SAINT GOTHARD – Appareils à dégeler les explosifs – 1885

 

 

Né en 1850 à Paris, âgé de 20 ans en 1870, Georges Cerbelaud est engagé volontaire au Génie militaire auxiliaire lors de la guerre franco-prussienne[1]. Diplômé de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures en 1872, ingénieur aux chemins de fer et vulgarisateur scientifique, il traduit un ouvrage du professeur zurichois L. Tetmayer, intitulé « Les explosifs modernes au Gothard ». En 1885, un extrait de ce texte est édité sous forme d'un fascicule de 35 pages, par la Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite. Il s'agit de la dixième publication de la société et celle-ci est imprimée sur les presses du journal L’Echo industriel[2].

Outillage et petit patrimoine

Alfred Nobel, qui avait tout d'abord hésité sur l'opportunité de cette publication, considère finalement le texte de Tetmayer comme le meilleur existant sur le sujet. L'ouvrage conclut à la forte accélération des travaux de percement du Gothard grâce à l'emploi novateur de la dynamite-gomme, et à la réduction des frais généraux liés à l'usage de cet "explosif" moderne. Parmi les thèmes abordés, relatifs au creusement du tunnel alpin, figure celui des « appareils à dégeler les explosifs ».

La dynamite gelant à environ 6-7 degrés, sont en effet utilisés pour son dégel avant travaux trois catégories d’appareils de dimension croissante : les seaux à double paroi servant à ramollir les cartouches, les fûts à dégeler, suivis de petits bâtiments spécifiques appelés « magasins à dégeler la dynamite ». La description de ce patrimoine technique et architectural s’accompagne de normes de température, assorties de consignes de prudence en cas de réparation du petit matériel.

E. PRACA

 

DOCUMENT

« Des appareils à dégeler les explosifs »

Extrait - 1885

 

« La dynamite et la gélatine durcissent de 6 à 7° C : toutes les deux doivent alors être dégelées avant d’être employées.

On s’est servi dans ce but au Saint-Gothard :

a)   D’appareils à dégeler en fer blanc.

b)   De fûts à dégeler.

c)    De magasins à dégeler.

A - Appareils en fer blanc

Ils se composent de vases métalliques à doubles fonds, fermés par un couvercle. L’espace entre les deux fonds est rempli d’eau à 80° C ; on place la dynamite dans l’espace intérieur, et elle se ramollit au bain-marie. Quant au maniement et au nettoyage de ces appareils, voici les règles à suivre :

1° Il faut prendre soin de ne pas verser d’eau dans l’espace réservé à la dynamite.

2° Il ne faut jamais mettre chauffer l’appareil lui-même sur un poële ou sur un feu quelconque, qu’il soit rempli d’eau ou vide. Il faut également prendre bien garde de ne jamais l’exposer à des chocs ou à tout traitement un peu brutal. En dégelant la dynamite, il y a toujours un peu de nitroglycérine mise en liberté qui peut rester dans l’appareil et produire un accident sous l’influence d’un choc brusque.

3° Cet appareil habituellement en fer blanc a besoin d’être réparé quelquefois. Il faut faire bien attention en soudant et confier ce travail à un ouvrier expérimenté, et seulement après un nettoyage soigneusement fait à l’éther ou à l’alcool méthylique.

4° La température de l’eau ne doit pas excéder 80° C. A cette température, le dégel des cartouches se fait en ¼ d’heure.

B - Les fûts à dégeler

Dans un endroit isolé on peut enterrer un grand fût qu’on entoure d’une levée de terre. Dans le fond, on met du fumier de cheval frais, puis une claire voie, et enfin la dynamite (10 à 15 kg). Il suffit de peu de temps pour dégeler l’explosif. La température dans le fût doit être au moins de 10° C. Le fumier de cheval doit être remplacé de temps en temps.

C - Magasins à dégeler

Pour faire face à de plus grands besoins d’explosifs, il faut construire des petits bâtiments dont l’intérieur soit tenu à une température constante de 16 à 18° C. à l’aide de réservoirs d’eau chaude.

Au Pfaffensprung[3], ce bâtiment se composait de deux compartiments. Dans l’anti-chambre, se tenait l’ouvrier de service pour vider les caisses et porter leur contenu dans l’autre compartiment chauffé et séparé du premier par des portes. D’autres fois le magasin se composait d’un seul compartiment muni de rayons sur lesquels les paquets de dynamite étaient placés.

Les tuyaux de chauffage circulent le long des parois, derrière des planchers percés de trous. L’eau chaude est fournie par une chaudière placée dans un bâtiment voisin. Les parois sont elles-mêmes des doubles cloisons en madriers avec remplissage d’un corps mauvais conducteur de la chaleur. Pour éclairer, on avait établi des fenêtres doubles. Une des fenêtres s’ouvrait en dehors. Le vide entre les fenêtres servait pendant la nuit de logement à une lanterne éclairant l’intérieur ».

G. CERBELAUD - Traducteur

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BIBLIOGRAPHIE

CERBELAUD G., Les explosifs modernes au Gothard. Extrait de la brochure du Dr. L. Tetmayer Professeur à Zurich, Paris, 1885, p. 19-21.

POUR EN SAVOIR PLUS

  • Sur le seau à dégeler

PRACA E., Site de Paulilles - Une antiquité : le seau à dégeler la dynamite, Site Amis de Paulilles, rubrique Patrimoine.

  • Sur Georges Cerbelaud

PRACA E., Paul Barbe - Notice de la Société des Ingénieurs civils - 1890, Site Amis de Paulilles, rubrique Administration/Patronat.

  • Sur le Saint Gothard

PRACA E., Percement du Saint-Gothard - 1880, site Amis de Paulilles, rubrique Patrimoine.

PRACA E., Conditions de travail souterrain - Saint-Gothard - 1880, Site Amis de Paulilles, rubrique Risques, section Accidents/Grèves.

 


 

NOTES

[1] Georges Cerbelaud : né en 1850, décédé en 1927. Site Léonore LH/461/40.

[2] Imprimerie du journal l’Echo industriel, « organe d’un groupe d’Ingénieurs de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures », 53 rue de Châteaudun à Paris.

[3] Tunnel hélicoïdal dans la rampe nord du Gothard, près de Wassen.