Implantation de la dynamiterie de Paulilles - 1865-1875 - Histoire

 

 

En Août 2000, la Délégation Languedoc-Roussillon du Conservatoire de l’Espace Littoral et des Rivages Lacustres (Maître d’ouvrage) et la Direction Départementale de l’Equipement des Pyrénées-Orientales (Maître d’oeuvre) ont établi un cahier des charges pour la réalisation d’une étude historique se rapportant au site de l’ancienne dynamiterie de Paulilles. Ce document a fixé l’organisation de l’étude historique autour de six thèmes différents, le premier d'entre eux étant intitulé : « Le site de Paulilles à la croisée des chemins de l’histoire internationale et de l’histoire locale ». Ce thème concerne l’histoire de l’implantation de l’usine de dynamite de Paulilles, depuis l’invention de la dynamite en 1865 jusqu’à l’implantation définitive de l’usine en 1875-76, et se rapporte donc aux origines de la dynamiterie.

(...)

Conformément au cahier des charges, cette étude se compose donc de plusieurs parties distinctes, relatives aux motifs de l’implantation, au jeu des influences, aux réactions de la population. Le plan adopté en est le suivant : I. - Paulilles dans le contexte européen ; II. - Raisons stratégiques du choix du site ; III. - Influences politiques nationales et locales : IV. - Réactions de la population locale. L’étude s’appuie sur des relevés d’archives et documents originaux. A cet effet, des recherches ont été menées aux Archives départementales des Pyrénées-Orientales, mais aussi aux Archives départementales et bibliothèque municipale de Nancy (Meurthe et Moselle). S’y ajoutent les pièces constitutives de la Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite (1875), issues des Archives Nationales de Paris.

 

PAULILLES DANS LE CONTEXTE EUROPEEN

Comprise dans un cadre européen, la fondation de la dynamiterie de Paulilles repose sur un faisceau d’éléments convergents. Y participent à l’origine la formation et les relations cosmopolites d’Alfred Nobel contractées dans sa jeunesse, l’implantation des premières usines de dynamite en Europe et la circulation transfrontalière des connaissances relatives à la dynamite.

L’implantation d’une usine de dynamite à Paulilles, près de Port-Vendres ( Pyrénées-Orientales), est le fait de l’ingénieur suédois Alfred Nobel (1833-1896), inventeur en 1865-1866 d’une matière constituée d’un mélange de nitroglycérine et d’absorbant inerte. Cette matière est notoirement connue sous le nom de dynamite. Dès le début des expérimentations se rapportant à cette matière, les objectifs de Nobel tendent à une production industrielle de ses découvertes. Leur production industrielle s’effectue de manière extensive en Europe et aux Etats-Unis, suivant un processus en trois étapes :  diffusion des informations relatives à la dynamite; création et légalisation des sociétés commerciales correspondantes; implantation d’ateliers de fabrication.

Ce processus se vérifie également en France. En France, le brevet d’invention de la dynamite est daté du 20 juin 1866. Il constitue le point de départ des manœuvres d’implantation d’Alfred Nobel sur le territoire national. En 1868, une association commerciale entre Alfred Nobel et Paul Barbe, Polytechnicien originaire de Nancy, précède la fondation de l’usine de Paulilles. A la veille de la guerre de 1870, P. Barbe se fait en outre l’interprète des avantages de la dynamite, déjà employée dans l’industrie extractive prussienne.

Formation cosmopolite d’Alfred Nobel

De manière universelle, la notoriété d’Alfred Nobel, né à Stockholm (Suède) en 1833, décédé à San-Rémo (Italie) en 1896, repose sur deux événements : l’invention de la dynamite en 1865-1866; la création après son décès, d’une institution réputée décernant les « Prix Nobel », attribués dans les domaines littéraires et scientifiques, et couronnant des œuvres réalisées en faveur de la paix. De 1833 à 1865, quelques points essentiels de sa jeunesse illustrent notamment l’influence des travaux paternels sur ses orientations futures, ainsi que le caractère cosmopolite de sa formation.

Comme inventeur de la dynamite, Alfred Nobel est d’abord influencé par les travaux scientifiques et industriels de son père, Immanuel Nobel. Débutant par une carrière de conducteur de travaux, celui–ci est nommé en 1827, professeur de géométrie à l’Institut technologique de Stockholm et poursuit des recherches en architecture et surtout en constructions mécaniques.

Très tôt intéressé par les questions d'armement, inventeur de mines explosives de longue portée à base de poudre, Immanuel Nobel se heurte au désintérêt du gouvernement suédois à l'égard ses offres de travaux et services. Emigré en 1837 à St Petersbourg (Russie), sa réussite dans les affaires se concrétise par la création de deux sociétés successives de « Fonderies et Ateliers mécaniques ». Dans ses ateliers sont fabriqués, pour le compte du gouvernement russe et en particulier pour la Marine, des séries de pièces se rapportant à l’armement ou l’explosion : mines de terre ou de mer, en particulier torpilles ; affûts de canon, fusils à tir rapide[1].

Au cours de son adolescence, Alfred Nobel bénéficie des avantages liés à la réussite paternelle. Celui-ci fréquente d’abord l’école suédoise à Stockholm puis rejoint son père en Russie à l’âge de 9 ans. Il y passe sa jeunesse et y reçoit un enseignement dispensé par des précepteurs et professeurs particuliers, suédois et russes, notamment en chimie et en langues étrangères. L’usine familiale, où s’effectuent de nombreuses expériences, lui permet également de se perfectionner en chimie.

A l’âge de 17 ans, Alfred Nobel est ensuite envoyé en voyage d’études en Europe  et Amérique du Nord (1850-1852). Celui-ci se déroule en Suède, Allemagne, France (en particulier Paris), Italie et à New-York. Il est polyglotte et ses centres d’intérêt se rapportent aux explosifs. Après une apogée en 1854-1856 -guerre de Crimée- les entreprises de Nobel père connaissent un relatif déclin et en 1859, Immanuel Nobel retourne à Stockholm. Pour leur part, ses fils aînés, Louis et Robert, industriels et fabricants d’armes, réussissent une reconversion  professionnelle exemplaire, en fondant l’industrie pionnière des pétroles russes[2].

A Stockholm, Immanuel et Alfred Nobel poursuivent leurs expérimentations sur les explosifs. Les recherches d’Alfred Nobel sont cette fois orientées sur les propriétés de la nitroglycérine. A terme, ses travaux se concrétisent d’une part par l’invention du détonateur et d’autre part par l’invention de la dynamite, matière constituée d’un mélange de nitroglycérine liquide et d’absorbant inerte (1865-1866)[3].

Répartition des fabriques en Europe (1865-1875)

Dérivée de ces découvertes, l’implantation d’une industrie des explosifs chimiques se déroule en deux temps : implantation d’usines de nitroglycérine en Suède à compter de 1861 ; disparition progressive de ces usines au profit des usines de dynamites, implantées en Suède et Europe du Nord à compter de 1865. Chronologiquement, la fondation de l’usine de Paulilles (1870) s’inscrit donc dans le cadre de la progression des entreprises Nobel au sein des divers pays européens, échelonnées selon les opportunités locales et les variations de conjoncture. Intervenant de 1865 à 1875, dans la décennie suivant l’invention de la dynamite, cette phase est celle de la conquête de marchés nationaux nouvellement créés ; généralement, une ou deux usines sont implantées par pays : cf. "Dynamiteries fondées en Europe et aux Etats-Unis (1865- 1875)", site Amis de Paulilles.

Circulation des connaissances relatives à la dynamite (1868-1870)

En France, le brevet d’invention de la dynamite date du 20 juin 1866[4]. Cette période constitue le point de départ des tentatives d’implantation d’Alfred Nobel sur le territoire français. Conformément au processus décrit, ces tentatives débutent en 1868 par une association commerciale réalisée entre Nobel et deux industriels nancéens, Jean-Baptiste Barbe et en particulier son fils Paul Barbe (1836-1890). Le contrat d'affaires pour l'exploitation de la dynamite porte sur un investissement de 200 000 francs par les Barbe et l'octroi en retour de 50% des bénéfices[5].

Le parcours de Paul Barbe est pour sa part connu. Né le 4 février 1836 à Nancy, François dit Paul Barbe est issu d'une famille de la bourgeoisie lorraine. Neveu d'un entrepreneur en bâtiments médaillé de la Légion d'honneur, il est fils du maître de forges Jean-Baptiste Barbe-Schmitz. Ce dernier a brigué le site industriel de Pont-à-Mousson, un temps mis en vente, puis est devenu propriétaire de hauts fourneaux à Liverdun. Il est également concessionnaire de mines de fer dans le département de la Meurthe[6].

Dans un premier temps, Paul Barbe acquiert à l'école de Metz une formation militaire, d'où il sort promu au grade de lieutenant d'artillerie en premier (1857-1861). Ingénieur Polytechnicien, il s’associe ensuite, en temps de paix, à l’entreprise paternelle et se trouve parfaitement informé des perspectives qu'ouvre l'usage de la dynamite dans l'industrie minière et extractive. Depuis les pays proches autorisant la fabrication de la dynamite par l’industrie privée (Prusse et Autriche), s’effectue par ailleurs une circulation transfrontalière des informations relatives à l’emploi de la dynamite. Celle-ci atteint la France par la frontière de l’est.

Travaux d'édition de Paul Barbe

En 1870, Paul Barbe est ainsi traducteur d’une brochure allemande, datée de 1869 et intitulée « La dynamite, substance explosive inventée par M. A. Nobel, ingénieur suédois ». Cette brochure, dont un exemplaire est conservé à la bibliothèque de Nancy, a été initialement rédigée par Isidor Trauzl, militaire en service commandé du ministère de la Guerre autrichien. La traduction effectuée par Paul Barbe est achevée à Liverdun le 1er juillet 1870, à quelques jours de la guerre franco-prussienne, déclarée le 18 juillet[7]. Elle est accompagnée d’un plaidoyer de ce dernier en faveur de la fabrication de la dynamite par l’industrie privée, selon une conception inspirée du modèle autrichien. La conclusion en est formulée en ces termes :

« Pour lutter avec succès contre l’étranger, il faut que notre armée et notre industrie aient à leur disposition tous les moyens d’action dont disposent les peuples voisins. Parmi eux, il faut compter en première ligne la dynamite, employée à une grande échelle en Prusse, en Autriche, en Suède, en Norvège, en Belgique, en Suisse, en Californie et dans l’Amérique du Sud (…) En terminant, qu’il me soit permis d’émettre le vœu de voir notre pays adopter les principes reçus en Autriche, et tolérer la libre introduction de ce nouveau composé explosif, en attendant qu’une fabrication française soit en mesure de pourvoir à nos besoins ».

La conception autrichienne est alors la suivante : ce pays maintient un monopole d’Etat sur la fabrication des poudres et explosifs mais, paradoxalement, ce monopole s'avère toutefois théorique, car l’Autriche autorise et réglemente dans le même temps la fabrication et la vente de la dynamite par l’industrie privée. En France existe également un monopole d’Etat de la fabrication des poudres et explosifs. Etabli en 1775 sous la forme d’une Régie des poudres et salpêtres, momentanément supprimé en 1793 par la Convention, en raison des besoins militaires lors des guerres républicaines, le monopole est rétabli en 1797 (an V). Celui-ci confère à l’Etat le monopole absolu de la fabrication, de l’exploitation et de la vente de la poudre et autres matières explosives[8]. Au niveau national, l’implantation d’une usine de dynamite demeure donc dans un premier temps interdite et la conclusion de Paul Barbe appelle à un assouplissement de la position gouvernementale.

 

CHOIX DU SITE DE PAULILLES - RAISONS STRATEGIQUES   

La guerre de 1870 et ses conséquences en France 

Changements législatifs   

En France, la situation de monopole d’Etat se trouve ensuite radicalement modifiée, en conséquence directe de la guerre de 1870. Déclarée à la Prusse le 18 juillet 1870, la guerre se caractérise rapidement, du côté français, par une suite de revers militaires. Ces défaites successives provoquent en retour une révolution politique. La perte de l'Alsace, l'invasion de la Lorraine, la capitulation de l'armée à Sedan le 1er septembre 1870, entraînent en effet le 4 septembre le renversement de l'Empire et la proclamation de la République. A compter du 18 septembre, l'armée prussienne met le siège devant la capitale.

Cette chronologie apparaît importante. Les premières décisions du nouveau gouvernement consistent en effet à mettre fin au monopole d'état, par une série de décrets sur la fabrication d'armements, pris du 5 septembre, lendemain de la chute de l'Empire, au 8 octobre 1870, veille de l'arrivée de Gambetta à Tours.

Les points essentiels sont les suivants : en réaction aux revers militaires et à la pénurie d'armement, le nouveau gouvernement de la Défense Nationale décrète dès le 5 septembre 1870, que "la fabrication, le commerce et la vente des armes" sont dorénavant "absolument libres"[9]. Destiné à favoriser les initiatives privées, le 13 septembre, un crédit de dix millions de francs est attribué à une nouvelle commission placée sous le contrôle du ministère des Travaux Publics, chargée de régir le futur marché de l'armement[10].

Un remaniement du régime douanier est par ailleurs opéré, en supprimant les taxes d'importation pour les armes et cartouches de provenance étrangère (9 septembre) et pour les poudres de guerre (8 octobre)[11]. Reconduite à la fin de l'année 1870, cette mesure  s’étend ensuite à tous les moyens de défense susceptibles d'être mis en œuvre contre l’ennemi.

La pénurie d'armes s'avère en effet complète, en raison des pertes de matériel et de l'insuffisance du nombre d'ateliers de fabrication militaire[12]. Depuis août 1870, des achats d'armes sont effectués à l'étranger, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis ou en Belgique[13]. En définitive, la guerre de 1870 entraîne la fin du monopole d'Etat sur l’armement, au profit des initiatives émanant de l'industrie privée. Le secteur privé est également sollicité pour apporter son concours scientifique à l’amélioration de l’équipement militaire.

Le projet d’une usine de dynamite

Importance du siège de Toul

De manière plus ponctuelle, la fondation de l'usine de Paulilles résulte des revers subis par les régions envahies et paradoxalement, trouve son origine dans le siège de la ville de Toul (Lorraine). A compter du 27 juillet 1870 en effet, une dizaine de villes de l'est de la France (dont Metz, Thionville, Verdun ou Toul) sont déclarées en état de siège[14]. Investie par les Prussiens le 14 août 1870, la ville de Toul capitule finalement le 23 septembre, après un siège de six semaines. Dans l'intervalle, elle a tenté d'opposer, sous le feu de l'ennemi, des capacités de résistance réduites, mais néanmoins déterminées[15]. Cette volonté de résistance est reconnue par le gouvernement de la Défense nationale qui décrète, au cours du siège,  que la ville a "bien mérité de la patrie"[16].

La reddition honorable de la ville accélère paradoxalement le processus de fondation de Paulilles. Reconnaissant la défense valeureuse de la cité, l'état-major prussien accorde en effet des conditions de capitulation favorables aux officiers assiégés. Ceux-ci obtiennent la faculté de conserver leurs armes et de recouvrer leur liberté, à condition de ne pas reprendre de service durant la guerre en cours. Cette condition, demeurée le plus souvent inappliquée, ouvre à l'inverse la voie à des initiatives d’opposition. Selon un témoignage contemporain, beaucoup d’officiers en profitent alors pour s'esquiver et s'engager sur la voie de la résistance[17].

Ordre de fondation de Paulilles (31 octobre 1870)

C’est alors le cas de Paul Barbe, rappelé en activité le 30 juillet 1870, comme chef d'escadron dans l'artillerie de la garde nationale de la ville de Toul[18]. Au lendemain du 23 septembre 1870, Paul Barbe est rentré dans ses foyers[19]. Dans l'intervalle, depuis le 18 septembre, a lieu le siège de la capitale par les Prussiens. Fort de sa nouvelle liberté et de la reddition honorable de la ville lorraine, Paul Barbe trouve ainsi l'opportunité de présenter ses services à l'antenne gouvernementale de Tours, à savoir l'implantation d'une première usine de dynamite en France.

Toujours refusé sous l'Empire, ce projet répond dès lors entièrement à la poursuite de l'effort de guerre. Le nouveau procédé de la dynamite offre en effet l'avantage d'une puissance de feu supérieure à celle de l'armement traditionnel. Dans ce contexte de crise, la fondation de la fabrique est en conséquence acceptée par la commission de "pyrotechnie" et décidée selon un ordre spécial du 31 octobre 1870, émanant du ministère de l'Intérieur et de la Guerre[20]. Simultanément, P. Barbe et cinq de ses lieutenants sont promus chevaliers de la Légion d'Honneur "pour leur belle conduite pendant le siège de Toul"[21].

En résumé et de manière circonstancielle, la création d’une première usine de dynamite résulte de l'échec de Toul et du siège de Paris, confirmant la faiblesse de l'armement d'artillerie, opposé aux "bombes amenées d'outre-Rhin"[22]. Elle est à la fois une réponse à la pénurie et à l'infériorité de l'armement français et une compensation à l'importation étrangère. Inscrite dans un contexte d'urgence, la fondation de l'usine restitue ainsi à l'industrie de guerre l'opportunité d'une production nationale réactualisée.

L’implantation de l’usine de Paulilles (1870-1871)

Choix stratégiques

Le choix des Pyrénées-Orientales pour l'implantation de l'usine de dynamite résulte de plusieurs facteurs. Il accompagne tout d’abord le recul vers la partie méridionale de la France des principaux organes politiques et administratifs de l’Etat. Ceux-ci sont successivement implantés à Paris, à Tours puis à Bordeaux en raison de l’avancée des combats.

En second lieu, cette implantation s’inscrit dans le cadre d’une réorganisation et d’un recul géographique des ateliers d’armement terrestres, manufactures d’Etat et poudreries. L’origine de cette réorganisation remonte en 1815. Au début du XIXe siècle, les manufactures d’armement sont en effet dispersées à Charleville, St Etienne, Maubeuge, Tulle, Versailles, Mutzig, Klingenthal pour les armes blanches. A compter de 1815, les établissements trop exposés aux frontières, Maubeuge, Klingenthal et Mutzig, sont progressivement repliés à Châtellerault et Charleville, ensuite fermé en 1836. De même, l’artillerie militaire est réorganisée et ne conserve à compter de 1865 que les poudreries du Bouchet, de St Chinian, de Ripault et de Metz.

Au cours de la guerre de 1870, ce recul s’accentue. Les traditionnelles manufactures d'armes - Saint-Etienne, Tulle, Chatellerault – sont alors suppléées par de nouveaux ateliers, ouverts dans le centre et le sud-ouest de la France. Une nouvelle capsulerie est ainsi ouverte à Bayonne. Le département des Pyrénées-Orientales participe de même à ces mesures d’urgence. Les 1er et 13 octobre 1870, une dépêche du ministère des Travaux Publics ordonne l’installation à Perpignan d’une manufacture de cartouches pour fusils Chassepot[23]. Cette mission est la conséquence d’un décret de la Défense nationale, portant la création de ces ateliers « dans tous les départements où la nécessité en sera reconnue ». En premier lieu, le choix d’un site méridional pour l’implantation d’une usine de fabrication de la dynamite résulte donc  d'un recul généralisé des fabriques d’armement.

Contingences matérielles

Géographiquement, l’emplacement projeté se situe à l'extrêmité du territoire, à proximité de Port-Vendres et au sud du dernier port le plus méridional de France. En matière de dynamite, le choix d'un site se fixe sur la façade maritime. A cette époque, le transport des matières explosives s'effectue en effet par voie d'eau ou par charroi, son transport ferroviaire se trouvant limité sinon interdit[24]. Les cours d'eau locaux n'étant pas navigables, le choix du bord de mer se révèle en conséquence adéquat, sans compter la fonction de vidange que celle-ci représente pour l'usine. Cette mesure est également appliquée par l’Angleterre à la dynamiterie d’Ardeer en Ecosse, en raison d'interdictions identiques posées contre Nobel (1869).

Dans les Pyrénées-Orientales, le choix de l’anse de Paulilles, permettant un débarquement aisé des produits, répond également à des critères de défense. Cette anse se situe en effet au coeur d'une baie plus vaste, ancrée entre deux caps rocheux, le cap Béarn au nord et celui de l'Oullestreil au sud. Au nord, le cap Béarn, laissé à l'état naturel, est protégé par la proximité du port et de la place-forte maritime de Port-Vendres. Au sud, le cap de l'Oullestreil est pour sa part défendu par un fortin et une batterie militaire. Cette situation stratégique procure ainsi à la future usine une protection de type défensif.  Ainsi se justifie, au plan militaire, la fondation de la première usine de dynamite établie en France.

Plus précisément, est choisi pour son implantation un espace de friches et de pâtures en bordure de Méditerranée, dont la partie la plus proche du rivage est composée de sables appartenant aux Domaines. Cédé par le grand propriétaire Vincent Bernadi de Collioure, le terrain acquis est limité au nord par les propriétés de ce dernier et celles de François Pams, à l'est par la mer, à l'ouest par celles de divers particuliers et au sud par le torrent de Cosprons[25]. Le choix du site est également motivé par la présence de la rivière du Cosprons, la fabrication de la nitroglycérine nécessitant une importante quantité d'eau douce.

En définitive, outre les contingences matérielles, le choix du site de Paulilles résulte d’abord d’intérêts stratégiques, et s’inscrit dans le cadre du repli et du renforcement général des structures militaires au sud de la France. Au plan paysager, cet espace est majoritairement composé de pâtures,  et d’un petit nombre de métairies éparses. A quelque distance du site, vers le torrent de la Rame, existait autrefois une briqueterie, alors en ruine, également propriété de Bernadi.

 


INFLUENCES POLITIQUES, NATIONALES ET LOCALES 

 

Hormis les raisons stratégiques précitées, le choix du site résulte également d’affinités particulières du gouvernement de Défense nationale avec le département des Pyrénées-Orientales. Ces liens sont d'ordre essentiellement politique et économique. A sa fondation, l’implantation de l’usine est en effet soutenue par le Gouvernement de Défense Nationale (fin 1870). Quelque temps plus tard, la loi du 8 mars 1875, loi fondamentale autorisant définitivement l’industrie privée à fabriquer de la dynamite, entérine en quelque sorte l’existence de la fabrique de Paulilles. Enfin l’essor de l'entreprise est assuré par la formation de la Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite, société anonyme créée le 17 juin 1875.

Le soutien du gouvernement Gambetta - 1870

Liens politiques

Au plan politique, les Pyrénées-Orientales apparaissent tout d’abord comme un foyer très ancien de soutien au parti républicain. Celui-ci est en particulier représenté au gouvernement de Défense Nationale par les membres de la famille Arago : Emmanuel Arago, alors membre du gouvernement provisoire et Etienne Arago, maire de Paris. Tous deux sont originaires des Pyrénées-Orientales (commune d'Estagel) et y bénéficient d’une forte assise électorale.

Plus largement, à Paris, la proclamation de la République s’est accompagnée de la formation d'un gouvernement de Défense nationale. Deux ministères, de la Guerre et des Travaux Publics, y jouent un rôle essentiel. Le premier est celui de la Guerre, représenté par Gambetta et Freycinet. Le 9 octobre 1870, la délégation gouvernementale établie à Tours pour organiser la résistance est renforcée par l'arrivée de Gambetta. Celui-ci y cumule dès lors les deux portefeuilles majeurs de l'Intérieur et la Guerre. C’est du ministère de la Guerre qu’émane l’ordre de fondation de Paulilles (31-10-1870).

Pour sa part, Charles de Freycinet, considéré comme le "véritable père de l'industrie privée d'armement" demeure également délégué à la Guerre[26]. Malgré l’absence de documents locaux, une communauté de vues anime sans aucun doute Freycinet et Paul Barbe, tous deux issus de grandes écoles et engagés dans la résistance.

Liens économiques

A Paris, un autre ministère, celui des Travaux Publics, est confié à  Pierre Frédéric Dorian, républicain de longue date, bénéficiant d’une forte notoriété[27]. Les intérêts financiers de cet industriel se situent également dans les Pyrénées-Orientales, notamment dans la commune de Ria.  En 1859 a en effet été fondée la « Société des Hauts fourneaux et Forges de Ria », entre le promoteur local Rémi Jacomy et le puissant maître de forges de la Loire, Jacob Holtzer, dont Frédéric Dorian est le gendre.

Dès les années 1860, la Société des Hauts fourneaux de Ria, à laquelle Dorian est associé, est d'ailleurs placée sous la raison sociale J. Holtzer, Dorian, Jacomy et Cie[28]. Les fontes de qualité produites à Ria sont ainsi acheminées vers Unieux, dans la Loire, où elles sont traitées. Depuis l'invention de la dynamite, Frédéric Dorian et Paul Barbe sont donc conscients de l'intérêt présenté au civil par cet explosif, notamment dans l'exploitation minière.

Enfin, le financement de la fondation de l’usine est placé sous l’égide du Ministère des Travaux Publics. En définitive, outre ses aspects stratégiques, l’implantation d’une usine à Paulilles résulte donc de multiples liens unissant le gouvernement de la République au département des Pyrénées-Orientales. Ces liens, politiques et économiques, constituent un stimulant à son implantation.

Concrètement, la création de l’usine se déroule courant novembre 1870. Sont élevés le long de la rivière de Cosprons des bureaux et un laboratoire (parcelle 464), ainsi qu'un puits et un réservoir. A une certaine distance, sont établis les deux ateliers essentiels : celui de nitroglycérine et celui de dynamite (parcelle 465), de même qu’un local pour le gardien[29]. Le financement de l'entreprise est connu : sur le crédit de 10 millions ouvert pour l’industrie privée de l’armement, une somme de 60 000 francs a été attribuée à Paul Barbe. Celle-ci est destinée, pendant la durée de la guerre, à la fourniture obligatoire et journalière de 500 kg de dynamite. Le montant en est déposé chez le trésorier-payeur des Pyrénées-Orientales[30].

La loi du 8 mars 1875

Retour temporaire au monopole d’Etat 

La guerre achevée le 29 janvier 1871 par la reddition de Paris et la signature d'un armistice, l’usine de Paulilles traverse dans un second temps une phase d’incertitudes (1871-1873). Dans cet intervalle, la législation se caractérise par un retour au monopole d’Etat sur la fabrication de la dynamite. Après la défaite et la capitulation du gouvernement de Défense nationale, a tout d’abord lieu l'organisation d’un nouveau gouvernement, réunissant à l'Assemblée Nationale, défenseurs de l'ordre et partisans de la paix (8-2-1871). Adolphe Thiers est nommé chef du pouvoir exécutif, suivi de Mac Mahon (1873-1879).

Au niveau législatif, la situation antérieure est restaurée. En mars 1871, le décret relatif à l'admission en franchise des armes est rapporté[31]. En avril, une commission nouvellement nommée est chargée d'examiner les marchés passés à l'occasion de la guerre[32]. Les 9, 10 et 19 juin 1871, l'Assemblée délibère sur l'opportunité de supprimer la liberté accordée en matière de fabrication d'armement. Le 19 juin est finalement abrogé le décret du 5 septembre 1870 sur la fabrication des armes de guerre.

En attendant une décision définitive du gouvernement, la loi antérieure sur le commerce, la fabrication et la détention des armes de guerre est remise en vigueur, sous peine d'emprisonnement et d'amende[33]. En juillet 1871, une circulaire demande aux préfets de prendre les dispositions nécessaires à son application. Au plan local, le 9 août 1871, un arrêté du Conseil de Préfecture annule finalement l'autorisation accordée à l'usine de Paulilles[34]. En 1873, le Conseil d’Etat confirme cette décision[35].

Débats parlementaires

A terme cependant, une loi définitive du 8 mars 1875, autorisant l’industrie privée à fabriquer de la dynamite, marque une étape décisive en faveur du maintien du site. Cet ultime changement législatif a été rendu possible par les partisans de l’usine de Paulilles, poursuivant à Paris une mobilisation au niveau politique. Au nom de la liberté d'entreprise, ceux-ci suscitent en effet, à l'Assemblée Nationale, à la fin de l’année 1873, un débat parlementaire en faveur de la suppression du monopole d'état.

Ce débat concerne en premier lieu le gouvernement d’Adolphe Thiers et notamment les ministres des Finances et de la Guerre, initialement hostiles à la libéralisation de la fabrication. A un niveau intermédiaire est formée une commission de réflexion, composée d’industriels et chargée d’une concertation permanente avec le gouvernement. De cette concertation naissent des propositions soumises aux députés. Se tiennent ainsi à l'Assemblée de Versailles quatre séances publiques, les 8 novembre 1873, 5 février, 5 et 8 mars 1875.  

Chronologie des débats

Dans un premier temps, le monopole d’Etat apparaît à priori indéfectible. En 1873, la première proposition du gouvernement consiste en effet à fixer un prix de vente à la dynamite et à en tirer par imposition une ressource fiscale, sans remettre en cause le monopole. La commission juge dès lors les prix fixés par le gouvernement comme prohibitifs et conclut à la nécessité d'exclure la dynamite du monopole d'état, pour en confier la fabrication et la vente à l'industrie privée[36].

Cette prise de position demeurant ferme, les tractations se poursuivent en coulisses. A titre d'exemple, le 21 mars 1874, l'Etat songe à renoncer "à la rigueur" au monopole de fabrication mais se réserve celui de la vente. Fin janvier 1875, il propose à l’Assemblée le maintien de ces deux monopoles, tout en les confiant pour une durée de dix années à une compagnie fermière. La proposition prévoit alors la concession, à titre exclusif, de la fabrication et la vente dans la France continentale et en Corse des explosifs à base de nitro-glycérine ou dynamite au sieur François dit Paul Barbe, qui est déclaré concessionnaire de l'invention Nobel en France. Les rapprochements Nobel-Gouvernement apparaissent alors patents, mais sont encore jugés insuffisants[37].

Par ailleurs, les hésitations des députés font d’abord le jeu des partisans du monopole[38]. Le 5 février 1875, par 370 voix contre 215, l'Assemblée vote un premier article en faveur d’un impôt, mais aussi le maintien du monopole d’Etat, défini par l’ancienne loi de l’an V : Un impôt est établi sur la dynamite et sur les autres substances explosives destinées aux travaux de mines, non définies par la loi du 13 fructidor an V, à laquelle il n'est apporté aucune dérogation (...)[39].

Renversement de tendance

Financièrement, cette prise de position semble servir les intérêts du gouvernement. Mais après la guerre, sa marge de manœuvres apparaît étroite. Le ministère des Finances se satisfait dès lors de la création d'un impôt. Le ministère de la Guerre, mal remis de ses faiblesses de 1870 et dont les ateliers maîtrisent encore mal la fabrication de la dynamite, est également freiné par des questions budgétaires[40]. Au total, le gouvernement se révèle ainsi peu favorable à l'idée d'assumer seul la totalité de la fabrication de dynamite en France.

En conséquence un accord final est trouvé avec la commission. Le 5 mars 1875, par un jeu subtil de procédure, l’Assemblée repousse l'ancien projet de monopole d'état, à une large majorité de 404 voix contre 193. Rédigé par la commission, accepté par le gouvernement, un nouveau texte de loi est définitivement et clairement voté en ces termes : Par dérogation à la loi du 13 fructidor an V, la dynamite et les explosifs à base de nitro-glycérine peuvent être fabriquées dans des établissements particuliers, moyennant le paiement d'un impôt. La perception de cet impôt sera assurée au moyen de l'exercice des contributions indirectes[41].

Le texte ainsi ratifié réunit alors aussi bien par les partisans que par les opposants au gouvernement, parmi lesquels des personnalités comme Emmanuel Arago, Lazare Escarguel, Edgar Quinet ou Victor Schoelcher, se prononçant contre le monopole d’Etat. Le 8 mars 1875, l'ensemble du texte est adopté par l'Assemblée, datant ainsi la loi fondamentale autorisant l'industrie privée à fabriquer et vendre de la dynamite[42].

 

LA SOCIETE GENERALE POUR LA FABRICATION DE LA DYNAMITE (17-6-1875)

Constitution de la société

Autorisant la fabrication de la dynamite par l'industrie privée, la loi du 8 mars 1875 entraîne dans son sillage la création d'une société anonyme pour l'exploitation du site de Paulilles. Constituée le 17 juin 1875 devant Me Bourget, notaire à Paris, la "Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite" fixe son siège à Paris 17 rue d'Aumale, dans le quartier de l'Opéra[43]. Son capital initial, d'un montant de 3 millions de francs, est divisé en 6 000 actions de 500 francs chacune. La moitié de ces actions revient aux trois principaux fondateurs, en représentation de leurs apports.

Organigramme

Le premier des fondateurs est Alfred Nobel (1833-1896), apportant à la société un brevet de perfectionnement du 13 mai 1873 et s'engageant à la faire bénéficier de toutes les améliorations ultérieures qu'il pourrait introduire dans la fabrication de la dynamite[44]. Le second est Paul Barbe (1836-1890), dont les apports consistent en l'usine de dynamite de Paulilles avec son terrain, les fabriques de nitroglycérine et dynamite, une cartoucherie, les bâtiments et mobiliers annexes. S'y ajoutent des brevets de 1863 et 1870 ainsi que la clientèle recrutée depuis la création de l'usine, par voie de publicité, correspondance, démarches et soins personnels[45]. Le troisième est Pierre Louis Roux (1823-1904), d’origine marseillaise, ingénieur en chef des Poudres et Salpêtres, en congé du ministère de la Guerre, apportant un brevet du 27 août 1873. En contrepartie de sa participation, ses appointements s'élèvent à 20 000 francs par an, auxquels s'ajoutent 3% des bénéfices. Il est prévu qu'ils soient portés à 24 000 francs lorsque les bénéfices annuels de la société atteindront 500 000 francs[46].

Le conseil d'administration est complété par sept autres membres pris parmi les principaux actionnaires : Baptiste Barbe-Schmitz père, maître de forges domicilié à Paris et Nancy ; Pierre Besson, administrateur de la Société des Chênes-Lièges demeurant à Paris ; Achille Brüll, ingénieur parisien. Viennent ensuite des hommes du sud de la France : André Mialane, entrepreneur de travaux publics à Lunas (Hérault) ; Joseph Giraud, négociant à Marseille. Les liens avec l'étranger sont enfin assurés par la présence de Lucien Quennec, maître verrier dans le canton de Fribourg (Suisse) et de Ferdinand Carstens, fabricant de dynamite à Hambourg  (Allemagne)[47].

En définitive, le conseil d'administration de la société est formé de neuf actionnaires principaux. Proposé au titre de président, Alfred Nobel décline l'offre en raison de ses absences répétées de Paris, mais accepte le titre de président honoraire. La présidence effective est alors dévolue à Paul Barbe[48]. Pierre Louis Roux est nommé directeur de la société à compter d’août 1875.

Projets de bénéfices

Il convient enfin de noter l’importance du capital social, correspondant à environ 18 millions de francs en l’an 2000. Ce capital est géré par trois banques, dont l'importante banque parisienne Worms, Halphen, Dauphin et Cie, et la banque Dalbiez de Perpignan[49]

Les perspectives de bénéfices apparaissent très élevées, conformément aux résultats déjà obtenus à l’étranger. En Angleterre par exemple, Nobel détient 3/8ème des actions et sa société fait 425 000 francs de bénéfices pour un capital de 2 millions de francs (1874). A Hambourg, il réalise un bénéfice de 350 000 francs par an sans avoir déposé de brevet, celui de sa société s'élevant à 800 000 francs. En Californie, la cote des actions Nobel passe de 100 à 145 dollars pièce, lui rapportant, de 1871 à 1875, 13 500 dollars de bénéfices, sans compter la rémunération des apports au comptant[50]. Ces chiffres sont actuellement à multiplier par six.

Un espoir de bénéfices conséquents est donc permis aux actionnaires. Dès 1871-1872 d’ailleurs, alors que l’usine de Paulilles se trouvait pourtant sous la menace d’une fermeture, ses bénéfices dépassaient déjà 400 000 francs. Dès juin 1875, il ne manque donc plus à l'usine qu'une extension plus grande pour satisfaire aux besoins de l'industrie. Le carnet de commandes passées par les sociétés minières apparaît suffisant pour alimenter son travail pendant trois mois au moins. Le commissaire aux comptes de la société conclut donc que cette période n'a pas du reste été stérile et profitera à l'industrie maintenant renaissante[51].

 

REACTIONS DE LA POPULATION LOCALE

Les réactions de la population à l’implantation de l’usine de Paulilles s’expriment tout au long de la période courant de la guerre de 1870 à la loi de 1875, et plus particulièrement lors d’enquêtes administratives. Des témoignages existent également lors de contestations portées au niveau judiciaire. On distingue parmi la population locale trois attitudes distinctes : réactions patriotiques (1870); opposition de l’opinion (1871-1873); retournement de l’opinion (1873-1875).

Réactions patriotiques (1870)

Au cours de la guerre de 1870 a lieu l’acquisition du terrain destiné à l’implantation de Paulilles. Cette acquisition est facilitée par l'état d'esprit local. Département aux fortes racines républicaines, les populations des Pyrénées-Orientales se distinguent à cette époque, par un extrême patriotisme. Cet état d'esprit est clairement exprimé par un courrier de Vincent Bernadi, cessionnaire des terrains de la première dynamiterie :

" Dans les premiers jours de novembre 1870, M. Rougier, entrepreneur de chemins de fer, avec lequel j'étais en relations, me présenta un chef d'escadron d'artillerie, accompagné de deux officiers, qui venait disait-il, dans le pays, loin des atteintes de l'ennemi, fonder une usine où l'on devait fabriquer une matière qui devait contribuer puissamment à chasser les Prussiens du territoire. Cette matière avait une forme d'explosion décuple de celle de la poudre de mines. Cet officier supérieur me demanda de lui céder un terrain inculte à l'extrémité de mon domaine de Paulilles et touchant à mes vignes. Il évoqua (...) un intérêt majeur et supérieur à tous les autres dans ce moment-là : celui de la défense nationale. J'accédai immédiatement à sa demande et lui dis (...) que, du moment où il s'agissait de défense nationale, le terrain lui était acquis, et que je ne voulais rien à titre d'indemnité (...) " [52].

Selon la volonté de P. Barbe, le terrain en question, d'une superficie de 8 669 mètres carrés, fait finalement l'objet d'une transaction d'un montant de 1 733,80 francs, soit 0,20 francs le mètre carré. Un acte sous seing privé est signé début décembre 1870[53]. Par ailleurs, pour cet établissement exceptionnel, « premier de ce genre en France », la construction effective prend le pas sur la procédure administrative[54]. Les travaux de terrassement et de construction « dans l'intérêt de la défense nationale » débutent à compter de novembre 1870, c'est-à-dire antérieurement à la signature de l'acte d'acquisition. Ils sont l’œuvre de Sarlat et Rougier, entrepreneurs en chemins de fer[55].

La procédure administrative consistant à déposer une demande d’autorisation préfectorale n’est engagée que postérieurement aux travaux de construction. Ce n’est que début décembre 1870 que la demande en préfecture est déposée, accompagnée du plan du projet. En dernier lieu, personne parmi les habitants ne s'étant présenté durant l'enquête commodo-incommodo, un arrêté préfectoral du 27 janvier 1871 autorise l'installation de la fabrique de dynamite de Paulilles, qui dans les faits, est déjà édifiée[56].

Opinion publique défavorable (1871-1873)

Une seconde phase témoigne ensuite d’une opinion publique défavorable. La guerre de 1870 s’achevant le 29 janvier 1871, au niveau départemental, l'autorisation de fonctionnement de la fabrique ne dure en théorie que deux jours, du 27 janvier 1871 (date d’autorisation de la préfecture) au 29 janvier 1871, date de la défaite française. Les années 1871-1873 se caractérisent alors par un revirement de l’opinion publique, concomitant du retour au monopole d’Etat. La mesure d’application du monopole est mise en œuvre au cours de l'été 1871. Le 9 août 1871, un arrêté du Conseil de Préfecture des Pyrénées-Orientales annule finalement l'autorisation accordée à l'usine de Paulilles[57]. Dès le mois suivant, Paul Barbe se pourvoit en Conseil d'Etat contre l'interdiction de fonctionnement[58].

Le contenu des pétitions

Dans cet intervalle de 1871-72, alors que la procédure judiciaire suit son cours, la population locale se mobilise, par pétitions interposées, autour de la question du maintien de l’usine. Cette période est alors celle où se manifeste le plus intensément l’opinion publique. Les avis recueillis sont en outre dus à une enquête administrative menée autour d’un projet d’implantation de fabrique d'acide nitrique. Ce projet émanant de Paul Barbe doit servir à compléter le patrimoine de la dynamiterie de Paulilles, malgré le frein gouvernemental. Par extrapolation, les populations expriment en conséquence leur opinion quant au maintien de la dynamiterie.

Cette opinion est devenue globalement défavorable. Dans le département, la majeure partie de la population aspire tout d’abord à la paix. Seule une minorité de socialistes refuse la capitulation et préconise la poursuite de la guerre à outrance. Or d’une part, le temps de fonctionnement consacré par l’usine  à la défense nationale est dépassé et d’autre part, la population a pris conscience que la production présente « un danger permanent et des causes nombreuses d'insalubrité ».

Les voix qui s’expriment le plus aisément sont celles de la bourgeoisie locale et des propriétaires riverains. Le premier concerné est Bernadi, cessionnaire du terrain. Celui-ci s’estime financièrement lésé en cas de prolongation des activités de l’usine à titre privé : «  Toutes les populations des environs croyaient avec nous que c'était au nom de l'état  que la fabrique de Paulilles allait être établie » dénonçe-t-il, protestant « avec toute (son) énergie (...) contre l'acte inqualifiable dont il (est) victime ».

Les Pams, marins et négociants, sont également propriétaires d’une métairie, riverains de Paulilles. François Pams-Boher (1822-1883) et son frère aîné Raymond, comptent alors parmi les contribuables les  plus imposés du port de Port-Vendres[59]. Usant de son statut de notable, Raymond Pams-Bohé, vice-consul de Suède, pourtant patrie de Nobel, proteste à son tour : « Je soussigné Raymond Pams-Bohé négociant, propriétaire, vice consul de  Suède et  de Norwège, et vice consul de Danemark, vient m'opposer formellement à  la  continuation de la fabrication de dynamite, et ses accessoires à Paulilles; vu les  dangers continuels dont ma famille est exposée, ainsi que toutes les personnes qui  sont forcées par ces occupations, ou affaires aux environs de l'usine. En interdisant  cette fabrication on rendra justice : on évitera des malheurs presqu'inévitables, surtout envers les personnes occupées qui ne sont pas prévenues des dangers  permanents qui courent à tout instant »[60].

Un autre propriétaire, Reig-Arthaud, considère que la menace s’étend plus largement aux pêcheurs, aux promeneurs, à l'environnement naturel et aux voies de communication. Pour la première fois sont avancés des arguments écologiques : « Paulilles étant les jardins et les villas de Port-Vendres, se trouvera arrêté  dans son  développement par les dangers de la fabrique et l'insalubrité produite  par  l'acide nitrique. La végétation fortement atteinte par cet acide sera toute  chétive, n'absorbera presque plus d'acide carbonique et la valeur des propriétés  dans ce quartier tombera complètement (...). « La route de Banyuls très proche et très fréquentée » et le « chemin de fer d'Espagne établi également à une petite distance de la fabrique » paraissent également menacées par une éventuelle explosion[61].

Représentant la municipalité alors dirigée par Henri Belieu (maire de Port-Vendres de septembre 1870 à février 1874), Jacques Colomer réfute quant à lui les arguments de Reig-Arthaud : « En commençant l'installation de la dinamite à Paulilles, tous les habitants de  Banyuls-sur-Mer, de Port-Vendres et Collioure ont appris que c'était une fabrique  de matières explosibles, et par conséquent dangereuses. Aujourd'hui, cette usine  trouve des opposants, pour son établissement. Ses opposants sont-ils bien fondés ?  Nous ne saurions admettre que cette dinamite puisse être nuisible à la végétation,  l'avoisinage. L'odeur ni la force de l'acide nitrique ne peut nuire aux végétaux à peu  de distance ».

Valorisant au contraire les effets préventifs voire curatifs de l'acide nitrique, Colomer en déduit de surprenants avantages prophylactiques : « Il n'est pas plus admis que cette acide puisse créer ou engendrer des maladies  épidémiques telles que la petite vérole. C'est une opinion de circonstance, créé par les opposants; au contraire l'acide nitrique a été employé à Collioure, contre le  choléra, donc elle ne donne pas les maladies, mais elle les préserve. Nous devons  demander des usines, et du travail, pour les pauvres gens du paÿs qui en ont besoin  pour leur subsistance »[62].

Ce dernier point est bien là l'argument essentiel, la pierre angulaire sur laquelle se divisent les opinions, à savoir, celle des grands propriétaires fonciers riverains de Paulilles, hostiles au projet, et d'autre part celle de la petite et nombreuse population ouvrière, en quête de travail à tout prix. Sans illusion sur les motivations réelles de P. Barbe ou des grands propriétaires, un ouvrier écrit alors à leur propos: « Leur opinion ... est toute basée sur un intéré privé. Les intentions de ces  propriétaires sont connus de tous le monde. Ils donnerait bien leur adheision a  l'établissement de l'usine pourvu qu'on leur payat leur propriétés huit ou dix fois  plus quelles ne valent »[63].

Tout au long de cette période se manifeste donc une opposition globale des populations. Cette situation dure jusqu’au printemps 1873 où le Conseil d’Etat se prononce, sur un vice de procédure avancé par les Pams, contre la réouverture de l’usine (4-4-1873)[64]. De la même manière, le ministère des Finances est alors opposé à l’usine et l’a fait également savoir[65].

Retournement de l’opinion (1873-1875)

Contre-offensive des partisans de Paulilles

Les procédures judiciaires en cours et l’opposition des populations locales contribuent alors à établir un climat d’incertitude quant à l’avenir de l’entreprise (1871-1873). Dans ce contexte a lieu le transfert du mobilier et la création en Italie de la fabrique d'Avigliana, près de Turin (1872-1873)[66]. Ville natale d'Ascanio Sobrero, découvreur de la nitroglycérine, Sobrero y est installé par Nobel à un poste de conseiller technique, qu'il conserve jusqu'à sa mort en 1888[67]. Indirectement, Paulilles participe donc à une expansion transfrontalière de l’industrie de la dynamite. Dans le même temps, plusieurs brevets de perfectionnement sont apportés en France à sa fabrication, preuve de la résistance scientifique aux pressions du moment[68]. Les décisions de justice étant défavorables, la contre-offensive des dirigeants se porte en outre sur le terrain politique. De 1873 à 1875 s'amorce ainsi une nouvelle étape, caractérisée par un effort maximal de propagande, mené en faveur de la fabrication de la dynamite par l'industrie privée.

Une publicité bien orchestrée  (1873-1875) 

Cette publicité est intense et se fait d’abord dans et par la classe politique. La décision du maintien de Paulilles apparaissant, en effet, d’ordre législatif, la propagande a lieu en particulier à l'Assemblée, où siègent de nombreux industriels. Au palais de Versailles, un parlementaire fait par exemple circuler un bâton de dynamite dans les rangs de l'Assemblée, afin de démontrer l'innocuité de l’objet. La forme la plus générale de soutien est par ailleurs fournie par un ensemble de pétitions favorables à la liberté d'entreprise. Tous les métallurgistes de la Loire, dont ceux d'Unieux, se prononcent en ce sens. « Tout a été dit (...), résume d’ailleurs Sadi Carnot, sur le rôle que la dynamite est appelée à jouer dans nos industries extractives »[69].

Dans les Pyrénées-Orientales, la publicité faite autour de la nouvelle loi de 1875 est également bien orchestrée. Dès le 18 mars 1875, soit dix jours après sa promulgation, une première « pétition de 221 individus » demande ainsi que l'usine de Paulilles reprenne ses travaux. Le 22 mars, Barbe demande à son tour la réouverture de l'usine, tout en sachant qu’un règlement relatif à son fonctionnement doit compléter la loi, ce règlement n’étant pas encore publié[70]. En définitive, la loi de 1875 est donc précédée et suivie d’une véritable publicité, favorisant ainsi un retournement de l’opinion publique. En dernier lieu, la remise en marche effective est officialisée par un décret présidentiel du 24 février 1876.

Le décret présidentiel du 24 février 1876

Concrètement, l'autorisation d'exploitation de Paulilles qui, précédemment, avait déjà fait l'objet d’enquêtes de commodo-incommodo, nécessite une procédure identique. Au nom de la société anonyme, Paul Barbe renouvelle donc, le 1er août 1875, la demande d'établissement de la fabrique de dynamite, sans oublier celle d'acide nitrique pour la fabrication de la nitroglycérine[71].

Dans les premiers temps suivant la loi, la procédure administrative donne lieu à quelques tâtonnements. Les formalités exigées par le règlement d'application de la loi ainsi que l’absence de coordination entre les services de l’Etat, conduisent par exemple Roux à multiplier, avec plus ou moins de succès, les interventions auprès de "personnages bien placés" des quatre ministères concernés (Agriculture et Commerce, Intérieur, Finances et Guerre)[72]. La société essuie en outre un refus d'autorisation provisoire de fonctionnement, et certaines oppositions locales se manifestent encore. Le Directeur des Douanes produit par exemple une objection tenant au voisinage de la frontière.

Le conseil de préfecture rend finalement son avis le 6 novembre 1875[73] et le 12 novembre 1875, le dossier est expédié au ministère du Commerce avec avis favorable du préfet[74]. Quelques mois plus tard, le 2 février 1876, le comité consultatif des Arts et Manufactures donne son aval à l’entreprise et un décret présidentiel du 24 février 1876, présenté par le ministre du Commerce, autorise enfin l'établissement de la fabrique de Paulilles[75]. Sa conformité aux plans étant vérifiée par Antoine Tastu, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, l'usine débute sa production fin mars 1876[76]. Sa description figure dans les Annexes de ce volume.

En conclusion provisoire de cette dernière partie, il convient de souligner les conséquences indirectes des nouvelles prises de position gouvernementales. La loi de 1875 et le décret de 1876 venant soutenir la réouverture de Paulilles, les dirigeants de la société poussent très vite leur avantage. Leur stratégie vise à une extension maximale de l’entreprise. Ainsi s’explique l’autorisation d’ouverture, dès 1877, d’une seconde dynamiterie sur le site de Paulilles. En second lieu, l’on sait par recoupement que les dirigeants de Paulilles contreviennent sans grande hésitation aux procédures légales, en amorçant des travaux d’extension avant de déposer les demandes d’autorisation nécessaires auprès de la préfecture.

Enfin la fabrication de la dynamite étant dangereuse, l’entreprise pénètre au cœur du Conseil d’hygiène, chargé de rendre son avis sur les extensions d’établissements dangereux. Ce comité comprenant des notables locaux, on y dénombre par exemple dans les années 1920, un représentant de la direction de Paulilles. C’est donc à terme sans obstacle majeur que se poursuit l’extension de l’entreprise.

 

CONCLUSION GENERALE

En définitive, l’histoire de la fondation de Paulilles, première usine de dynamite établie en France, se situe effectivement « à la croisée des chemins de l’histoire internationale et de l’histoire locale ». En temps de paix, la naissance de l’usine résulte d’échanges culturels transfrontaliers, relatifs à cette matière nouvelle que constitue la dynamite. La guerre franco-prussienne active ensuite la création de l’entreprise (1870).

 Les conséquences industrielles

Au plan national, l’implantation de l’usine et surtout la loi du 8 mars 1875 initiée par les fondateurs de Paulilles, ouvrent la voie à une expansion de l’industrie française de la dynamite, comme en témoigne la cartographie des entreprises établie en 1943 (cf. Annexes). Dès 1875-1876, trois nouvelles demandes sont déposées en France[77]. L’une d’entre elles concerne l’ouverture d’une usine sur le site d’Ablon, près de Honfleur, dans le Calvados. Autorisée par décret présidentiel du 25 septembre 1876, celle-ci s’accompagne en janvier 1877 de la fondation d’une société dite Société Nationale des Poudres Dynamites. La fusion de cette dernière au profit de la société de Paulilles intervient dès 1884 et dure un siècle.

Une lecture du paysage

En dernier lieu, cette implantation marque une étape majeure dans l’histoire scientifique de la Défense. Les différentes étapes de cette histoire sont dès lors bien visibles sur l’ensemble du territoire port-vendrais :

Patrimoine bâti

Sur les hauteurs, sont en effet implantées les tours de défense médiévales. Le fort de l’Oullestreil illustre le temps de la « poudre noire », mélange de salpêtre, de soufre et de charbon. A proximité, l’usine de Paulilles illustre, durant l’ère industrielle, l’essor majeur de la chimie minérale. Enfin le « mur des Allemands » (1943) marque le terme de ce stade, l’étape suivante correspondant de fait au passage à « l’ère nucléaire ». 

Environnement végétal

L’environnement végétal est également modifié. L’espace primitif encore composé de pâtures, habituel sur la façade maritime, laisse progressivement place à un environnement boisé. Cette mutation, résultant d’une démarche volontaire de l’entreprise, est destinée à éviter la propagation du souffle en cas d’explosion. Elle est commune à toutes les dynamiteries. En 1943 il est ainsi indiqué qu’une usine de dynamite ressemblerait plus à un « parc contenant de très beaux arbres » qu’à une « manufacture moderne »[78].

Une mémoire de l’implantation du site

Enfin, avec l’implantation de l’usine de dynamite de Paulilles, les Pyrénées-Orientales peuvent se prévaloir de disposer des premiers témoignages écrits et des avis des populations relatifs à l’émergence de cette nouvelle forme d’industrie.

E. PRACA

 
 
BIBLIOGRAPHIE
 
PRACA Edwige, Le site de Paulilles à la croisée de l'histoire internationale et de l'histoire locale (1865-1875), Conservatoire du Littoral Région Languedoc-Roussillon, Montpellier, 2002.
 
 
POUR EN SAVOIR PLUS
 
PRACA Edwige, Histoire génénérale de Paulilles (1870-1984) - 1ère synthèse, Site Amis de Paulilles, Rubrique : Divers.
 
PRACA Edwige, Fondation de l'usine de Paulilles : chronologie (1865-1875). Extrait de : Le site de Paulilles à la croisée de l'histoire internationale et de l'histoire locale (1865-1875), partie "Annexes", Conservatoire du Littoral Région Languedoc-Roussillon, Montpellier, 2002.
 
PRACA Edwige, Dynamiterie de Paulilles : 1er plan du site en 1870. Extrait de : Le site de Paulilles à la croisée de l'histoire internationale et de l'histoire locale (1865-1875), partie "Annexes", Conservatoire du Littoral Région Languedoc-Roussillon, Montpellier, 2002.

PRACA Edwige, "Paulilles : décret présidentiel autorisant la dynamiterie - 1876", Site Internet Amis de Paulilles, Rubrique "Patrimoine", extrait Le site de Paulilles à la croisée des chemins de l'histoire internationale et de l'histoire locale (1865-1875), Conservatoire de l'Espace littoral Languedoc-Roussillon, Perpignan-Montpellier, 2002.

PRACA Edwige, Patronat et direction de la dynamiterie de Paulilles en 1870, Site Internet "Amis de Paulilles", Rubrique "Administration", sous-partie "Patronat".
 
PRACA Edwige, Dynamite de Paulilles : Achille Brüll (1836-1911), administrateur, Site Internet "Amis de Paulilles", Rubrique "Administration", sous-partie "Patronat".
 


[1] Egalement machines-outils et machines à vapeur pour les premiers bateaux à hélice de la marine russe.

[2] Leur société dénommée « La Société de Production de Pétrole des Frères Nobel » est située à Bakou (Caucase).

[3] Sur les aspects techniques de la fabrication, résumé in E. PRACA, Histoire générale de Paulilles p.3-4 et volume intitulé Les Procédés de fabrication.

[4] Brevet Nobel n° 72007.

[5] Bergengren Erik, op.cit., p.72. Né en 1836, P. Barbe était de la même génération que Nobel, né en 1833. L'association durait jusqu'au décès de Paul Barbe en 1890.

[6] A.N. dossier L.H.  François Barbe 0414052 et A.D.P.O. 8S167, en-tête: "Hauts fourneaux de Liverdun, Meurthe, Barbe père et fils et cie, siège social 7 rue du faubourg St Jean, Nancy". Egalement Archives départementales de Meurthe et Moselle, 6U2/17.

[7] Conservée à la bibliothèque municipale de Nancy.

[8] Sur la régie, cf. BRET Patrice, L’Etat, l’armée et la science. L’invention de la recherche publique en France (1763-1830), Presses universitaires de Rennes, 2002.

[9] A.D.P.O. 16PER32, Bulletin officiel du Ministère de l'Intérieur, 33e année, 1870, Paris, p.362.

[10]  A.D.P.O. 16PER32, Bulletin officiel du Ministère de l'Intérieur, 33e année, 1870, Paris, p.386. La commission de l'armement a été instituée par décret du 9 ou 10-9-1870. Composition p.376.

[11] A.D.P.O. 16PER32, bulletin officiel du Ministère de l'Intérieur, 33e année, 1870, Paris, p.376, et 2001PER266, bulletins des lois n°4 p.42, n°13 p.185 et n°20 p.307 : 8-10-1870, 14-11-1870 et 31-12-1870.

[12] ROTH François, La guerre de 70, Paris, 1990, p.222.

[13] ROTH François, op.cit., p.59 et 222.

[14] ROTH François, op.cit., Paris, 1990, p.737

[15] "Le siège de Toul en 1870", témoignage de MORLOT Victor-Léon publié dans le Pays Lorrain, 51e année, 1970, p.56-66.

[16]  A.D.P.O. 16PER32, Bulletin officiel Ministère de l'Intérieur, 33e année, Paris, 1870, p.384, décret du 12-9-1870, pour les faits de résistance du 10 septembre

[17] "Le siège de Toul en 1870", témoignage de MORLOT Victor-Léon, op.cit,  p.65.

[18] A.N. op.cit. et ROTH François, op.cit, p.59.

[19] A.N., L.H. 0414052 dossier Barbe , op.cit.

[20] A.D.P.O. 8S167, lettre de Barbe au préfet des P.O. du 5-2-1871. Mention de la commision de pyrotechnie in DALSEME A.-J., Paris sous les obus, Paris, 10è édition, p.120-121. Il faudrait égal. consulter REINACH J. (publiés par) Dépêches, circulaires, décrets, proclamations, discours de Léon Gambetta, 4.IX.70 - 6.II.71,  Paris, Charpentier, 1886-91, ou DREO Amaury Prosper, Procès-verbaux des séances du Conseil du Gouvernement de la Défense Nationale, Paris, Lavauzelle, 1906, non disponible dans les P.O. (A.D.P.O. 2001PER265 et 2001PER266, législation du Gouvernement de Défense Nationale, n'y figure pas)

[21] A.N. dossier L..H. 0414052 et A.D.P.O. 2001PER266, bulletin n°14 décret n°273 du ministère de l'Intérieur et de la Guerre, Tours le 31-10-1870, p.211. Pour mémoire, les lieutenants sont : Jules Noël, Antoine Jean Charles Hegelbacher, Charles Camille Minel, Marie Pierre Amédée Hoffer et René Lippman.

[22] "Le siège de Toul en 1870", témoignage de MORLOT Victor-Léon, op.cit. p.64 "bombes de 22 et de 27 amenées d'outre-Rhin".

[23] Sur la répartition des fabriques d’armement, cf, Histoire militaire de la France, tome 2 de 1715 à 1871, sous la direction de Jean Delmas. ADPO 5S70 sur la cartoucherie de Perpignan.

[24] Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle, Larousse t. XVII, 2e partie, réimpression Paris, 1982, p.1116 : circulation de la dynamite par chemin de fer autorisée le 10 janvier 1879. Effective en mars même année. Sur ce dernier point, mention in AG ordinaire de la Société Générale pour la Fabrication de la dynamite, 27-10-1879.

[25] ADPO, 8S167 et 2J127/148.

[26] ROTH François, La guerre de 70, p.220, "La Délégation de Tours : une antenne gouvernementale fragile", p.234, 237, "l'effort de guerre peut à bon droit leur être attribué" et MOLLIER Jean-Yves, Le scandale de Panama, Fayard, 1991, p.362, se référant à Stéphane AUDOUIN-ROUZEAU, La Guerre de 1870, A. Colin, 1989.

[27] NAUMONT Josiane, « Enquête sur une visite de Zola à Unieux pour la préparation de « Travail » », Les Cahiers Naturalistes, n°48, 1974, p.186-187, biographie de Pierre Frédéric Dorian (1814-1873). Sous son impulsion est en outre constitué, à côté du génie militaire, trop peu nombreux, un nouveau corps auxiliaire dit du "génie civil", composé d'ingénieurs des chemins de fer, des ponts et des mines, cf. mention dans DALSEME A.-J., Paris sous les obus, 10e édition, Paris, p.117.

[28] Les mines de fer des Pyrénées-Orientales sont situées sur le pourtour du massif du Canigou. PRACA Edwige, Contribution à l'histoire de l'industrie métallurgique dans les Pyrénées-Orientales 1803-1939, D.EA. histoire contemporaine, université Paul Valéry, Montpellier III, 1998. Mariage le 29-9-1849 à Unieux de Caroline Holtzer (1828-1890), fille de Jacob Holtzer, avec Frédéric Dorian (1814-1873). A.D.P.O. 122EDT188, la société de Ria dispose d'un dépôt de charbon à Port-Vendres à compter de 1863.

[29] A.D.P.O. 8S167, lettre de Barbe au préfet des P.O., 5-2-1871.

[30] A.D.P.O. 8S167, jugement civil du 30-5-1876 entre Vincent Bernadi - Barbe et Roux. Egal. BERGENGREN, op.cit., p.73.

[31] A.D.P.O. 2001PER267, Bulletin des lois n°49, arrêté n°355 du 30-3-1871. Concerne également les cartouches.

[32] A.D.P.O. 16PER33, Bulletin officiel du ministère de l'Intérieur, 34e année, 1871, p.156, adoption du 6 avril 1871.

[33] A.D.P.O. 2001 PER 267,  bulletin des lois n°54, p.168-169, loi n°404 du 19 juin 1871 promulguée au JO le 24-6-1871. Les contrevenants risquaient un emprisonnement de 6 mois à 5 ans et une amende pouvant atteindre 3 000 francs.

[34] A.D.P.O. 16PER33, bulletin officiel du ministère de l'Intérieur, 34e année, 1871, p.375-376, circulaire du 3-7-1871. 8S167 : mention de l'arrêté d'annulation du Conseil de préfecture du 9 août 1871.

[35] A.D.P.O. 8S167, lettre de Barbe au préfet des P.O. écrite de Liverdun  (Meurthe) le 21-9-1871, plaidant pour le maintien de son entreprise. Egal. A.D.P.O. 122EDT189, 22-9 et 20-10-1871, enregistrement par secrétariat du Conseil d'état d'une requête et d'un mémoire sommaire de Barbe demandant l'annulation de l'arrêté préfectoral.

[36] A.D.P.O. 2002PER8, J.O. n°35 du 5-2-1875, p.959.

[37] A.D.P.O. 2002PER8, J.O. n°35 du 5-2-1875, p.959 et article 1er de la convention p.960. Cette convention : J.O. du 26-1-1875, citée dans 2e A.G. des actionnaires, séance du 8-7-1875.

[38] Les idées les plus souvent exprimées concernent la dangerosité et l’absence de maîtrise technique du produit, les questions neuves de sécurité, de transport, de fabrication, de concurrence.

[39] A.D.P.O. 2002PER8, J.O. n°35 du 5-2-1975 séance de l'Assemblée du 4-2-1875 p.959-970. et n°36 du 6-2-1875, séance du 5-2-1875, p.990-999 et notamment p.998.

[40] A.D.P.O. 2002PER8, J.O. n°35 et 36 op.cit.

[41] A.D.P.O. 2002PER9, J.O. n°63 du 5-3-1875, séance du 4-3-1875 p.1666 à 1670 et J.O. n°64 du 6-3-1875, séance du 5-3-1875, p.1700 à 1710, notamment p.1705.

[42] A.D.P.O. 2002PER9, J.O. n°67 du 9-3-1875 séance du 8-3-1875 p.1771-1773.

[43] A.N. Et/CVII/991, délib. 1ère A.G. du 17-6-1875, déposée chez Me Bourget not. à Paris le 12-7-1875.

[44] C.A. de la Société générale du 8 juillet 1875.

[45] Cession du 22-6-1875 selon A.D.P.O. 8S167, jugement civil du 30-5-1876 entre Vincent Bernadi et Barbe et Roux et article 5 statuts société.

[46] A.N., dossier LH Roux Louis-Pierre L2412/049, C.A. de la Société du 8 juillet 1875 et extrait délibération C.A. société du 31-7-1875 déposé chez Me Bourget not. à Paris le 9-10-1875.

[47] 1ère A.G. constitutive, séance du 17-6-1875. A noter en 1875-1876 mentions d'autres actionnaires : Mayer, admin. de la société italienne demeurant à Paris, Favier Arthur, ancien capt. du génie et ingénieur demeurant à Paris.

[48] 2nde AG constitutive du 8-7-1875 et C.A. du 14-7-1875.

[49] A.D.P.O. 8S167 jugement civil du 30-5-1876 entre Vincent Bernadi, Barbe et Roux. A noter selon J.Y. Mollier, Le scandale de Panama, p.362 et p.514 note 20, renvoyant à Jean Autin, Les frères Péreire, Lib. Acad. Perrin, 1984, que la banque est ensuite liée aux Péreire par le mariage des deux fils de Germain Halphen, Salomon et Jules, avec les deux filles d'Eugène Pereire. Dalbiez : C.A des 1 et 24-5-1876.

[50] 2e A.G. des actionnaires, séance du 8-7-1875, parag. III "Lecture du rapport des Commissaires". En Suède, la moitié des actions a été accordée à Nobel plus environ 550 000 francs au comptant. En Californie, Nobel a reçu 20 000 dollars au comptant et 2 000 actions libérées de 100 dollars.

[51] 2e A.G. des actionnaires, séance du 8-7-1875, parag. III op.cit.

[52] Texte de Bernadi in A.D.P.O. 8S167 dans une opposition adressée au préfet le 2-2-1872 à propos de la continuation de l'usine de Paulilles.

[53] A.D.P.O. 8S167, lettre de Barbe au préfet le 5-12-1870, mentionnant un acte sous seing privé du 2-12-1870. Egalement A.N., Article 5 statuts Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite : acte signé à Port-Vendres le 3 décembre 1870, l'un des originaux a été enregistré à Perpignan le 6-12-1870 folio 15, transcrit au bureau des hypothèques de Céret le 9-12-1870 vol 105 n°88.

[54] A.D.P.O. 8S167, lettre Barbe au préfet, 5-2-1871.

[55] A.D.P.O. 8S167, opposit. Vincent Bernadi, lettre au préfet, Port-Vendres 2-2-1872. Travaux "à prix réduit" selon Bernadi.

[56] A.D.P.O. 8S167, P.V. favor. du commissaire enquêteur après sa visite à Port-Vendres le 4 janvier 1871 et arrêté préfect. du 27-1-1871.

[57] A.D.P.O. 16PER33, bulletin officiel du ministère de l'Intérieur, 34e année, 1871, p.375-376, circulaire du 3-7-1871. 8S167 : mention de l'arrêté d'annulation du Conseil de préfecture du 9 août 1871.

[58] A.D.P.O. 8S167, lettre de Barbe au préfet des P.O. écrite de Liverdun  (Meurthe) le 21-9-1871, plaidant pour le maintien de son entreprise. Egal. A.D.P.O. 122EDT189, 22-9 et 20-10-1871, enregistrement par secrétariat du Conseil d'état d'une requête et d'un mémoire sommaire de Barbe demandant l'annulation de l'arrêté préfectoral.

[59] A.D.P.O. 122EDT208 pour les impositions. Sur les Pams, cf . PRACA Edwige, "Les Pams, une notable famille de commerçants roussillonnais, XVIIIe-XXe s.", La Clau n°1, Perpignan, juillet 1998, p.63-94. Entre autres fonctions, l’un des descendants, Jules Pams fut ministre de l'Agriculture de 1911 à 1913. MOLLIER Jean-Yves, Le scandale de Panama, Fayard, 1991, p.363 : Paul Barbe ministre de l'Agriculture dans le cabinet de Maurice Rouvier entre mai et décembre 1887.

[60] A.D.P.O. 8S167,  lettres annexées au P.V. d'enquête du 3-2-1872, pièce n°30.

[61] A.D.P.O. 8S167, lettres annexées au P.V. d'enquête du 3-2-1872, pièce n°3.

[62] A.D.P.O. 8S167, lettres annexées au P.V. d'enquête du 3-2-1872, pièce n°17.

[63] A.D.P.O. 8S167, lettres annexées au P.V. d'enquête du 3-2-1872, pièce n°29.

[64] A.D.P.O. 8S167, séance du Conseil d'état du 4-4-1873.

[65] A.D.P.O.122EDT189 Paulilles, copie de lettre du ministre des Finances au préfet des P.O., Paris, 17-6-1872, en réponse à une transmission du dossier Barbe le 29 mai 1872.

[66] A.D.P.O. 8S167, mention dans jugement civil du 30-5-1876 entre Vincent Bernadi, Barbe et Roux. Transport à compter d'août 1871.

[67] BERGENGREN Erik,  op.cit. p.55, son buste fut érigé à l'usine d'Avigliana.

[68] A.G. de la Société générale pour la fab. de la dynamite, séance du 17-6-1875, brevets Nobel n°60229 et 88470 des 18-9-1863 et 7-1-1870, acquis par Barbe le 18-3-1873. A.G. Société, séance du 17-6-1875, brevet Nobel n°99231 du 13-5-1873 pour des perfectionnements apportés à la fabrication des composés explosifs. Brevet L.P. Roux n°100324 du 27-8-1873 pour une nouvelle substance explosive. A cette dernière date, Roux ne fait pas encore partie de la société.

[69] A.D.P.O. 2002PER9, J.O. n°35 du 5-2-1975 séance de l'Assemblée du 4-2-1875 p.959.

[70] Mention du tout dans A.D.P.O. 8S167, bordereau pièces du dossier relatif à la fabrique de Paulilles du 31-5-1875. Voir aussi 9-3-1875 lettre de François Pams, négociant à Perpignan.

[71] A.D.P.O. 2001PER295, bull. lois n°302, décret n°5197 du 24-2-1876 et C.A. du 14-7-1875.

[72] C.A. du 13-10-1875 : "pour que la question soit étudiée par une commission mixte où ces administrations seraient représentées". CA du 30-11-1875 : "L'administration de la Guerre a promis de hâter son examen, celle des Finances fait craindre quelque délai. Des démarches vont être faites auprès du ministère de l'Intérieur". CA du 29-12-1875 : "Une note est lue sur l'autorisation à accorder à la fabrique de Paulilles pour commencer sa fabrication avant l'achèvement des travaux". Mal de Mac Mahon président de la République. G. de Meaux, de Marcère, Léon Say ministres.

[73] A.D.P.O. 2001 PER295, bull. lois n°302, décret n°5197 du 24-2-1876 et CA 12-11-1875. Les délibérations du conseil de préfecture, en cours de reclassement (5K), n'ont pu être consultées.

[74] C.A. du 12-11-1875.

[75] C.A. du 31-1-1876, mention du comité consultatif des arts et manufactures. A.D.P.O. 2001PER295, bull. lois n°302, décret présidentiel du 24-2-1876 et Conseil admininistration du 4-3-1876.

[76] C.A. du 4-3-1876 et A.G. ordinaire du 27-10-1876. Tastu, ingénieur délégué par le préfet.

[77] C.A. Société Générale de Paulilles, 31-1-1876 et 6-12-1876. L’une émane du sénateur Mangini, président de la Cie des Dombes et des Chemins de fer du Sud-Est, pour la consommation de ses entreprises. Un arrangement interviendra avec la société de Paulilles. C.A. 9-9-1876 : une autre demande plus vague projette la création d’une fabrique sur le plateau d’Avron.

[78] Centre d’information interprofessionnel, Monographie explosifs, 1943, p. 51.