Paulilles - Patrimoine bâti - Organisation et formes spécifiques

 

Paulilles - Merlons entourant les cartoucheries - v. 1930

 

L'usine de dynamite de Paulilles a été fondée durant la guerre de 1870 suivant un ordre spécial du 31 octobre émanant du ministère de l'Intérieur et de la Guerre. À compter du mois de novembre, Sarlat et Rougier, entrepreneurs en chemins de fer, débutent les travaux de terrassement et de construction de l'usine. Un arrêté préfectoral du 27 janvier 1871 autorise ensuite l'installation de la fabrique qui, dans les faits, est déjà édifiée. Ce nouveau patrimoine bâti est dès lors à l'origine d'un paysage industriel caractéristique, dont les formes particulières traversent le temps, les mémoires et les espaces.

 

Un paysage industriel caractéristique

Dès 1870, le site de Paulilles acquiert une physionomie particulière. Son noyau industriel est initialement composé de trois bâtiments essentiels : une fabrique de nitroglycérine, une fabrique de dynamite et une cartoucherie, « lesquels bâtiments sont enveloppés de cavaliers de terre et terrassement ». Les opérations sont donc fractionnées entre des ateliers indépendants dans le but de circonscrire et de limiter les effets des accidents.

Autorisant après-guerre la remise en marche de l'usine de Paulilles, un décret du 24 février 1876 mentionne un paysage industriel similaire à celui de 1870. Isolés du voisinage, les ateliers le sont également les uns des autres « par des levées de terre (...) atteignant le niveau supérieur de la toiture ». Ces élévations de terre constituent une enceinte de protection pour les locaux les plus exposés au danger.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, ces enceintes constituent par extension la marque distinctive de toutes les dynamiteries en Europe. Ainsi à Avigliana en Italie, à Isleten en Suisse ou encore à l'usine de Cugny en France vers 1885. Un commentaire relatif à l'usine italienne indique en 1886 : « A gauche s'élève en contrebas du niveau du terrain à la fabrique de nitroglycérine, entourée, comme les cartoucheries (...), de solides cavaliers protecteurs en bourrés et terre végétale, destinés à localiser le désastre en amortissant le choc des cas d'explosion, lors d'un sinistre possible ».

Un bâti illustrant les procédés de fabrication

Par ailleurs, l'organisation de l'usine est également soumise au mode de fabrication de la dynamite. Celui-ci exige en effet deux sortes de manipulations : manipulations chimiques pour la fabrication de la nitroglycérine, manipulation manuelle pour la fabrication de dynamite. Ce double mode opératoire, joint à la création d’ateliers d’encartouchage et d’emballage, nécessite donc la construction de bâtiments différenciés et séparés, ayant chacun sa destination et son personnel particulier.

La question de l'eau douce est par ailleurs essentielle pour la fabrication de la nitroglycérine. Une fois reposée, celle-ci subit en effet une phase d'épuration par lavage dans un fort volume d'eau, afin d'être débarrassée de l'excédent de ses acides. Toutes les usines sont donc construites au bord de l'eau. La mer, vecteur de transport de la dynamite de Paulilles, fait également fonction de vidange pour les eaux de nettoyage des locaux, nettoyage obligatoire et quotidien. De la même manière, l'usine suisse d’Isleten, est construite au bord de l'eau et rejette ses résidus dans le lac voisin.

Dès 1876 il est enfin précisé que les ateliers doivent être construits en matériaux légers (comme en 1870). Les toitures doivent être « aussi légères que possible » et peintes en blanc de façon à réduire au maximum, durant les fortes chaleurs, l'intensité des rayons du soleil. Ces règles du bâti seront globalement appliquées au long des XIXe et XXe siècles.

Volumétrie des levées de terre

 


Paulilles - En bleu, volumétrie des levées de terre - 1878

 

Le 16 janvier 1878, l'ingénieur en chef des Ponts et chaussées effectue la visite de contrôle de l'édification de l'usine. Les bâtiments sont disposés en trois groupes isolés les uns des autres par des levées de terre et de sable. Une première ceinture isole ces groupes de production de l’extérieur. A l’intérieur de cette ceinture, les bâtiments  sont eux-mêmes isolés les uns des autres. L’épaisseur de ces levées apparaît spectaculaire.

Groupe fabrique et atelier de lavage de nitroglycérine, dynamiterie

Épaisseur de la levée : 12 m à la base et hauteur : 6,70 m.

Pas de levée du côté de la mer.

Épaisseur des cavaliers séparant les bâtiments les uns des autres : 11 m et hauteur : 5 à 6,50 m.

Groupe des 10 cartoucheries et des 2 ateliers d'emballage

Épaisseur de la levée : 10 m et hauteur moyenne: 3 m

Epaisseur des séparations intérieures : 7 m et hauteur : 3,50 m.

Groupe de 2 bâtiments destinés aux dépôts et à l’emmagasinage de la dynamite

Epaisseur de la levée : 12 m à la base et hauteur : 4,15 m.

Pas de levée du côté de la mer

Epaisseur du cavalier séparant les deux bâtiments : 9,30 m de hauteur et hauteur : 4,75 m

Hauteur de la toiture : 3,60 m.

E. PRACA

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BIBLIOGRAPHIE

Texte ci-dessus extrait de :

PRACA Edwige, Les différentes étapes de développement du site de Paulilles - Années 1876-1980, Conservatoire de l’Espace littoral, Région Languedoc-Roussillon, Montpellier, Thème 2,  2003.

POUR EN SAVOIR PLUS

Cliquer sur :

PRACA Edwige, Paulilles - Développement de l'usine - Résumé et sommaire, site Amis de Paulilles, rubrique Etudes.