Histoire générale de Paulilles (1870-1984). Première synthèse

 

 

 Site industriel de la dynamiterie de Paulilles - Vue prise depuis la Méditerranée

 

Le 9 juin 1998 à Perpignan, le Conservatoire de l’Espace littoral et des Rivages lacustres, établissement public à caractère administratif, est devenu propriétaire d’un domaine foncier de trente et un hectares situé en bordure de Méditerranée dans le département des Pyrénées-Orientales. L’acquisition de cet ensemble sis au sud de la commune littorale de Port-Vendres, riverain de la baie de Paulilles, a ainsi mis fin à l’incertitude qui pesait depuis plusieurs années, sinon sur la destination, du moins sur le statut juridique du site. Située à l’extrême sud de la France et intégrée à l’écrin formé par la côte rocheuse des Pyrénées orientales, l’anse de Paulilles, bénéficiant d’une situation jugée privilégiée, avait en effet fait l’objet dans les années 1985-1990 de divers projets immobiliers liés au tourisme, projets ayant finalement tous échoué.

Au terme de cette période de transition, le Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres Languedoc-Roussillon a souhaité faire réaliser une étude historique du site de Paulilles, composé à la fois d’un espace bâti et non bâti. Le site a en effet été occupé, à compter de la seconde moitié du XIXe siècle, par un ensemble industriel d’une particulière importance : au cours de l’année 1870, l’anse de Paulilles a en effet servi de cadre à l’implantation de la première usine de dynamite établie en France, issue notamment des expérimentations et travaux de l’ingénieur suédois Alfred Nobel (1833-1896). Cette usine a poursuivi ses activités durant plus d’un siècle, jusqu’à sa fermeture définitive en 1984.

Tenant compte de ce cadre chronologique, la synthèse de l’histoire du site et de l’usine de Paullilles comprend en outre les éléments d’information suivants : Bref cadrage historique dans le contexte national ;  Analyse des impacts socio-économiques et politiques montrant son importance dans l’histoire départementale ; Historique rapide des étapes de son évolution, s’attachant à recenser et décrire par grands ensembles les vestiges intéressants de ces différentes périodes (cf Partie 2 de la synthèse).

 

A - Implantation de l’usine de Paulilles (1865-1870)  

Datant de 1870, la création de l'usine de dynamite de Paulilles résulte d’abord d'une succession de découvertes scientifiques faites en matière d'explosifs, dont elle traduit la mise en application industrielle. Elle s’inscrit également dans le cadre d'un processus d'implantation d’usines de dynamite sur l'ensemble du territoire européen, ainsi que de leur exportation sur le continent américain. Au plan national, sa création est motivée par la guerre franco-prussienne (1870-1871) ainsi que par les rapports favorables entretenus par le gouvernement républicain avec le département des Pyrénées-Orientales.

1. Les inventions en matière d'explosifs

Préalables à la création de l'usine de Paulilles, les découvertes des divers procédés de fabrication d'explosifs ont eu lieu de manière progressive depuis le milieu du XIXe siècle. Succédant à la découverte de la nitroglycérine, faite en 1846-1847 par l'Italien Ascanio Sobrero[1], elles consistent surtout en perfectionnements apportés de 1863 à 1867 par l'ingénieur suédois Alfred Nobel, à la manipulation et à la consistance de cette matière, à la base de la fabrication de la dynamite.

Se présentant sous une forme liquide, la nitroglycérine se caractérise en effet, à ses origines,  à la fois par sa violence explosive et par l'absence d'un mode de détonation contrôlé. Succédant aux travaux effectués par son père, Alfred Nobel se penche alors sur la question de la mise à feu de la nitroglycérine[2]. Après une série de brevets d’inventions déposés de 1863 à 1865[3], il met au point, en 1865, le « détonateur breveté Nobel », invention dont la portée technique est universellement reconnue. En termes simples, il s’agit alors d’une capsule de bois puis de métal au contenu modulé, chargé de la mise à feu de l'explosif[4]. Sur ce principe sont construits les détonateurs des futurs bâtons de dynamite.

Dans un second temps, Nobel mène des recherches tentant de limiter les dangers intrinsèques de la nitroglycérine. Portant cette fois sur la consistance de cette matière, ses travaux résident en l'adjonction à ce mélange explosif d'une silice broyée, naturellement poreuse et très absorbante (kieselguhr ou silice de Hanovre). Cette démarche modifie ainsi la nature initiale de l'explosif, en faisant passer la nitroglycérine d’une forme fluide à un état devenu pâteux. Cette invention majeure, notoirement connue sous le nom de dynamite, fait l'objet d'un brevet d'invention du 20 juin 1866 et d'un additif du 27 juillet 1867[5]. Les brevets d'invention de la dynamite sont dès lors déposés dans divers pays d'Europe, ainsi qu'aux Etats-Unis[6]. Au plan technique, cette seconde découverte est également à l’origine de la création de l’usine de Paulilles.

2. La répartition des fabriques

Dès le début des expérimentations et malgré le nombre élevé d'accidents, dus à la faible maîtrise - à la fois scientifique et manipulatoire - des matières explosives, les objectifs de Nobel tendent à une production industrielle de ses produits[7]. La conquête des marchés nationaux passe ainsi, dans divers pays, par la création de sociétés commerciales et l'implantation d’ateliers de fabrication correspondants.

En Suède, les débuts de l'exploitation à grande échelle de la nitroglycérine semblent remonter à 1861, époque où les Nobel père et fils auraient reçu le soutien financier des frères Péreire, figurant parmi les principaux banquiers français[8]. Ce capital aurait été à l'origine dans ce pays de l'atelier expérimental d'Heleneborg, soufflé en 1864. Dans l'intervalle, la nitroglycérine est déjà utilisée à Stockholm dans le percement de tunnels[9]. Sa fabrication industrielle, amorcée en 1863, connaît dès lors une progression constante.

En Europe du Nord, les premières fabriques de dynamite sont fondées en 1865 près de Stockholm (Vintervidken, Suède) et près de Hambourg (Krümmel, Allemagne). Elles sont suivies de celles de Christiana en 1865-1866 (Norvège), de Zamky, près de Prague, en 1868 (Autriche), de Hanko, près d'Helsinki, en 1870 (Finlande). S'y ajoutent également deux usines aux Etats-Unis, l’une dans le New Jersey (côte est) et l'autre à San Francisco (côte ouest)[10]. Après l’implantation de l’usine de Paulilles en France en 1870, suivent également des implantations en Ecosse[11], Italie, Suisse, Espagne et Portugal (1870-1874).

Chronologiquement, la fondation de l'usine de Paulilles s'inscrit donc le cadre de la progression des entreprises Nobel au sein de divers pays européens, échelonnée selon les diverses opportunités locales et les variations de conjoncture.

3. Les conséquences de la guerre de 1870 en France

Contrevenant aux objectifs commerciaux de Nobel, un obstacle initial retarde cependant la fondation d’une usine de dynamite en France. Il s’agit du monopole d’Etat de la fabrication des poudres et explosifs, institué en 1775 sous forme d’une Régie des poudres et salpêtres.  Maintenue à la Révolution française, cette organisation est supprimée en 1793 par la Convention, en raison des besoins croissants des armées lors des guerres républicaines[12] (localement guerre franco-espagnole, 1793-1795). En 1797, la Régie est rétablie sous le Directoire, conférant à nouveau à l'Etat le monopole absolu de la fabrication, de l'exploitation et de la vente de la poudre et autres matières explosives[13]. La loi perdure encore sous le Second Empire et l'implantation d'une usine de dynamite en France demeure dans un premier temps interdite[14].

La situation se trouve modifiée en 1870, en conséquence directe de la guerre franco-prussienne. Celle-ci se caractérise en effet rapidement, du côté français, par une suite de revers militaires, perte de l'Alsace, invasion de la Lorraine, capitulation de l'armée à Sedan, qui entraînent le 4 septembre la proclamation de la République. A compter du 18 septembre, l'armée prussienne met en outre le siège devant la capitale. Deux personnalités du nouveau gouvernement républicain de Défense nationale jouent alors un rôle majeur dans la résistance. A Tours, Léon Gambetta cumule les deux portefeuilles majeurs de l'Intérieur et la Guerre. A Paris, Pierre Frédéric Dorian, puissant maître de forges implanté à Unieux (Loire) mais également à Ria (Pyrénées-Orientales), est devenu ministre des Travaux Publics[15].

Les premières décisions du nouveau gouvernement de la Défense nationale consistent à mettre fin au monopole d'état sur la fabrication et le commerce des armes (5-9-1870)[16]. Le marché de l'armement, privatisé et doté d’un budget, est régi par une nouvelle commission placée sous le contrôle du ministère des Travaux Publics, c'est-à-dire de P. F. Dorian.[17]. L'industrie privée est alors sollicitée pour apporter son concours scientifique à la recherche d’une amélioration de l’armement.

4. L'opportunité d'une industrie d'armement réactualisée

Hors du cadre législatif, la fondation de l'usine de Paulilles résulte indirectement du siège de la ville de Toul, en Lorraine (14-8 au 23-9-1870). La capitulation honorable de cette ville entraîne en effet la mise en liberté des officiers, dont plusieurs rejoignent la résistance[18]. Parmi ceux-ci figure alors François dit Paul Barbe (1836-1890), originaire de Nancy, officier commandant l’artillerie de la garde nationale de la place de Toul.

Ingénieur polytechnicien en temps de paix, Paul Barbe est associé à son père Jean-Baptiste, maître de forges et propriétaire de hauts fourneaux à Liverdun (Meurthe)[19]. Parfaitement informés des vastes perspectives qu'ouvre l’emploi de la dynamite, notamment dans l'industrie minière, les Barbe père et fils sont également en France, les premiers associés de Nobel pour l'exploitation de la dynamite (1868)[20].

Libéré de Toul, P. Barbe présente alors à Tours le projet d'implantation d'une première usine de dynamite en France. Toujours refusé sous l'Empire, ce projet répond alors à la poursuite de l'effort de guerre et donne au gouvernement l’opportunité de réactualiser la production nationale d’armement, la puissance de feu de la dynamite étant supérieure à celle de l’artillerie. La fondation de la fabrique est en conséquence acceptée par la commission dite de "pyrotchnie" et décidée selon un ordre spécial du 31 octobre 1870, émanant du ministère de l'Intérieur et de la Guerre[21]. La création de Paulilles répond également à la pénurie de l'armement français et constitue une compensation à l'importation étrangère.

5. Le choix du site de Paulilles

Le choix spécifique du site de Paulilles, dans les Pyrénées-Orientales, résulte de plusieurs facteurs à la fois locaux et nationaux. En temps de guerre et d’occupation, ce choix répond tout d’abord à la nécessité de privilégier un site éloigné des zones de combat. Au plan politique, ce département méridional se distingue également par un fort patriotisme et un attachement précoce au républicanisme. Un Catalan, Etienne Arago, frère du savant François Arago, occupe d’ailleurs le poste de maire de Paris à cette époque.

Placée sous la tutelle du ministère de la guerre, l’usine se trouve également située à proximité de la commune de Port-Vendres, alors place-forte maritime. Le choix d’une localisation côtière est enfin motivé par des questions de transport, l’autorisation étant alors uniquement accordée au transport des matières par voie de mer. 

Hors du contexte militaire, le choix de l’anse de Paulilles s’inscrit en dernier lieu dans une perspective civile. L’emploi de la dynamite est en effet destiné à l’avenir à l’industrie minière. Dans les Pyrénées-Orientales, le ministre des Travaux publics, F. Dorian, possède  à cette époque des intérêts dans les principales mines de fer du massif du Canigou, situées à l’ouest du département. Par l’anse de Paulilles en Méditerranée, des débouchés sont également attendus en Afrique du Nord, dans le cadre du développement colonial.

C’est dans ce contexte qu’est acquis sur ce site un premier terrain dit terrain Bernadi,  permettant l’implantation de l’usine. Bordé sur sa frange littorale par des terres appartenant aux Domaines, celui-ci est en outre situé non loin d’une ligne de chemin de fer créée en 1856,  permettant un futur transport ferroviaire des marchandises. Enfin le site, longé par un cours d’eau, comprend de nombreux points d’eau individuels. Cette eau de source est indispensable au lavage de la nitroglycérine.

Montée en bordure de Méditerranée près de Port-Vendres, l’usine de dynamite de Paulilles est donc la première usine de dynamite créée en France (fin 1870)[22]. Nobel se propose d’y faire fabriquer les éléments se rapportant aux découvertes initiales: nitroglycérine, détonateurs et dynamite. Cette triple activité est globalement maintenue jusqu’au terme du fonctionnement de l’entreprise en 1984.

Au plan chronologique, on distingue en définitive trois phases principales de fonctionnement : 1870-1918 : naissance et développement de l’entreprise ; 1919-1971 : diversification et modernisation, 1972-1984 : déclin et fermeture. Chacune de ces phases présente une certaine orientation des productions. Les impacts socio-économiques et politiques y sont différents, illustrant l’importance et la spécificité de l’entreprise.

 

B – Développement de Paulilles (1870-1918) 

Fondée fin 1870, l’usine de Paulilles fonctionne très peu de temps. Elle est ponctuellement mise en arrêt début 1871, au terme de la guerre et de la rapide défaite française. Le matériel est alors transporté à Avigliana près de Turin (Italie) où Alfred Nobel ouvre une nouvelle fabrique de dynamite. En France, le gouvernement conservateur d’Adolphe Thiers a rétabli le monopole d’Etat.

Nobel et Barbe gagnent ensuite l’appui des principaux sidérurgistes français et sous leur pression, est promulguée une loi fondamentale et définitive autorisant l’industrie privée à fabriquer et à vendre de la dynamite (8-3-1875)[23]. A cette loi s’ajoutent diverses autorisations de circulation de la dynamite, notamment par les chemins de fer. 

1. Productions

Légalisant définitivement l'existence de l’entreprise, la loi de 1875 permet, d’une part, la reprise de la production de dynamite classique et d’autre part la production d’une dynamite plus sophistiquée appelée dynamite-gomme, incluant du coton azoté. Expérimentée par Nobel à compter des années 1875, cette dynamite fait l’objet d’une production industrielle en Angleterre à compter de 1876, en Allemagne ainsi qu’à Paulilles à compter de 1879[24]. En France, la démonstration relative aux propriétés et mode d'emploi de la gomme explosive a eu lieu dans la mine de Nialas (Lozère). Celle-ci a bien réussi et le développement de cette nouvelle production est également motivé par l’expiration des premiers brevets Nobel, pris en 1863.

En termes quantitatifs, vers les années 1880, la production annuelle des usines de dynamite varie de 500 à 600 tonnes pour les unités plus anciennes[25]. A Paulilles, dès 1879, le volume de dynamite commercialisé s’élève à 552,4 tonnes. L’entreprise est alors en pleine activité. La gomme y représente alors le six millième de la production (3 406 kg) mais en raison de ses qualités, elle supplante progressivement les premiers produits explosifs de l’entreprise. Produite à la commande, elle se diffuse ensuite de manière généralisée, également sous forme de dérivés (ex : gomme au camphre).

Dès ses origines, en raison de la défaite, la production de dynamite est par ailleurs destinée à la production civile. L’emploi de la dynamite est alors multiforme. Celle-ci est utilisée dans l’agriculture et la pêche, mais surtout dans deux secteurs principaux, à savoir les travaux publics et l’industrie extractive, notamment minière. La commercialisation s’effectue par l’intermédiaire de dépositaires agréés, constitués en réseau sur l’ensemble du territoire français. Ce système perdure jusqu’au XXe siècle.

2. Impact économique dans l’agriculture et la pêche

De manière générale, la dynamite est expérimentée au XIXe siècle dans l’espace agricole. Préconisée dans le déracinement des arbres ou des souches, elle apparaît à titre anecdotique comme remède dans la lutte contre le phylloxera qui sévit en Languedoc-Roussillon dans les années 1870[26]. Plus sérieusement, au cours de la reconstitution ultérieure du vignoble par les principaux propriétaires, elle est utilisée dans le nivellement des terrains et, au nom d’une nouvelle normalité paysagère, participe au remodelage du paysage viticole méridional[27].

Dans la lutte contre les maladies du vignoble, une fabrique d’acide sulfurique est également établie à Paulilles (1884), cet acide étant initialement un composant de la nitroglycérine. La fabrique met alors sur le marché une série de dérivés soufrés, annexes à la production des explosifs[28]. S’y ajoutent également, par le biais de l’usine d’acide nitrique, des dérivés nitrés servant d’engrais dans l’agriculture.

 

Usine de Paulilles - Fabrique d'acide sulfurique de la Société Générale pour la Fabrication de la dynamite

 

Ces ateliers constituent alors la pointe méridionale d’un triangle couvrant l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Deux autres entreprises identiques y sont en effet établies, l’une, de poudre sulfostéatite cuprique, fondée à la même époque par le baron de Chefdebien (Prades, P.O.)[29]. L’autre, dénommée Ets Parazols et Marty, est située au port de La Nouvelle (Aude). L’exportation est également organisée au départ de Port-Vendres ou de l’embarcadère privé de l’usine de dynamite, vers l’Algérie en cours de colonisation agricole.

Dans ce secteur de l’économie, la production de dynamite favorise en définitive l’aménagement de l’espace et l’augmentation de la production viticole, mais aussi, accessoirement, de la pêche. Une partie est en effet effectuée à la dynamitepar les populations côtières. Ces productions sont cependant minoritaires, au regard de l’emploi des explosifs dans les mines et les travaux publics.

3. Impact économique dans les mines et les travaux publics

De la même manière, la production de Paulilles influe sur le développement de l’industrie sidérurgique et surtout minière des Pyrénées-Orientales. Dans le massif du Canigou, l’exploitation industrielle des mines de fer s’affirme à compter de 1859. A compter de cette date et durant près d’un siècle, y fonctionnent les premiers hauts fourneaux au bois établis dans le département, sur la commune de Ria. Ceux-ci sont alors la propriété de la Société Holtzer, Dorian et Jacomy, puissante société de la Loire, formant ensuite un maillon essentiel de Creusot Loire. A cette société est lié P. F. Dorian, ancien ministre des Travaux Publics, favorable à l’implantation de Paulilles. A la suite de Ria, une dizaine de hauts fourneaux s’implantent dans le département[30].

Adoptant l’emploi de la dynamite, les mines de fer se rapportant à ces hauts fourneaux (Sahorre pour les Holtzer, mais aussi Fillols, Escaro puis Batère) se développent sur plusieurs milliers d’hectares. Du Second Empire à 1904, leur production s’accroît dans des proportions notables : de 20 000 tonnes en 1864, elle passe à environ 120 000 tonnes en 1884, 253 000 tonnes de 1900 à 1904. Les compagnies occupent alors environ 1300 ouvriers en 1906, plus de 1700 entre 1907 et 1909. Dans ce contexte, l’impact économique de l’usine de dynamite Paulilles ne fait également aucun doute[31].

Dans les travaux publics, la dynamite est enfin utilisée pour les travaux d’infrastructure, d’hydraulique et d’aménagement portuaire. Celle-ci participe au développement du réseau ferroviaire, dont l’extension vers l’Espagne par le massif du Canigou débute en 1877[32]. Elle accompagne également au début du XXe siècle les travaux du versant français de la chaîne pyrénéenne, et notamment le percement de tunnels routiers ou ferroviaires transpyrénéens, à l’instar des tunnels alpins (St Gothard). Alors employée sur un espace s’étendant de la frontière du Perthus à l’Andorre et à l’Ariège, elle sert également à la destruction d’épaves dangereuses pour la navigation ou au désenclavement portuaire, par la destruction de roches sous-marines[33].

Publication de la Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite, concernant le tunnel alpin du St Gothard - 1885.

 

 

Plus largement, les productions de Paulilles sont destinées à l’exportation. Dès les années 1880, le marché local des travaux publics s’ouvre vers l’Europe Centrale, la péninsule ibérique, l’Amérique du Sud et le continent africain[34]. Les Pyrénées-Orientales constituent un vivier potentiel de personnel lors du creusement du canal de Panama. L’usine de Paulilles, relayée par celle du Vénézuéla, fournit alors la plus importante livraison de dynamite-gomme au même client : 30 000 tonnes en 1879-1890 puis 1903-1914[35]. Par comparaison, alimentant presque seule les chantiers de mines et de travaux publics en France, elle avait expédié de 1875 à 1879 un millier de tonnes dans toutes les directions[36]. Pour ces périodes, la construction du canal de Panama constitue donc l’axe vital du développement de l’usine de dynamite de Paulilles.  

4. Industrie militaire

Cette première phase de développement s’achève en 1914-1918 par une production de guerre. La dynamiterie est alors appelée à des fabrications de balistite, surtout utilisée pour les mortiers de tranchée. Paulilles est aménagée pour une production de 6 tonnes par jour, à laquelle s’ajoute une production accélérée à 150 tonnes par mois d’oléum, produit indispensable dans la fabrication d’un grand nombre d’explosifs nitrés[37]. De 1880 à 1918, la production mensuelle de dynamite est ainsi passée de 45 à 180 tonnes, sans compter les annexes.

En définitive, le site de Paulilles constitue, à proximité de Port-Vendres, un bassin d’emploi de plusieurs centaines de personnes. Celui-ci peut dès lors être placé sur un pied d’égalité avec les principales autres industries locales : compagnies minières dans le massif du Canigou (en particulier Sahorre, de Fillols et de Batère comptant chacune 2 à 300 personnes), industrie du papier à cigarettes à  Perpignan (Job et Le Nil).

Localement, Paulilles constitue l’unique industrie port-vendraise de forme concentrée. Elle se définit comme un élément essentiel de l’économie, associé aux activités alimentaires et viticoles de la région côtière, mais aussi aux emplois du sanatorium et de la réserve marine de Banyuls-sur-Mer également fondés à la fin du XIXe siècle. Elle contribue à l’extension de la petite propriété en phase de croissance et subvient aux besoins des ménages en temps de crise viticole (1907).

5. Impact politique et social

Durant toute cette période, l’administration de Paulilles se caractérise par sa puissance financière et accessoirement, par sa participation à la politique nationale. En 1875, la loi favorable à l’industrie privée a entraîné dans son sillage la création d'une S.A. pour l'exploitation du site de Paulilles, intitulée "Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite" au capital de 3 millions de francs[38]. En 1884, celle-ci acquiert la dynamiterie d’Ablon (Calvados).

En raison de la concurrence sur les nouveaux marchés, Alfred Nobel consolide son patrimoine, en regroupant ses participations dans deux vastes sociétés, l’une anglo-allemande, l’autre latine. En 1887 est ainsi fondé le “ Trust latin ” ou Société Centrale des Dynamites, au capital de 16 millions de francs. La Société Générale y participe à concurrence de 66% (usines d’Ablon et de Paulilles)[39]. Au niveau international, le “ Trust latin ” dans lequel s’inscrit Paulilles n’a alors d’équivalent que la société pétrolière Standard Oil Co. (1882) organisée aux Etats-Unis par John Rockfeller.

Ces sociétés, dominées par des personnalités de la haute finance, interviennent également en politique. Paul Barbe, directeur général de la nouvelle société latine[40], inscrit au parti radical, est ainsi élu député de Seine et Oise en 1885 et devient Ministre de l’Agriculture en 1887. Ultérieurement, Jules Pams, descendant d’une importante lignée de négociants de Port-Vendres, initialement opposée à la fondation de Paulilles, devient également ministre de l’Agriculture sur la liste radicale[41]. Cette nomination témoigne du consensus obtenu autour de l’usine.

Ce consensus est soutenu par la politique sociale de l’entreprise. En raison de la dangerosité de ces produits, Alfred Nobel mène une démarche paternaliste en vue de la fidélisation du personnel ouvrier. Elle consiste d’abord en arguments financiers. Des primes incitatives sont ainsi octroyées, laissées cependant à la discrétion de l’entreprise. Au milieu des années 1880 est ensuite créée une mutuelle patronale en cas de maladie. Jusqu’en 1898, l’entreprise règle les accidents du travail par des indemnités ou compensations en nature. A cette date est votée une première loi obligeant le patronat à garantir les travailleurs contre le risque d’accident du travail. Le relais est alors pris par des assureurs privés[42].

Cette politique se prolonge également et surtout par la formation d’un patrimoine immobilier à vocation sociale. A Paulilles sont ainsi implantés, à distance des ateliers de dynamite, des logements et jardins ouvriers, de direction et d’encadrement, ainsi qu’une école relevant du secteur semi-public (fin XIXe siècle). L’entreprise y pratique la gratuité des charges. En tout état de cause, l’usine apparaît précocement comme un laboratoire social, illustré par la présence d’actionnaires tels Albert Le Play, fils d’un économiste fondateur des enquêtes systématiques sur la classe ouvrière[43].

Initialement composé de militaires formés à la fabrication de la dynamite et d’une poignée de Suédois, le personnel est recruté à compter de 1875 parmi la population côtière. En raison d’un relatif confort social, plusieurs générations issues de mêmes familles se succèdent alors à Paulilles, contribuant à forger une forte identité ouvrière. Des femmes sont en particulier employées aux cartoucheries. Malgré la fréquence des accidents par explosions[44], l’usine se caractérise par l’absence ou la faiblesse des conflits sociaux jusqu’au tournant des années 1920.

 

C – Diversification et modernisation (1919-1971)

 

Bon de la Société Nobel Française avec signature de Pierre Le Play

lors de la liquidation de la Société d'Explosifs et de Matières Plastiques

 

1. Productions et impact économique

Au seuil du XXe siècle, l’usine de Paulilles est suffisamment puissante pour affronter une série d’événements  négatifs : scandale de Panama (1890), décès de Nobel (1896), catastrophe de Courrières qui entraîne l’interdiction d’utiliser des explosifs dans les mines de charbon (1906). N’ayant pas été touchée lors des combats, sa production s’élève après guerre à environ 85 tonnes par mois, contre 45 tonnes en 1880. La découverte de nouveaux explosifs par des sociétés concurrentes a également peu d’incidence sur les ventes de dynamite[45].

Au cours des années 1930, l’usine produit, malgré la crise, plus de 100 tonnes par mois et cette situation favorable se poursuit jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Son accroissement de productivité a été rendu possible par le début de la mécanisation du pétrissage de la dynamite (1924). A cette époque, celle-ci est néanmoins encore préparée au pétrissage à bras avant d’être mécanisée pour terminer le mélange[46]. Les explosifs additionnés de dinitroglycol ont par ailleurs été autorisés en 1927, permettant une double fabrication de produits ordinaires ou antigel[47].

L’expansion de l’entreprise passe également par une diversification. Dans le secteur minier, à compter de 1916, la société exploite en effet du matériel de sécurité, en particulier des exploseurs électriques agréés par le ministère des travaux publics. Initialement fabriqués par la société américaine Du Pont de Nemours (1916), déjà principal fournisseur en coton azotique, ceux-ci sont ensuite relayés par des modèles plus puissants (1927 et 1932)[48].

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’usine travaille sous surveillance allemande, avec un volume de personnel inférieur à celui du temps de paix. L’entreprise ayant à nouveau été épargnée, sa phase de maturité culmine finalement dans les années 1950-1960, où l’encartouchage est également automatisé[49].

A cette période de plus grande extension d’après-guerre, l’usine de Paulilles compte encore 190 ouvriers et la fabrication atteint un maximum de 20 tonnes par jour. Ses productions principales sont le nitroglycéroglycol, les explosifs anti-grisouteux pour mines, et surtout les dynamites gommes pour travaux publics. Celles-ci sont employées dans la construction de barrages (ex : barrages des Alpes), celle des ports (ex : Fos-sur-Mer) ou l’autoroute du Perthus, nécessitant 500 kg de dynamite par jour. En Algérie sont en particulier utilisées des cartouches spéciales pour explosions sismiques, en vue de recherches pétrolières[50].

2. Concentrations de la Société Générale

Dans le même temps, la Société Générale se diversifie, tout en procédant à de vastes concentrations de capitaux. Après l’organisation en 1914 d’une société d’explosifs cheddites, elle opère, sous l’égide de la Société Centrale, un rapprochement en direction des sociétés de matière plastique. L’essor de cette matière est sensible dans la première moitié du XXe siècle et la production voisine de celle des explosifs. A l’issue d’une fusion avec la Société Industrielle des Matières Plastiques, la Société Générale devient ainsi Société Nobel Française (1927). La présidence de cette société au capital de 21 millions de francs est alors confiée à Paul Clémenceau, frère de Georges Clémenceau[51].

 Variété des "produits Nobel" au sein de la Société Nobel Française

L’expansion de cette nouvelle société atteint son apogée en 1956, celle-ci possédant alors la majorité des parts dans trois grandes sociétés françaises : la Société Générale d'Explosifs Cheddite, la Société Plastella (objets en plastique) et la Société Rey Frères (équipement minier, à Nîmes). Son capital se monte alors à 380 millions de francs[52].

Après une incursion dans les secteurs de la peinture et des panneaux de fibres[53], suivant le mouvement de fondation d’un département chimie (1948) puis d’une filiation avec le groupe Bozel Maletra (1955) par la Société Centrale, Nobel Française opère ensuite une seconde fusion avec ce dernier groupe (électrométallurgie), pour former Nobel Bozel (1957)[54].

En dernier lieu la société devient ensuite, au début des années 1960, une importante holding industrielle et financière au capital chiffré à 3 milliards 383 millions de francs, contrôlant 18 usines importantes en France, Algérie et Tunisie, dans cinq branches essentielles des affaires, représentant autant de marchés différents[55]. Au sein de cette nébuleuse, l’existence de Paulilles n’apparaît pas menacée, si ce n’est par les risques matériels et humains liés à une modernisation accélérée.

3. Impact politique et social

Au courant des années 1920-1930, la puissance de la Société et de l’unité de production de Paulilles attire toujours des hommes d’affaires proches du pouvoir politique. Tel est le cas de Paul Clémenceau, frère de Georges Clémenceau, ingénieur, homme d’affaires et parlementaire.

Directeur de la Société centrale de dynamite, administrateur de la Société pour les fabrications des munitions de guerre, des Forges de Châtillon-Commentry, ingénieur-conseil au Creusot, président de la Société de Paulilles dans les années 1930, il apparaît alors comme étant l’un des 200 Français les plus riches de son temps[56].

Une telle situation est en particulier désapprouvée par une portion de la population ouvrière, dont le syndicalisme a été tardif mais dont l’organisation se fait jour à compter des années 1930. Au cours de cette période est en effet fondé le puissant syndicat CGT de l’entreprise, dont le dirigeant principal accède à terme au secrétariat départemental du syndicat[57]. Suivent la naissance d’un syndicat ouvrier conservateur avant guerre, puis les organisations FO et CFTC après guerre[58]. Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, le syndicalisme a été interdit. La dynamite sert cependant à des activités de Résistance, comme le prouvent les actions du maquis pyrénéen.

Dans l’immédiat après-guerre, les grèves dures n’ont ponctuellement pas de prise sur la direction et se soldent par des séries de licenciements collectifs (1949), dans le but de réduire le syndicat CGT renaissant, qui réunit immédiatement 120 adhérents sur 180 salariés. Suivant dès lors tous les mots d’ordre de la Fédération CGT des industries chimiques, la CGT de Paulilles intervient également dans les questions locales, relatives en particulier aux salaires et aux conditions de travail.

En pleine période de reconstruction d’après-guerre, les conditions de travail apparaissent en effet éprouvantes. Une véritable culture d’entreprise perdure encore dans la connaissance, physique et tactile, de la fabrication de la dynamite[59]. L’automatisation a cependant augmenté, en toute connaissance de cause, la dangerosité du travail. En témoigne la terrible explosion de 1958 dont l’ensemble du personnel conserve la mémoire. Il s’agit de la dixième explosion jugée importante depuis 1877, et recensée ultérieurement par la SNPE. Celles de la période, 1918, 1934 et 1958 ont été mortelles. Elles sont encore suivies, de 1960 à 1971, par cinq incendies ou explosions[60], attestant de la difficulté d’une véritable prévention, tout en soudant l’esprit communautaire.

A compter des années 1970, l’action syndicale porte également sur la reconnaissance des maladies professionnelles. Se pose en effet la question du sevrage parmi le personnel affecté à la fabrication du nitroglycéroglycol. En période de repos, la privation de ce produit est en effet responsable de morts subites chez un personnel encore jeune, et cette situation apparaît notamment sensible après le passage aux 40 heures de travail hebdomadaires. La reconnaissance de cette maladie professionnelle interviendra définitivement en 1981[61].

 

D - Déclin et fermeture de Paulilles (1972-1984)

Si l’on se réfère à certains témoignages oraux, la fermeture de l’usine apparaît, du moins dans le discours de la direction, comme un processus inéluctable motivé par la dangerosité de la production. Plus réellement, le processus de concentration des intérêts qui se poursuit au cours de la dernière décennie de fonctionnement, atteste d’une modification des objectifs des groupes financiers, responsables des destinées de l’entreprise depuis ses origines.

La Société Centrale de dynamite, qui conserve un capital majoritaire dans Nobel-Bozel et dans plusieurs autres sociétés de dynamite en Europe, est ainsi également devenue majoritaire dans la Société Française des Glycérines, au capital de 724 millions de francs. (usines à Marseille et Vauciennes). Sa décision a été motivée par ses besoins en glycérine, matière première essentielle. Cette société est elle-même majoritaire dans la Société Industrielle pour la Fabrication des Antibiotiques (S.I.F.A.) au capital de 850 millions[62]. Cette prise de capital entraîne ainsi une bipolarité des centres d’intérêt entre les explosifs et leurs dérivés pharmaceutiques.

Dans le même temps, le groupe Nobel Bozel, qui s’était investi dans l’industrie chimique, effectue à l’inverse un recentrage sur ses activités liés aux explosifs. Au sein du groupe est alors constitué en août 1972 la Société Nobel Explosifs, devenue quelques jours plus tard Nobel PRB Explosifs, le groupe belge PRB y détenant 40% des parts[63]. La crise des années 1970 étant sensible dans ce secteur industriel, les années suivantes se caractérisent alors par une phase de concurrence accrue avec les autres dynamitiers français, regroupés avec la SNPE dans le groupement dit GIE France Explosifs.

Une décennie plus tôt ont été fermées les mines des Pyrénes-Orientales et le processus se généralise ailleurs en France. A ces facteurs s’ajoutent une lente récession des principaux marchés d’explosifs industriels, associée à une baisse progressive des vente de dynamite au profit d’explosifs nouveaux de type “ gel ” dont la société a acquis une licence. L’automatisation réduit d’autre part les besoins en personnel de l’usine locale.

C’est dans ce contexte qu’intervient en 1975 la célébration du centenaire de Paulilles. Seule marque de véritable modernité, sinon d’avant-gardisme, une activité de placage des métaux par explosif a été récemment implantée à Paulilles, selon un procédé acquis auprès de la société américaine Du Pont de Nemours[64].

Dès 1977, malgré cette nouvelle orientation appelée à un avenir brillant, le nouveau président du groupe reçoit la mission de céder les participations de Nobel PRB Explosifs. En 1980, la SNPE devient l’actionnaire majoritaire de Nobel PRB Explosifs, programmant dès cette année la fermeture du site.

Cette fermeture intervient en mars 1984, exception momentanément faite du placage et du personnel de l’atelier de mécanique qui y est alors rattaché pour des besoins techniques. L’usine compte environ 120 ouvriers à cette période et un reclassement est proposé au personnel. Sur les 120 ouvriers, une dizaine accepte le reclassement, qui implique une mutation géographique vers le site de Marseille. Seuls quelques agents de maîtrise et le directeur partent vers Ablon. Une cinquantaine d’ouvriers sont mis en préretraite à compter de 56 ans. Une soixantaine d’ouvriers font ainsi partie des licenciements purs[65].

L’activité de placage est ensuite transférée à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) prolongeant de manière indirecte mais avec éclat la mémoire encore intacte de Paulilles.

Edwige PRACA 

 _______________________________

BIBLIOGRAPHIE

Extrait de : PRACA Edwige, Histoire générale de Paulilles. Première synthèse, Conservatoire de l’Espace littoral, Région Languedoc-Roussillon, Montpellier, vol. 1, 2000, p.1-17.

 
POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA Edwige, Résumé et sommaire, in Histoire générale de Paulilles. Première synthèse, Conservatoire de l'Espace Littoral, Région Languedoc-Roussillon, Montpellier, vol.1, 2000.

PRACA Edwige, Grandes étapes de l'évolution du site de Paulilles, in Histoire générale de Paulilles. Première synthèse, Conservatoire de l'Espace littoral, Région Languedoc-Roussillon, Montpellier, vol.1, 2000.

PRACA Edwige, Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite - Création, Site Internet Amis de Paulilles, rubrique "Patrimoine".

PRACA Edwige, Enfer de Paulilles. Dangers de fabrication de la dynamite. 1949, Site Internet Amis de Paulilles, rubrique "Risques", sous-partie "Accidents-Grèves".



[1] A. Sobrero : 1812-1888.

[2] HELENE Maxime, La poudre à canon et les nouveaux corps explosifs, Paris, 2nde édit., 1886, p.102-104 et BERGENGREN Erik, Alfred Nobel, l'homme et son oeuvre, 1960, trad. franç. Paris-Bruxelles, 1970, p. 31-34.

[3] I.N.P.I. Compiègne, 1er brevet Nobel n°60 229 du 18-9-1863, pour perfectionnement de la fabrication des poudres de tir avec ses additions. Egalement mention dans P.V. de la première A.G. de la Société générale pour la fabrication de la dynamite, séance du 17-6-1875. BERGENGREN Erik, op.cit., p.38 indique par ailleurs que le brevet suédois est déposé le 14 octobre 1863.

[4] BERGENGREN Erik,  op.cit., p.31-34.

[5] A.D.P.O. 2002PER8, J.O. n°36 du 6-2-1875, p.992, mention des deux brevets. Passage de la forme liquide à l'état pâteux cité par BERGENGREN Erik, op.cit. p. 52.                                                                                                                                  

[6] BERGENFGREN Erik, op.cit., p.50-52. Angleterre et Suède, 1867. Etats-Unis, mai 1868.

[7] BERGENGREN Erik, op.cit., p.56. Sur les accidents, voir par exemple la partie "progrès et déboires de l'industrie nouvelle", en particulier p.42-43.

[8] BERGENGREN Erik, op.cit., p.31. Prêt de 100 000 francs par la Société Générale de Crédit Mobilier. Pas de mention spécifique cependant dans AUTIN Jean, Les Frères Pereire, Paris, 1984.

[9]  BERGENGREN Erik, op.cit., p.31 à 34.

[10] HELENE Maxime, La poudre à canon et les nouveaux corps explosifs , Paris, 2nde édition, 1886, p.102-104 et BERGENGREN Erik, op.cit., p.31 à 34. Little Ferry dans le New Jersey. Les sociétés correspondantes sont en Suède Nitroglycerin Ltd (1864), en Allemagne Alfred Nobel and Co. L'usine de Krümmel fut détruite en 1866, reprit de l'expansion après l'invention de la dynamite, fut à nouveau détruite en 1870, reconstruite en 1876 etc.

[11] Le site écossais d’Ardeer, aujourd’hui dénommé “ Big Idea ”, a été transformé en musée et centre de recherches scientifiques pour les jeunes générations.

[12] Suppression sous l’impulsion de la Section des Armes de Guerre du Comité de Salut public in Chimie et Industrie, Dix ans d’Efforts scientifiques et Industriels, 1914-1924, Paris, 1926, p.1320.

[13] A.D.P.O. 2001PER27, bullet. lois n°141, loi n°1386 du 13 thermidor an V relat. à l'exploitation, la fabrication et la vente des poudres et salpêtres. But : "rendre à l'administration des poudres les moyens de son service". Cf. notamm. titre II, parag. XVI : "les poudres continueront d'être fabriquées pour le compte de la république, et ne pourront l'être que sous la direction et la surveillance de l'administration chargée de cette partie (...)".    

[14] BERGENGREN  Erik, op.cit., p.72.

[15] NAUMONT Josiane, “ Enquête sur une visite de Zola à Unieux pour la préparation de “ Travail ” ”, Les Cahiers Naturalistes, n°48, 1974, p.186-187, biographie de Pierre Frédéric Dorian (1814-1873). Sous son impulsion est en outre constitué, à côté du génie militaire, trop peu nombreux, un nouveau corps auxiliaire dit du "génie civil", composé d'ingénieurs des chemins de fer, des ponts et des mines, cf. mention in DALSEME A.-J., Paris sous les obus, 10e édition, Paris, p.117. Par ailleurs C. Freycinet demeure également délégué à la Guerre. Il est considéré par les historiens comme le “ père de l’industrie privée de l’armement ”.

[16] A.D.P.O. 16PER32, Bulletin officiel du Ministère de l'Intérieur, 33e année, 1870, Paris, p.362. Cette évolution législative s'échelonne globalement du 5 septembre, lendemain de la chute de l'Empire, au 8 octobre 1870, veille de l'arrivée de Gambetta à Tours.

[17] A.D.P.O. 16PER32, Bulletin officiel du Ministère de l'Intérieur, 33e année, 1870, Paris, p.386. La commission de l'armement a été instituée par décret du 9 ou 10-9-1870 et constitue un budget le 13 septembre. Composition p.376.

[18] "Le siège de Toul en 1870", témoignage de MORLOT Victor-Léon, Le Pays Lorrain, 51e année, 1970, p.65.

[19] A.N. dossier L.H. François Barbe 0414052 et A.D.P.O. 8S167, en-tête: "Hauts fourneaux de Liverdun, Meurthe, Barbe père et fils et cie, siège social 7 rue du faubourg St Jean, Nancy".

[20] BERGENGREN Erik, op.cit., p.72. Né en 1836, P. Barbe est de la même génération que Nobel, né en 1833. Un contrat d'affaires a été signé au lendemain du brevet d'invention de la dynamite, portant sur un investissement de 200 000 francs par les Barbe et l'octroi en retour de 50% des bénéfices L'association dure jusqu'au décès de P. Barbe en 1890.

[21] A.D.P.O. 8S167, lettre de Barbe au préfet des P.O. du 5-2-1871. Seule mention de la commission de pyrotechnie in DALSEME A.-J., Paris sous les obus, Paris, 10e édition, p.120-121. Les archives militaires de Vincennes, contactées, ne comprennent pas d’archives relatives à cette commission. REINACH J. (publiés par) Dépêches, circulaires, décrets, proclamations, discours de Léon Gambetta, 4.IX.70 - 6.II.71,  Paris, Charpentier, 1886-91, ou DREO Amaury Prosper, Procès-verbaux des séances du Conseil du Gouvernement de la Défense Nationale, Paris, Lavauzelle, 1906, ne sont pas disponibles dans les P.O.

[22] Après les petits prototypes parisiens.

[23] A.D.P.O. 2002PER9, J.O. n°67 du 9-3-1875 séance du 8-3-1875 p.1771-1773 et autres. Le texte ainsi ratifié réunit alors aussi bien partisans qu’opposants du gouvernement, parmi lesquels des personnalités comme Emmanuel Arago, Lazare Escarguel, Jules Favre, Edgar Quinet ou Victor Schoelcher, qui se prononcent contre le monopole d’état sur les explosifs.  

[24] BERGENGREN op.cit p.69 et CA société Nobel, 1876-1886.

[25] Egalement HELENE Maxime, La poudre à canon et les nouveaux corps explosifs, 2e édit., Paris, 1886, p. 129. 66 500 tonnes produites en 1896 par 93 usines dans le monde (BERGENGREN p.105)

[26] BARBE François Paul, “ Emploi simultané dans les Mines de la Dynamite et de l’Electricité. Règles à suivre pour le chargement des mines. Emploi de la Dynamite-Gomme ”, in Manuel du Mineur, bibliothèque de l’Echo industriel, 1879, p. 39-41.

[27] Ces mentions apparaissent de manière fugace dans les volumes de la Société Agricole, Scientifique  et Littéraire des Pyrénées-Orientales, rapports annuels des récompenses agricoles, seconde moitié du XIXe siècle.

[28] A.G. et C.A. de la Société Générale pour la fabrication de la dynamite, aimablement communiqués par M. HUEBER, P.D.G. de Nobel explosifs France.

[29] PRACA Edwige, “ Les établissements de Chefdebien à Prades, 1884-1940 ”, Conflent, 1993-1994, n°186, p.42-47, n°187, p.73-82,  n°188, p.31-45.

[30] Ceux de Ria sont les derniers hauts fourneaux au bois de France, le dernier est fermé après la 2nde G. Mondiale.

[31] PRACA Edwige, bibliographie in Contribution à l’histoire de l’industrie métallurgique dans les Pyrénées-Orientales, 1803-1939, D.E.A Université Montpellier III, 1998. Egal. chapitre “ Les Pyrénées-Orientales ” in Le Patrimoine des communes de la Méridienne verte, Paris, éditions Flohic, 2000, vol. 2, p.1592-1639.

[32] BARBE F., op.cit.,p.42 : mention égal. faite de la destruction par la dynamite d’un pont en fer, sur la ligne sud-nord Figueras-Banyuls, précipité à peine posé, par un coup de vent, d’une hauteur de 15 m.

[33] CLERC Alexis, Physique et chimie populaires, éd. Jules Roff et Cie, Paris, sd. (XIXe siècle), p.1168. Exemple lors de l’échouage d’un navire de commerce encombrant le port de La Nouvelle (Aude).

[34] ESCUDIER Jean-Louis, Edmond Bartissol, 1841-1916. Du canal de Suez à la bouteille d’apéritif, Paris, 2000.

[35] BERGENGREN Erik, op.cit., p.108.

[36] ROUX Louis, directeur de la Société Gale pour la fabrication de la dynamite, “ Les accidents de la dynamite ” in Annales des Mines, 7e série, 1879.

[37] Chimie et Industrie, 1914-1924. Dix ans d’efforts scientifiques, industriels et coloniaux, 1926, p.1321 et 1341.

[38] A.N. Et/CVII/991, délib. 1ère A.G. du 17-6-1875, déposée chez Me Bourget not. à Paris le 12-7-1875.

[39] S’y ajoutent les dynamiteries  d’Avigliana et Gengio, Italie, Bilbao, Espagne, Isleten, Suisse, Ciudad Bolivar, Vénézuela, Loewfontain, Transvaal, construite en 1885 après la découverte des mines d’or sud-africaines.

[40] Sur la synthèse des sociétés, cf. B HUEBER, exposé “ Histoire de Nobel Explosifs France et de ses dynamiteries de Paulilles et d’Ablon ”, à l’occas. centenaire de la mort de Nobel, Parc forestier de Sevran, 12-10-1996. Egal. BERGENGREN Erik, op.cit., ch. 15 “ La formation des trusts internationaux ”, p.92-104.

[41] Sur les Pams et la carrière politique de J. Pams, E. PRACA, “ Les Pams, une notable famille de commerçants roussillonnais, XVIIIe-XXe s. ”, La Clau n°1, Perpignan, 1998, p.63-94. Egal. “ Les débuts de l’usine de dynamite de Paulilles, première usine de dynamite établie en France, 1870-1880 ”, ét. inédite, Perpignan, 1998.

[42] PRACA Edwige, Les sociétés de secours mutuels et leur Union dans les Pyrénées-Orientales, XIXe-XXe s., Canet, 2000, p.67-81.

[43] Sur Le Play économiste, cf. PROCACCI Giovanna, Gouverner la misère, Paris, 1993.

[44] Les accidents sont plus nombreux que ne le donne le dossier SNPE en 1987. Le compte-rendu des accidents mortels figurant dans la presse est progressivement mis en ligne sur le site "Amis de Paulilles".

[45] Explosifs cheddites, chloratés et nitratés.

[46] A.D.P.O. 5M54, compte-rendu des travaux du Conseil départemental d’hygiène, PV des séances de 1924, Perpignan, 1925.

[47] A.D.P.O. 8S165.

[48] A.D.P.O. 8S165. Appareils avec dynamo générant de l’électricité et permettant l’allumage d’amorces.

[49] Sources orales. 3 machines dont 1 pour dynamite pulvérulente et 2 pour dynamite-gomme.

[50] Sources orales.

[51] BERGENGREN op.cit. p.102, HUEBER op.cit. p.5. En 1927, la Société Nobel Française possède alors six usines : 2 dynamiteries à Ablon et Paulilles, 1 usine de nitrocellulose à la Rivière St-Sauveur, 3 usines de celluloïd à Villenateuse, Stains et Chauffy.

[52] BERGENGREN et HUEBER op.cit. Après guerre, Jacques Leroux devient président de Nobel Française. Félix Variot dirige l’usine de Paulilles et Paul Perrot prend la direction des deux usines normandes d’Ablon et de la Rivière.

[53] BERGENGREN p.103. Séparation avec l’affaire anglaise Imperial Chemical Industries Ltd, pour une participation consid. dans les sociétés Duco (3 grandes usines de peintures et vernis au capital de 796 millions) et Isorel (3 usines de plaques de fibres de bois au capital de 819 millions).

[54] BERGENGREN p.103 et HUEBER p.7. Décision de Robert Gachet assurant en 1956 la présidence de Nobel Française.

[55] Part d'activité des 5 branches et principaux sites: Grande Industrie chimique et matières plastiques : 43% (Cuise-la Motte près de Compiègne). Explosifs : 28% (Ablon, Paulilles). Electro-métallurgie : 23% (2 usines en Savoie). Traitements de surface par électrolyse : 3,5% (Paris, Lyon, Toulouse). Marais salants d'Arzew (Oran) : "héritage du passé".

[56] D’après MOLLIER Jean-Yves, Le scandale de Panama, Paris, 1991, p.326-327 et 363.

[57] Il s’agit de Georges MALE, machiniste à la dynamiterie à compter de 1962. Témoignage oral.

[58] Sources orales et A.D.P.O. 86W26, répertoire des syndicats années 1940.

[59] Sources orales.

[60] Sources SNPE, op.cit.

[61] Témoignages Georges MALE et personnel ouvrier.

[62] BERGENGREN op.cit. p.103.

[63] Fin 1972, Nobel PRB Explosifs développe un chiffre d’affaires de 51 millions de francs et comprend 520 personnes. Son activité est la suivante : 2 dynamiteries à Ablon et Paulilles fabriquant 9500 tonnes de dynamites, une nouvelle activité dans le placage par explosif à Paulilles,1 usine d’encartouchage de nitratés et de fabrication de nitrate-fioul, 1 usine de nitrocellulose à La Rivière St Sauveur, une participation devenue majoritaire aux Ets Rey Frères avec fabrication de détonateurs, de mèche de mineur et de cordeaux détonants et une diversification dans le domaine de la chasse.

[64] M. JOSSE, D.D.E. Perpignan.

[65] Sources orales.