A. NOBEL et la dynamiterie de Paulilles : impressions de voyages

A. NOBEL et la dynamiterie de Paulilles : impressions de voyages

 

 Coup de vent sur Paulilles - 2007

 

Quelle meilleure approche peut-on avoir d’Alfred Nobel que celle exprimée, naturellement, par les personnes qui en furent proches ? C’est ainsi que notre attention a été attirée par un article de Louis Roux intitulé « Les idées de Nobel » paru en 1904 dans la Revue Forézienne illustrée. Ce document témoigne des opinions et des voyages d'Alfred Nobel  au XIXe siècle, dont il fournit une illustration matérielle.

Le témoignage de Louis Roux

Ancien ingénieur en chef des Poudres et Salpêtres, Louis Roux est nommé directeur de la Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite, fondée en 1875 pour l’exploitation de cette dynamiterie des Pyrénées-Orientales. Inventeur de la dynamite, Alfred Nobel figure pour sa part à la présidence d’honneur de la même société, qui valide la nomination de l’ingénieur à ce poste de responsabilité. Tous deux comptent par ailleurs parmi les actionnaires originels de cette société d'explosifs.

Cette proximité d’intérêts accrédite en quelque sorte les indications de Louis Roux et notamment le regard posé par cet auteur sur Alfred Nobel. Comment l’inventeur de la dynamite perçoit-il la dynamiterie créée avec son concours dans les Pyrénées-Orientales ? Dans son article, Louis Roux indique qu’Alfred Nobel est appelé « assez souvent » par l’établissement méridional. Mais « les vents et les chaleurs excessives » rebutent l’inventeur qui, selon le directeur de la société, ne visite peut-être pas la fabrique aussi souvent qu'il l'aurait souhaité.

Une opinion à nuancer

Tramontane et canicule estivale apparaissent donc comme les ennemis de l’inventeur, pourtant célèbre, selon Louis Roux, « par sa volonté et son énergie indomptable ». De fait, effectués au tournant de l'an 2000, les premiers travaux de recherche attestent que Nobel vient une fois sur le site de Paulilles, lors des travaux de réfection de la fabrique consécutifs à l'explosion de 1877.

L'idée que Nobel ne consacre pas une importante part de son temps à l'usine de Paulilles doit toutefois être nuancée. Consultées ultérieurement, les archives de Suède attestent en effet de la venue de Nobel à d'autres reprises. Fréquentant les stations thermales européennes, celui-ci séjourne de fait dans les Pyrénées-Orientales, en villégiature et pour raisons de santé. Les archives suédoises témoignent également que l'inventeur de la dynamite considère la dynamiterie de Paulilles comme le fleuron de son patrimoine industriel.

En définitive, il convient donc de nuancer l'opinion de Louis Roux, dont le texte est par ailleurs l’un des derniers publiés par cet auteur, décédé cette même année 1904. Infatigable voyageur, Nobel arpente en définitive le site de Paulilles à diverses reprises, site pour lequel il manifeste, malgré les conditions climatiques, un constant intérêt.

E. PRACA

 

DOCUMENT - EXTRAIT

« Les idées de Nobel »

par Louis ROUX - 1904

 

« (…) On ne se rendrait pas compte exactement des idées et des actes de Nobel si on ne connaissait la nature et le caractère de l’homme.

Les personnes qui ont eu occasion de connaître et de fréquenter des Russes de la haute société, se le représenteront facilement. D’une politesse exquise, presque exagérée, et quoique assez froid dans les premiers moments, il arrivait assez rapidement presque à la familiarité. Mais, sous cette calme apparence, gisaient une volonté et une énergie indomptables. On peut s’en faire une idée en relisant l’histoire de ses premiers essais. Sans se laisser décourager par les accidents occasionnés, à l’origine, par l’emploi de la nitroglycérine, par les mesures rigoureuses prises par les divers gouvernements pour en interdire l’emploi et poursuivre les auteurs, il revient à la charge et parvient à surmonter tous les obstacles.

Parlant plusieurs langues, sans accent particulier, français, anglais, allemand, russe, et sans compter sa langue natale, toujours en voyage, allant une fois par an revoir sa vieille mère, en Suède, ne reculant devant aucune intempérie, si ce n’est peut-être les vents et les chaleurs excessives de la France méridionale, où il était appelé assez souvent par la fabrique de dynamite de Paulille (près de Port-Vendres), il avait adopté la France comme principal séjour et s’y était installé dans un hôtel relativement modeste, un pied-à-terre en quelque sorte, et ne se distinguait que par le luxe de son équipage.

Aussi, quoique sachant qu’il avait une grande fortune, son entourage a-t-il été quelque peu surpris d’apprendre, après sa mort, que le chiffre en était aussi élevé. (…) ».

Louis ROUX

Ancien ingénieur en chef

des Poudres et Salpêtres

 

 

BIBLIOGRAPHIE

Extrait de : ROUX Louis, « Les idées de Nobel », La Revue Forézienne illustrée, Saint-Etienne, décembre 1904, p.483-490.

DONNEES D'ETAT-CIVIL

Alfred NOBEL, ingénieur suédois : 1833-1896

Louis ROUX, ingénieur français : 1823-1904

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA Edwige, Alfred Nobel vu par Léonie Bernardini-Sjöstedt (1897), Site Amis de Paulilles, rubrique "Etudes".

PRACA Edwige, Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite - L. Roux - 1823-1904, Site Amis de Paulilles, rubrique Administration/Patronat.