SCHLEBUSCH - Dynamiterie - 1921

 

En 1921, Georges Wolf, directeur de la dynamiterie de Paulilles, située non loin de la frontière franco-espagnole, obtient l’autorisation de visiter celle de Schlebusch, située près de Cologne, en Allemagne. Comparant le fonctionnement des deux usines, il souligne notamment les particularités qu’il perçoit dans l’installation de l’usine allemande. Son rapport met ainsi en évidence une différence existant  entre les normes de construction des deux pays, et s’achève sur l’importance accordée à la recherche et au confort.

Les étonnements de Georges Wolf

Le premier étonnement du directeur de Paulilles réside en effet dans le caractère massif des ateliers les plus dangereux, édifiés à l’inverse des normes de constructions légères imposées par la France. Au terme de sa visite, le directeur de Paulilles est par ailleurs sensible à la présence d’une vaste bibliothèque scientifique au sein de l’usine, ainsi qu’au confort des installations réservées au personnel. Relevant de sa formation de chimiste, ses dernières remarques témoignent également de la capacité de réorganisation de l’industrie allemande, malgré une production strictement limitée au cadre de l’industrie civile, depuis l’entrée en vigueur du traité de Versailles (1919). 

E. PRACA

 

DOCUMENT

« Visite de M. Volff à la Dynamiterie de SCHLEEBUSCH »

25-11-1921 

Extraits

 

Début du rapport : « Dès l’entrée dans l’Usine, on est frappé par la grandeur de l’Usine, les moyens d’approvisionnements, nombreuses lignes de chemins de fer dans toutes les parties de l’Usine, etc…

Atelier de nitration – Comme particularité première, on remarque d’abord le genre de construction de l’atelier. A l’inverse de ce qui se passe en France, conformément aux règlements qui prescrivent des bâtiments légers, à Schleebusch l’atelier est constitué par des murs très épais, en maçonnerie très solide, ces murs font corps avec la terre des cavaliers. La toiture légèrement cintrée est construite en béton armé de faible épaisseur et est recouverte complètement d’une couche de terre d’environ 1 mètre d’épaisseur. L’atelier fait donc bloc dans le cavalier de défense au lieu d’être comme chez nous isolé au milieu des levées de terre.

Devant notre étonnement de voir un atelier ainsi compris, en contradiction absolue avec nos règlements, M. Gùckel [directeur] nous a déclaré que pendant la guerre un accident s’était produit dans un atelier de nitration, la charge totale de Ngl [nitroglycérine] avait explosé (soit 350 kg environ), l’intérieur de l’atelier avait été détruit, la toiture aussi, mais qu’on n’avait pas compté 10 carreaux cassés dans l’Usine ».

Fin du rapport : « Les laboratoires de cette Usine sont extraordinairement bien installés et bien montés comme appareils et outillages de toutes sortes….On peut certainement s’y livrer non seulement à des recherches d’ordre industriel, mais aussi à des recherches scientifiques pures ; tout ce qu’il faut pour cela s’y trouve. A noter l’importance de la bibliothèque qui tant par les ouvrages spéciaux qui s’y rencontrent et son agencement, peut rivaliser avec une bibliothèque de Faculté des Sciences.

Au moment de ma visite, l’Usine de Schleebusch produisait 3500 kg. d’Oleum par mois et des installations se poursuivaient pour augmenter encore la production. L’usine occupait environ 800 ouvriers. Pendant la guerre l’usine en a occupé de 7 à 8000.

Je vous signale en passant l’installation de ce que l’on est convenu d’appeler là-bas le « casino ». C’est luxueusement monté et le personnel de l’Usine peut y trouver la table, une salle de réunion, salon de lecture et salle de jeux ».

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SOURCES

Rapport de Georges Wolf, 25 novembre 1921, in classeur de rapports concernant les usines autres que celle de Paulilles, 1889-1936.

REMERCIEMENTS

Ce classeur transmis en 2017 par M. Fabre, ancien directeur de la dynamiterie, nous a été signalé par la Maison de Site de Paulilles. Nous les en remercions ici.

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA E., Exposition 2016, panneau "Schlebusch" en lien : http://amis-de-paulilles.fr/index.php/patrimoine-dynamiterie/265-schlebusch-dynamiterie-panneau-d-exposition-n-4-2016

Comparativement aux photographies de la dynamiterie de Schlebusch datées de 1891 et présentées lors de notre exposition « Dynamiteries de Paulilles et d’Europe du Nord » (2016), ce texte souligne le bâti massif des ateliers de fabrication de nitroglycérine en Allemagne. A Schlebusch en 1921, « Les 3 opérations successives, nitration, séparation, lavage, sont faites par le même ouvrier qui est seul dans l’atelier ».