Paulilles - Fabrication de nitroglycérine - Procédé Nathan

Paulilles - Fabrication de nitroglycérine - Procédé Nathan

 

 

Procédé Nathan de fabrication de nitroglycérine

Selon la bibliographie locale, le procédé Nathan a été mis au point en 1901 et a perduré à la dynamiterie de Paulilles jusqu’en 1962. De fait, résultant d’un brevet anglais déposé en 1901-1903, l’appareil de nitration Nathan, Thomson et Rintoul permet un plus grand rendement dans la production de nytroglycérine. Ce procédé est appliqué à la production industrielle pour la première fois en 1903 à la fabrique royale anglaise de Waltham-Abbey et se répand ensuite dans les diverses fabriques d’autres pays. En 1904, il est employé par la Société Anonyme d’explosifs à Boceda, près de Villafranca (Toscane) et est également mis en usage par la Société Nobel à Avigliana, près de Turin.

Matériel et fabrication

Appelé nitreur-séparateur, cet appareil anglais consiste en un appareil nitreur ordinaire ayant un fond incliné et un couvercle conique tout en plomb, terminé au sommet par une cheminée d’évacuation des fumées acides (vapeurs nitreuses) et muni d’un regard en verre. Pour fabriquer la nitroglycérine, on verse lentement de la glycérine dans cet appareil, qui contient un mélange d’acides sulfurique et nitrique.

Cet appareil dans lequel tombe la glycérine a pour but d’éviter toute élévation de température susceptible de provoquer l’explosion de la nitroglycérine. Pour ce faire, la masse totale est brassée par une injection d’air comprimé et refroidie par des serpentins réfrigérés, de telle sorte que la température de la réaction s’établisse aux environs de 24-25 degrés. Les serpentins pour l’eau et pour l’air sont les mêmes que dans les anciens appareils mais plus développés, ils font réagir jusqu’à 300 kilos et plus de masse de glycérine à chaque opération.

A l’extrémité du couvercle en tronc conique étanche sort une goulotte par où est évacuée la nitroglycérine. Lorsque la réaction de la nitration est terminée et que la température s’est abaissée, l’ouvrier laisse reposer la masse quelques minutes, puis introduit lentement par le fond de la cuve des acides résiduaires provenant d’une opération antérieure et contenus dans un bac à charge. La nitroglycérine qui, par suite de sa faible densité, surnage sur l’ensemble du liquide, s’élève lorsque le niveau monte et est évacuée par le haut dans un récipient laveur[1].

Caractéristiques du procédé Nathan

 


 

Outre de bons rendements, l’appareil Nathan présente un avantage : il demande pour la manutention des locaux moins élevés et par conséquent moins périlleux que précédemment, puisque la nitroglycérine se déplace non plus par le bas mais par le haut du nitreur. Du regard en verre, on peut par ailleurs observer l’arrivée des acides résiduaires soulevant la nouvelle nitroglycérine et le moment où elle est déversée pour lavage dans le récipient contigu. Comme on a toujours deux appareils nitreurs appariés, pendant que la nitroglycérine atteint le stade de séparation dans l’un, un nouveau cycle de nitration commence dans l’autre.

L’iconographie de Paulilles permet donc de visualiser ces appareils par paire, dont la capacité de la cuve permet de traiter de 250 à 500 kg de glycérine. Toutefois, dans le procédé Nathan, la fabrication a lieu de manière « discontinue », autrement dit par charge entière de l’appareil, ce qui le rend dangereux en cas d’emballement et de décomposition explosive. Le danger se trouve accru en raison de la quantité de nitroglycérine se trouvant concentrée dans un seul local. A ce stade technique, on peut enfin trouver dans l’appareil de la nitroglycérine stagnante, source de décomposition dangereuse et nécessitant, comme l’indiquent les consignes 1930-1960, une indispensable et systématique vidange.

E. PRACA

 

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BIBLIOGRAPHIE

MOLINARI E. et QUARTIERI F., Notices sur les explosifs en Italie, Milan, 1913, p.149-151.

Centre d’information interprofessionnel, Monographie Explosifs, 1943.

SNPE Ingenierie SA, Etude des dangers de l’établissement désaffecté Nobel Explosifs France de Paulilles (Pyrénées-Orientales), 1987.

 

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA Edwige, Les procédés de fabrication de la dynamite. 1870-1984. Usine de Paulilles (Pyrénées-Orientales), Thème 3, Conservatoire du Littoral Languedoc-Roussillon, Montpellier-Perpignan, 2002, partie Equipement technique. Commentaires et iconographie.

PRACA Edwige, Nitroglycérine à Paulilles. Consignes particulières de la nitration. 1956, Site Amis de Paulilles, rubrique Risques, partie Protection sociale.


NOTES

[1] Après sa fabrication, elle est de fait diluée dans l’eau puis lavée pour être séparée de ses résidus acides.