travaux mal ventilés ». Les « dynamites spéciales » deviennent « dynamites pour carrières et tous travaux à l’air libre ». Enfin les « grisou-dynamites » sont des « explosifs de sûreté pour mines grisouteuses ». Sous ces catégories, Nobel Française décline toute une série de marques de fabriques aux caractéristiques spécifiques, parmi lesquelles figurent d’une part la composition et d’autre part l’utilisation de l’explosif.

Globalement, les dynamites gommes composent les « dynamites ordinaires », les pulvérulentes sont destinées aux carrières et à l’air libre, les moins puissantes aux mines de charbon. A l’intérieur de ce classement, les marques sont modulées selon leur teneur en nitroglycérine et coton azotique, et leurs adjuvants précisés. Le choix des explosifs est également lié au genre de travaux à exécuter, à la nature des terrains et à leur situation : travaux souterrains ou à l’air libre, terrains secs ou humides, dureté des roches, carrières exploitées par abattage en masse. Tel est donc le mode de présentation de cette gamme de production, schématiquement articulée autour des deux critères précédemment cités.

 

I - Dynamites pour tous travaux, spécialement recommandées pour travaux mal ventilés

A noter que dans l’ensemble de ce corpus, l’un des composants occupe une place particulière. Il s’agit du glycol, tout d’abord substitué pour partie à la nitroglycérine pendant la saison d’hiver, et dont la propriété est de rendre les dynamites incongelables. Son emploi étant devenu permanent, l’ensemble des dynamites initialement composé de nitroglycérine et coton azotique, apparaît ensuite sous la composition « nitroglycéroglycol et coton azotique ». Les marques sont par ailleurs présentées par teneur décroissante en nitroglycérine.

Gomme A

Composition : nitroglycérine puis nitroglycéroglycol et coton azotique. Saturée en nitroglycérine, la gomme A est une dynamite gomme uniquement composée de ces deux éléments. Elle est présentée comme l’explosif industriel le plus puissant. Insensible à l’action de l’eau, elle convient pour les travaux en galerie, pour les  terrains les plus durs et est spécialement recommandée pour les travaux sous-marins. Dans les années 1950, elle est autorisée dans les houillères « comme explosif à usage restreint ».

Gomme B

Composition : nitroglycérine puis nitroglycéroglycol, coton azotique, nitrate de soude ou de potasse, cellulose. La gomme B se distingue de la précédente par plusieurs adjuvants. Cette dynamite gomme est sensiblement comparable à la précédente, mais moins résistante à l’action de l’eau. Dans les années 1950, elle est recommandée pour les terrains durs, pour les travaux en galerie et sous-marins « si le temps d’immersion ne dépasse pas 10 à 12 heures »[1].

Gomme B.A.M.

Composition : nitroglycérine puis nitroglycéroglycol, coton azotique, nitrate d’ammoniaque, cellulose. La gomme B.A.M. est une dynamite gomme se distinguant par la présence de nitrate d’ammonium. Cet explosif de grande puissance est estimé parfait pour les travaux en galerie, en rocher dur, mais très sensible à l’action de l’eau, il ne convient pas dans les terrains humides. Dans les années 1950, la gomme B.A.M. est recommandée pour les terrains durs, les travaux en galerie et sous-marins « si le temps d’immersion ne dépasse pas 10 à 12 heures ». Elle est autorisée dans les houillères comme explosif « à usage restreint »[2].

Gélatinée n°1

Composition : nitroglycérine puis nitroglycéroglycol, coton azotique, nitrate de soude, cellulose. Cette dynamite gomme se distingue de la précédente par une teneur inférieure en nitroglycérine et supérieure en nitrates et cellulose. Elle est spécialement destinée aux travaux en galerie en terrains de moyenne dureté et peu humides. Dans les années 1950, elle apparaît également utilisable en terrains demi durs et en galeries, « sous condition que les terrains ne soient pas trop humides »[3].

Dynamite n°2

Composition : nitroglycérine puis nitroglycéroglycol, coton azotique, nitrate de soude, cellulose. Cette dynamite pulvérulente se distingue de la Gélatinée n°1 par une teneur inférieure en nitroglycérine et supérieure en nitrate de soude et cellulose. Elle est recommandée pour les abattages en galerie et les travaux dans les terrains en roches demi-dures. Dans les années 1950, cette dynamite ancienne convient aux terrains demi-durs, où elle est encore appréciée pour sa grande vitesse de détonation, qui accroît son pouvoir brisant. Elle ne convient pas en terrains trop humides, convient en galerie[4].

Nouvelles mentions des années 1950

Par leur puissance, la Sofranex et la Nitro-Baronite B ci-dessous se situent immédiatement après la gomme BAM. Ces deux dynamites comprennent du toluène et de l’aluminium. Historiquement, le toluène est issu des produits de distillation de la houille, tout d’abord du goudron des fabriques de gaz d’éclairage puis des usines de coke métallurgique. Son usage s’est intensifié lors de la Seconde Guerre Mondiale. L’aluminium augmente pour sa part la température des gaz d’explosion.

Sofranex

Composition : nitroglycéroglycol, coton azotique, binitrotoluène, nitrate d’ammonium, aluminium. Dans les années 1950, cette dynamite gomme de fabrication « assez récente » est utilisée en terrains durs, à l’air libre, en travaux sous-marins si l’immersion ne dépasse pas quatre à cinq heures. A base de toluène, elle a « rapidement conquis dans la gamme des dynamites une place de choix, par sa puissance et sa brisance »[5].

Nitro-baronite B

Composition : nitroglycéroglycol, coton azotique, binitrotoluène, nitrate d’ammonium, aluminium, brai de pétrole, cellulose. Dynamite pulvérulente à base de toluène, moins chargée en nitroglycéroglycol et coton azotique que la Sofranex. Dans les années 1950, elle convient en terrains demi durs et en galerie avec bonne ventilation. Autorisée dans les houillères comme explosif à usage restreint[6].

 

II - Dynamites pour carrières et travaux à l’air libre

Pour l’essentiel pulvérulentes, les « dynamites spéciales » sont d’abord recommandées par Nobel Française « pour les travaux en carrière ou les travaux en galerie jouissant d’une parfaite aération ». Présentées dans les années 1950 sous l’intitulé « Dynamites pour carrières et tous travaux à l’air libre », elles demeurent comme précédemment, spécialement recommandées pour les abattages en masse par mines verticales.

Tolamite

Composition : nitroglycérine puis nitroglycéroglycol, coton azotique, cellulose, nitrate d’ammoniaque, binitrotoluène. Initialement recommandée pour les travaux en carrière en roches dures, cette dynamite à base de nitrate d’ammoniaque et de toluène est utilisable dans les années 1950 en terrains demi-durs, même humides. Elle convient « très bien » pour l’exploitation des carrières, pour abattage en masse avec mines verticales profondes. Ne convient pas en galerie, « à moins de disposer d’un excellent aérage »[7].

Martinite

Composition : nitroglycérine puis nitroglycéroglycol, coton azotique, binitrotoluène, nitrate de soude, cellulose. Explosif pulvérulent à base de toluène et de nitrate de soude, initialement recommandé pour l’exploitation des carrières en terrain de dureté moyenne et « très recommandé » pour les travaux agricoles. Après la création de la stabilite et de la dynalite, sa puissance étant inférieure à celle des nouveaux explosifs, elle convient pour terrains de faible dureté et très peu humides.

Nobelite

Composition : nitroglycérine puis nitroglycéroglycol, coton azotique, binitrotoluène, nitrate de soude, cellulose, bicarbonate de soude. Un peu moins puissante que la Martinite, cette dynamite à base de toluène et de nitrate de soude s’utilise dans les mêmes conditions, mais dans des terrains plus tendres. Après la création de la stabilite et de la dynalite, elle convient à l’air libre en terrains de faible dureté, même humides, dans les mines verticales profondes, et ne convient pas en galerie[8].

Xytolite

Composition : nitroglycérine puis  nitroglycéroglycol, coton azotique, binitrotoluène, nitrate de soude, cellulose. Dynamite pulvérulente spécialement recommandée pour abattages en terrains tendres. Explosif peu brisant dont les effets se rapprochent de ceux de la poudre noire. Après la création de la stabilite et de la dynalite, elle convient dans les terrains très tendres et  très peu humides.

Nouvelles mentions des années 1950

Stabilite

Composition : nitroglycéroglycol, coton azotique, binitrotoluène, nitrate d’ammonium, cellulose. Pulvérulent utilisé dans les travaux à l’air libre en terrains demi-durs, peu humides, elle convient pour le chargement des mines verticales profondes, et ne convient pas en galerie[9].

Dynalite

Composition : nitroglycéroglycol, coton azotique, binitrotoluène, nitrate d’ammonium, aluminium, cellulose. Présentant une variation dans le dosage des adjuvants, la dynalite est un pulvérulent dont l’utilisation est comparable à celle de la stabilite.

 

III - Grisou- Dynamites - Explosifs de sûreté pour mines grisouteuses

Les changements apparaissent les plus nombreux dans cette catégorie. Parmi les grisou-dynamites présentées par Nobel Française dans les années 1930, seule subsiste ultérieurement la grisou-dynamite roche à la cellulose. Les explosifs disparus sont remplacés par la création de grisou-dynamites chlorurées. La température de détonation de ces nouveaux explosifs a été abaissée par adjonction d’une substance inerte, le chlorure de sodium, pour une utilisation en atmosphère grisouteuse[10].

Grisou-dynamite roche

Composition : nitroglycérine, coton azotique, nitrate d’ammoniaque. La grisou-dynamite roche est utilisée « pour le tir au rocher ou dans les murs de serrement à la charge maximale de1 kg par trou de mine ». N’est plus mentionnée dans les années 1950.

Grisou-dynamite couche

Composition : nitroglycérine, coton azotique, nitrate d’ammoniaque. La grisou-dynamite couche est utilisée pour le tir au charbon à la charge maximale de 500 g par trou de mine. N’est plus mentionnée dans les années 1950.

Grisou-dynamite roche à la cellulose

Composition : nitroglycérine puis nitroglycéroglycol, coton azotique, nitrate d’ammoniaque, cellulose. Il s’agit d’une dynamite pulvérulente s’employant dans les mêmes conditions que la précédente, mais d’une sensibilité plus grande pour la transmission de la détonation. Livrée dans les années 1950 sous gaine cellophane, elle est autorisée « pour le tir au rocher dans les mines grisouteuses et poussiéreuses »[11].

Grisou-dynamite couche à la cellulose

Composition : nitroglycérine, coton azotique, nitrate d’ammoniaque, cellulose. Il s’agit d’un explosif s’employant dans les mêmes conditions que le type sans cellulose ; il présente sur ce dernier l’avantage d’une plus grande sensibilité pour la transmission de la détonation. N’est plus mentionné dans les années 1950.

Grisou-dynamite couche salpêtrée

Composition : nitroglycérine, coton azotique, nitrate d’ammoniaque, nitrate de potasse. Par remplacement de 5% de nitrate d’ammoniaque par 5% de nitrate de potasse, cette dynamite présente « une puissance et une sensibilité à l’onde explosive du même ordre que les grisou-dynamites ordinaires ». N’est plus mentionnée dans les années 1950.

Nouvelles mentions des années 1950

Grisou dynamite chlorurée n°1

Composition : nitroglycéroglycol, coton azotique, nitrate d’ammonium, chlorure de sodium, cellulose. Dynamite pulvérulente, « explosif couche » livré dans les années 1950 sous gaine cellophane, autorisé pour le tir au charbon avec détonateurs électriques instantanés[12].

Grisou dynamite chlorurée n°15

Composition : nitroglycéroglycol, coton azotique, nitrate d’ammonium, chlorure de sodium, cellulose. Dynamite pulvérulente, comparable à la chlorurée n°1 « mais de plus grande sécurité » : explosif couche amélioré, autorisé dans les années 1950 pour le tir au charbon avec détonateurs à retard[13].

Grisou chlorurée n°16

Composition : nitroglycérine au glycol gélatinisée à 1/40, binitrotoluène, nitrate d’ammonium, chlorure de sodium, tourbe. Nouvel explosif autorisé à compter du 11 juillet 1953. Dynamite pulvérulente, comparable à la chlorurée n°15 « mais de plus grande sécurité », explosif couche amélioré, autorisé pour le tir au charbon avec détonateurs à retard[14].

E. PRACA

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BIBLIOGRAPHIE

Société Nobel Française. Dynamites, La Dynamite, sd, après 1930.

Société Nobel Française, Dépliants Nobel n°1, « Dynamites. Caractéristiques et utilisation », 3e édition, janvier 1955.

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA Edwige, Principales catégories de dynamites fabriquées à Paulilles - 1870-1984, Site Amis de Paulilles, rubrique Productions.

Sur l'emballage sous cellophane de la "Grisou-dynamite roche à la cellulose" : Dynamite, papier kraft et cellophane dans les mines - Années 1930-1960, Site Amis de Paulilles, rubrique Productions.



 

NOTES

[1] Autres caractéristiques : « Excellente résistance à l’eau, peu de fumées ».

[2] Autres caractéristiques : « Excellente résistance à l’eau, assez peu de fumées ».

[3] Autres caractéristiques : « Assez bonne résistance à l’eau, peu de fumées ».

[4] Autres caractéristiques : « Moyenne résistance à l’eau, peu de fumées ».

[5] Autres caractéristiques : « Bonne résistance à l’eau, fumées assez abondantes ».

[6] Autres caractéristiques : « Moyenne résistance à l’eau, fumées assez peu abondantes ».

[7] Autres caractéristiques : «.. assez bonne résistance à l’eau, fumées assez abondantes, très peu sensible aux chocs ».

[8] Autres caractéristiques : «.. bonne résistance à l’eau, fumées assez abondantes ».

[9] Autres caractéristiques : « Moyenne résistance à l’eau, fumées assez abondantes, peu sensible au chocs ».

[10] Dictionnaire Larousse.

[11] Autres caractéristiques : « Faible résistance à l’eau, mais livré sous gaine cellophane, résistance assez bonne, dégage peu de fumées, moyennement sensible aux chocs ».

[12] Autres caractéristiques : « Assez bonne résistance à l’eau, renforcée par la gaine cellophane, assez de fumées, peu sensible aux chocs ».

[13] « Comparable à la Chlorurée n°1, pour la résistance à l’eau, le dégagement des fumées et la résistance aux chocs ».

[14] « Comparable à la G.D. Chlorurée n°15, pour la résistance à l’eau, pour les fumées et pour la résistance aux chocs ».