EXPOSITION - Dynamiteries de PAULILLES et d'EUROPE du Nord - Textes

 

Carte de l'Europe du Nord - Epoque de Nobel

 

L'exposition intitulée "Dynamiteries de Paulilles et d'Europe du Nord" est la première des expositions d'histoire, tenue sur l'ancien site industriel les Pyrénées-Orientales. Réalisée à partir d'un album-souvenir daté de 1891, document rare conservé par la descendance du premier patronat de Paulilles, elle met en perspective les ressemblances et les différences au sein du patrimoine bâti des dynamiteries Nobel. Cette documentation exceptionnelle peut être comparée à celle de Paulilles à la même époque et témoigne en outre, de manière concentrée, des similarités de la chaîne opératoire.

Présentation générale


Personnel de l'usine de Vinterviken - Suède

Cette exposition a pour objet d'illustrer les rapports visuels et architecturaux existant entre la dynamiterie de Paulilles et celles d’Europe du Nord, dans les années 1870-1890. Inventeur de la dynamite, le Suédois Alfred Nobel fonde en effet un empire industriel couvrant l’espace européen. Depuis la Suède, l’industrie de la dynamite se répand alors selon un axe nord-sud, d’abord en Europe du Nord puis en Europe du Sud.

Au nord de cet espace, le centre névralgique de la production se situe à Hambourg, localisée en Allemagne à l’embouchure de l’Elbe. Cosmopolite et ouverte vers la mer, cette métropole attire des populations venues de tous horizons, parmi lesquelles figure Alfred Nobel. Le savant y établit sa principale société exportatrice de dynamite et y élit domicile de 1865 à 1873.

Au sud de l’Europe et cette fois ouverte sur la Méditerranée, est créée en 1870 la dynamiterie de Paulilles, rapidement complétée par celles d’Espagne et du Portugal, d’Italie et de Suisse, de Belgique. En 1873, Alfred Nobel quitte alors Hambourg pour Paris, la capitale étant située à égale distance de toutes ses entreprises, disséminées aux quatre points cardinaux. 

Un circuit européen


Album-souvenir aux armes de Hambourg

La fondation de Paulilles s’accompagne de la naissance d’un grand patronat, à l’exemple du Lorrain Amédée Hoffer (1847-1896). Lieutenant de Paul Barbe lors de la guerre de 1870, celui-ci dirige successivement les fabriques de Paulilles (France), d’Avigliana (Italie), d’Isleten (Suisse) puis de Hambourg en Allemagne (1870-1890).

Revenu brièvement à Paulilles, il est nommé en 1891 à Paris, directeur de la Société Centrale de Dynamite ou Trust des pays latins. A cette date, l’unification des dynamiteries Nobel est faite. Elle a débuté en temps de paix par la fédération de plusieurs sociétés que dirige A. Hoffer à Hambourg à compter de 1879, suivie de la « Deutsche Union » créée en 1884 par A. Nobel et A. Hoffer.

Au terme de ce parcours transeuropéen le menant de Paulilles à Hambourg puis à Paris, Amédée Hoffer décède prématurément en 1896 à l’âge de 49 ans. De son œuvre fédératrice, il reste toutefois un témoignage majeur : un album-souvenir de photographies, offert par ses anciens collaborateurs, dirigeants des fabriques réunies au sein de la fédération pionnière d’Europe du Nord.

Krümmel - Sur l'Elbe


Acide sulfurique - Desserte de manipulation des fûts

A compter de 1879, Amédée Hoffer administre donc une société comprenant plusieurs usines, dont la première est celle de Krümmel, anciennement fondée en 1865 et située non loin de Hambourg. Etablie sur la rive droite du fleuve, dans la région des bouches de l’Elbe, celle-ci bénéficie du transport fluvial et de la proximité de la mer pour la commercialisation de ses produits.

Le site industriel comprend à la fois un habitat fixant le personnel et de vastes fabriques de produits chimiques. La partie confortable de l’habitat se compose de la maison du directeur, à laquelle s’ajoutent les maisons individuelles ou collectives d’employés présents sur le site. Une place centrale sert de point de convergence aux diverses fabriques.

Parmi les fabriques, celle d’acide sulfurique comprend notamment une desserte surélevée, permettant le téléportage des fûts métalliques. Celle de traitement de la cellulose est desservie par chemin de fer, permettant la livraison des matières premières. Enfin, l’installation d’une grande unité au bord du fleuve illustre le rôle fondamental de l’eau douce, indispensable au traitement et au rinçage de la nitroglycérine.

Schlebusch - Région rhénane


Cheminée à vapeur près des ateliers de réparation

Située en Prusse rhénane, c’est-à-dire à l’ouest de l’Allemagne, la fabrique de Schlebusch est pour sa part établie sur le Dhünn, un affluent du Rhin. Alimentant les mines de la Rhur, cette unité fait partie de celles réunies en 1874 par Alfred Nobel au sein de la « Dynamit Actien Gesellschaft » (DAG), société que dirige Amédée Hoffer à compter de 1879.

A Schlebusch, la présence d’un habitat ouvrier témoigne du paternalisme social appliqué à la main-d’œuvre. Au plan industriel, de vastes espaces ouverts sont dévolus au stockage et au transport des matières. Aux ateliers de machines et des réparations, une immense cheminée centrale témoigne de l’usage de la vapeur comme force motrice.

La traction animale et le chemin de fer servent au transport des pondéreux sur de longues distances. La circulation intérieure des matières s’effectue par guidage manuel, au moyen de plateformes montées sur rails à voie étroite. De modeste dimension et pour raisons de sécurité, la fabrique « d’huile explosive » ou de nitroglycérine est pour sa part placée derrière un merlon, levée artificielle de terre dans un paysage visiblement plat.

Zamky - Près de Prague


Caserne ouvrière et raffinerie de salpêtre sur la Moldau

Nobel dispose également des usines de Zamky, fondée en 1868, et de Presbourg, datée de 1873. Localisée en Bohême centrale près de Prague, dans l’actuelle Slovaquie, la fabrique de Zamky est par contraste située dans un environnement de montagnes. Pour les besoins de la production, elle est placée au débouché d’une vallée ouverte sur une large rivière.

Affluent de l’Elbe, la Moldau est bordée des ateliers nécessitant une protection réduite, et par une vaste caserne ouvrière accédant à son cours et à sa vue. Séparés les uns des autres, les ateliers à risques sont pour leur part encaissés dans la montagne. Ceints de murs de protection et de merlons recouverts de végétation, ils sont longés par une voie ferrée.

De caractère plus accessible, l’espace des machines est situé au débouché d’une gorge ou d’un ravin. En définitive, le site dynamitier épouse le relief environnant, sur lequel il appuie son architecture. L’eau constitue toujours une ressource naturelle nécessaire aux étapes de la fabrication, mais elle sert aussi au rejet de résidus chimiques qu’elle entraîne dans son cours.

Presbourg en Slovaquie


Sapeurs-pompiers et personnel ouvrier à l'entrée de la fabrique

L’iconographie de la fabrique de Presbourg se différencie de celle des autres fabriques du groupe Nobel par certaines particularités. La création de l’usine de Presbourg - Pressburg - actuel Bratislava, date de 1873. Située non loin de la frontière austro-hongroise, elle constitue l’unité la plus orientale du groupe initial de sociétés constitué par A. Nobel et dirigé par A. Hoffer.

La fabrique de Presbourg se définit comme une fabrique de « poudre sans fumée » ou « poudre balistite », nouvelle matière inventée en France par Alfred Nobel en 1887, et susceptible d’être utilisée comme poudre à canon. Aussi l’iconographie ne présente-t-elle que des vues générales de cet ensemble industriel dangereux, qui plus est à vocation militaire.

On observe ainsi la présence d’un mur d’enceinte marquant les limites du site, les cheminées d’ailleurs visibles sur toutes les unités Nobel de production, le rideau d’arbres destiné à offrir une protection relative. Une photographie unique et exceptionnelle résume pour ainsi dire les caractéristiques du site : celle des sapeurs-pompiers et du personnel de la fabrique, rassemblés à l’entrée, devant les tours de garde.

Saint-Lambrecht - Alpes autrichiennes


Bâtiments des résidus acides et de la machine à vapeur

Enfin, la dynamiterie de Saint-Lambrecht se situe dans les Alpes autrichiennes, plus précisément dans la montagne de Kalkberg. Cette montagne est réputée pour la présence d’une magnésie très fine entrant, sans aucun doute possible, dans la composition de la dynamite. Dès lors, l’iconographie résume les principaux aspects d’un patrimoine bâti logiquement adapté à un processus traditionnel de fabrication.

La fabrique offre en effet toutes les caractéristiques d’une dynamiterie classique. Le laboratoire détermine tout d’abord le dosage des produits chimiques nécessaires à la préparation de la nitroglycérine, dont les résidus sont, après filtration, conservés pour un emploi ultérieur. En raison des risques d’explosivité, la fabrication de la dynamite s’effectue pour sa part et comme toujours dans des cabanes isolées, semi enterrées et recouvertes de végétation.

En définitive, l’iconographie des ateliers de Saint-Lambrecht illustre les deux principales phases de préparation de l’explosif, celle de fabrication de nitroglycérine suivie de celle de fabrication de dynamite. Cette dynamiterie s’apparente dès lors à celle de Paulilles, dont elle ne se différencie, globalement, que par son altitude et par sa localisation au cœur de l’espace européen.

Paulilles - En Méditerranée


Vue partielle du site - 1887

Au terme de l’album-souvenir offert au directeur de sociétés Amédée Hoffer, figurent également plusieurs portraits de ses collaborateurs, promoteurs célèbres de l’industrie de la dynamite en Europe. Sur le rivage méditerranéen, le cordon ombilical de cette histoire est toutefois représenté par la dynamiterie de Paulilles, dont une série inédite de photographies date de 1887.

Complétant l’album-souvenir de 1891, les images pionnières du site de Paulilles enrichissent de fait la connaissance du patrimoine bâti des dynamiteries, mais illustrent aussi, de l’intérieur, l’équipement technique dont elles disposent. Diverses étapes apparaissent alors : filtration de la nitroglycérine, broyage des matières absorbantes, pétrissage manuel lors de la fabrication de la dynamite.

Ouverte sur la Méditerranée, la dynamiterie de Paulilles témoigne enfin de la commercialisation de ses produits vers le continent africain et les espaces lointains. Au terme de ce tour d’horizon, se profile toutefois une unique et systématique lacune : l’absence ou plutôt la non-représentation des femmes dans le système de production. Or la main-d’œuvre féminine constitue une part essentielle de ce passé industriel : une lacune historique à combler, lors d’une prochaine exposition.

E. PRACA

Commissaire d'exposition 2016

 

POUR EN SAVOIR PLUS

  • Travaux préparatoires

E. PRACA, De Paulilles à l'Europe - Réseau familial et industriel des pionniers de la dynamite - 1870-1918 - Rubrique Etudes

  • Présentation de l'exposition

E. PRACA, Exposition - Dynamiteries de Paulilles et d'Europe du Nord - 2016  - Rubrique Patrimoine

  • Plan de l'exposition

E. PRACA, Exposition - Dynamiteries de Paulilles et d'Europe du Nord - Plan - Rubrique Etudes