Poupées en celluloïd de la Société Nobel Française – 1953

Poupées en celluloïd de la Société Nobel Française – 1953

 

Poupées fabriquées à Chauffry - Vallée du Grand Morin - Seine et Marne

 

En 1953, la Société Nobel Française dispose en France de cinq usines d’explosifs et de matières plastiques : les deux dynamiteries de Paulilles, près de Port-Vendres et d’Ablon près La Rivière Saint-Sauveur (Calvados) ; l’usine de La Rivière-Saint-Sauveur dans le Calvados ; celle du Vert-Galant à Villetaneuse (Seine) ; enfin l’usine de Chauffry, par Rebais, en Seine et Marne, non loin de Coulommiers.

L’unité de Chauffry est alors la seule à fabriquer des poupées : celles-ci s’obtiennent par soufflage à partir d’une feuille en celluloïd appliquée sur les deux parties de moules en bronze. La finition est le fait d’une main d’œuvre essentiellement féminine, chargée de l’assemblage des têtes, corps et membres, et donnant leur touche finale aux fameux poupons en celluloïd. En 1953, l’usine compte 250 ouvriers et ouvrières ; un article lui est consacré dans une revue régionale.

Paru sous le titre « Les jouets en celluloïd de la Société Nobel Française », cet article relate le mode de fabrication des poupées Nobel. L’usine y apparaît alors comme l’un des fleurons de l’industrie française du jouet. Pour mémoire, les poupées et baigneurs Nobel portent à cette période la marque "SNF" inscrite dans un losange.

 


Personnel féminin de l'usine de Chauffry

 

Mais après la fusion de Nobel Française avec Bozel Maletra en 1957, la société Nobel Bozel arrête l’emploi du celluloïd dans la chaîne de fabrication et procède à son remplacement par une nouvelle matière : le polyéthylène. En 1958, cette mutation technique s’accompagne du licenciement de 108 personnes, soit un peu moins de la moitié des effectifs. En 1963, le département "jouet" de Nobel et sa célèbre collection de poupées de Modes et Travaux, sont finalement cédés à la société Petitcollin.

Egalement frappée par la crise du celluloïd, Peticollin est elle-même rachetée en 1995 par la société Vilac, après plusieurs restructurations ; elle devient l’un des départements de cette dernière société, initialement spécialisée dans les jouets en bois. En 2008 enfin, Vilac reçoit le label « Entreprise du patrimoine vivant » délivré par le secrétariat d’Etat chargé des entreprises et du commerce extérieur, « pour son savoir faire rare » et la tradition de ses fabrications.

 

E. PRACA

 


 

DOCUMENT

Les jouets en celluloïd de la Société Nobel Française

Texte de 1953

 

« Dans la vallée si pittoresque du Grand-Morin, au milieu des papeteries qui jalonnent ses rives, il est un petit village, s'étageant à flanc de coteau, portant le nom de Chauffry, où naissent depuis plus de 50 ans, les plus beaux bébés de France.

Dans ce village, chaque maison est une vraie pouponnière, car la presque totalité de la population participe, tant à domicile qu'à l'usine qui s'élève au centre de l'agglomération, à la naissance de ces bébés en celluloïd.

En effet, en plus de ses 5 autres usines d'explosifs industriels et de matières plastiques, la Société Nobel Française, dont le siège est 67, boulevard Haussmann à Paris, est propriétaire de cette usine de 250 ouvriers et ouvrières, la plus importante de France dans sa spécialité, tant au point de vue quantité que qualité.

Ces bébés s'obtiennent par soufflage, qui s'effectue dans des moules de bronze sur les deux parties desquels les ouvriers appliquent une feuille de celluloïd ramolli ; les moules sont ensuite refermés, mis entre les plateaux d'une presse et par un canal d'injection pratiqué dans le moule on insuffle de l'air comprimé ou de la vapeur qui font prendre à la feuille de celluloïd toutes les formes et détails du moule.

Les pièces sont ensuite ébardées, puis poncées pour obtenir le poli, ou matées, afin de donner à la matière le grain naturel de la peau.

Après des vérifications rigoureuses, les pièces sont envoyées à l'assemblage, les membres sont rattachés au tronc à l'aide de caoutchouc résistant ; les têtes sont fardées au pistolet aérographe, la décoration finement terminée au pinceau.

Les perruques, les cils et les yeux en cristal sont mis en place avec beaucoup de minutie, celle-ci exigeant un long apprentissage pour ces opérations si délicates.

Après une dernière vérification, les têtes sont montées sur les corps, et le bébé ainsi terminé est habillé et envoyé dans les nombreux magasins et boutiques de la France entière.

Il portera aux quatre coins du monde que le renom et la qualité du goût français ».

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BIBLIOGRAPHIE

Texte extrait de « Les jouets en celluloïd de la Société Nobel Française », rubrique « Industries diverses de la vallée du Grand Morin », in revue L’opinion économique et financière. Edition Illustrée. La Brie et le Gâtinais, 6e année, n°15, Décembre 1953, p.35.

CHAUVEAU Elisabeth, Poupées et bébés en celluloïd. Cent ans d’histoire de la poupée française (1881-1979), éd. Dauphin, 2011.

Société Nobel Française, "Le celluloïd", in Agenda de l'année 1953.

POUR EN SAVOIR PLUS

Sur les débuts du celluloïd : Jules Schmerber et les sociétés de celluloïd en Europe - 1879 - 1909.

Sur la fabrication du celluloïd : Celluloïd - Texte de la Société Nobel Française - 1953.

Images de poupées en celluloïd : Musée de la Poupée à Paris.

Images de poupées contemporaines : Site internet Vilac.