Société Française de Construction d’Outillage à Air Comprimé - 1908

Société Française de Construction d’Outillage à Air Comprimé - 1908

 

Marteau perforateur à main sur béquille pneumatique 

Col. Nobel Française

 

Fondée en 1908, la Société Française de Construction d’Outillage à air comprimé est une petite société anonyme au capital de 400 000 F dont le siège social est fixé 44 bis avenue de Châtillon à Paris. Bénéficiant de brevets anglais, cette société a pour objet la construction et la vente de marteaux pneumatiques, ainsi que de toutes machines, outils et appareils relevant de l’industrie mécanique[1]. Il s’agit de la dernière entreprise fondée par Frédéric Combemale (1848-1908), tout d’abord dirigeant de dynamiteries Nobel, avant de s’orienter vers les travaux publics internationaux.

Réseau Combemale – Hersent

Au-delà des aspects techniques, en constante évolution, la formation de la société témoigne surtout de la cohésion du réseau familial et professionnel de ses fondateurs. Parmi les quinze souscripteurs d’actions figurent en effet les membres des familles Combemale, Hoffer, Maury, Michelon et Porte, toutes alliées par mariage. Les principaux actionnaires sont les trois chefs de familles : Frédéric Combemale, fondateur, Arthur Maury et Jules Michelon, entrepreneurs de travaux publics, auxquels sont associés certains de leurs fils. Ces fondateurs sont notamment les dirigeants des grands chantiers du groupe Hersent, dont les frères Georges et Jean-Baptiste Hersent sont également actionnaires de la société[2].

Pierre Darteyre

Au sein de ce réseau professionnel et de la même manière, figurent d’autres entrepreneurs de travaux publics ayant exercé des activités au Portugal, en Turquie ou en Amérique du Sud. Tel est le cas de Pierre Darteyre (1854-1927), promotion 1872 de l’école d’ingénieurs des Arts et Métiers d’Angers. Ingénieur d’exploitation et de construction aux travaux des chemins de fer portugais, à Lisbonne, Beira et aux Açores, il devient ensuite directeur des travaux du port de Salonique[3]. Il apparaît également comme mandataire de la famille Hersent dans les réunions de la société.

René d’Englesqueville

Les actionnaires René d’Englesqueville et Joseph Faure font partie d’un même réseau familial. René Cotton d’Englesqueville (1863-1940) est ingénieur diplômé des Arts et Manufactures promotion 1886[4]. Il dirige d’importants travaux en Turquie[5], Espagne, Etats-Unis puis notamment au Chili, où il devient vice-président de la Bethlehem Chile Iron Mines Co. et administrateur délégué des Hauts-Fourneaux, Forges et Aciéries du Chili[6]. Initialement ingénieur des mines, il est l’époux de Marguerite Jeantet (1869-1917), fille du percepteur du Creusot, dont l’oncle maternel est Joseph Faure[7], également actionnaire de la nouvelle société.

Joseph Faure

Fils d’un avocat de province, Joseph Faure (1843-1931) est ingénieur civil des mines diplômé de l’école des mines de Saint-Etienne. Promoteur notamment de l’industrie minière et métallurgique en Tunisie (1897-1898) et en Algérie, il est fondateur de diverses sociétés industrielles ou commerciales. Chevalier de la Légion d’Honneur en 1899, officier en 1921, il est alors vice-président de la Chambre Syndicale française des Mines Métalliques, également administrateur de la Banque Transatlantique, de la Banque de Tunisie et de la Banque Commerciale du Maroc[8]. Dans l’intervalle, en 1918, les témoins au mariage de son fils Frédéric sont Louis Loucheur, ministre de l’Armement et des Fabrications de Guerre, et René d’Englesqueville précité[9].

Ernest Singer

Le banquier Ernest Singer (1852-1919) est pour sa part l’aïeul paternel de Colette Max, future épouse de Pierre Laroque[10], fondateur de la Sécurité Sociale. Né à Vienne en Autriche, fils d’Hermann Singer et de Caroline Joël, Ernest Singer appartient à une vaste fratrie. En 1886, il épouse à Paris Alice Kuppenheim[11], fille d’un négociant lyonnais, d’où sont issus plusieurs enfants. De l’union d’Yvonne Singer, fille des précédents[12], avec le chimiste Jules Max (1908)[13], est notamment issue Colette Max, née en 1909. Celle-ci épouse donc en 1940 à Vichy le haut fonctionnaire Pierre Laroque, résistant lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Conclusion

En définitive, bien que dissoute par anticipation, la petite société d’outillage pneumatique fondée par Frédéric Combemale témoigne tout d’abord de l’importance croissance accordée à cette forme d’outillage dans les travaux publics. Plusieurs notices des sociétés Nobel sont d’ailleurs consacrées à l’évolution technique de ce secteur d’activité. Ayant initialement pour base l’essor de la dynamite et réunissant les principaux acteurs des travaux publics, la fondation de cette entreprise de matériel pneumatique témoigne ainsi de la triangulation existant entre ces diverses activités.

Enfin, au sein de la société, si les familles Combemale et alliées sont détentrices de la majeure partie des actions, toutes les instances concourent toutefois à l’essor mondial des travaux publics, et représentent notamment la famille Hersent, leader sur ce marché. La liste des souscripteurs de la société complète ainsi la connaissance du grand patronat de ce secteur, et témoigne de la cohésion interne de son système d’administration. Certains membres de cet actionnariat deviennent également proches du pouvoir politique, au sein duquel ils sont progressivement appelés à exercer des responsabilités[14].

E. PRACA

 

 

Société Française de Construction

d’Outillage à air comprimé - 1908

Souscripteurs et nombre d’actions

 

1        –  Frédéric COMBEMALE, ingénieur, 94 bd Flandrin à Paris – 600

2        – Jules COMBEMALE, rentier, 12 rue de Rome à Paris – 250

3        – André CHAMPRIGAUD, docteur en médecine, 106 r. de la Faisanderie, Paris – 250

4        – Pierre DARTEYRE, ingénieur, 10 rue Rosa Bonheur à Paris – 125

5        – René D’ENGLESQUEVILLE, ingénieur, 6 rue de Mâcon, au Creusot – 50

6        – Joseph FAURE, ingénieur, 199 avenue Victor Hugo à Paris – 450

7        – Georges HERSENT, ingénieur, 60 rue de Londres à Paris – 250

8        – Jean-Baptiste Delphin HERSENT, ingénieur, 60 rue de Londres à Paris – 250

9        – Xavier HOFFER, ancien officier de marine, à Kerhuel, Finistère – 100

10     – Arthur MAURY, ingénieur, 29 avenue d’Eylau, Paris – 600

11     – Jules MICHELON, entrepreneur de travaux publics, 2 Villa Scheffer, Paris – 465

12     – Alphonse PORTE, docteur en médecine, 186 avenue Victor-Hugo à Paris – 300

13    – Pierre PORTE, ingénieur, 7 avenue du Trône à Paris – 10

14     – Maurice PORTE, publiciste, 6 avenue Alphand à Paris – 200

15     – Ernest SINGER, propriétaire, 5 rue Henri de Bornier à Paris – 100

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POUR EN SAVOIR PLUS
 
PRACA E, Patronat et direction de la dynamiterie de Paulilles en 1870, Site Amis de Paulilles, rubrique Administration/Patronat.
 
 
Sur l'histoire culturelle d'Alphonse et Maurice Porte : Maurice PORTE - 1880-1941 - Site E. Praca, Rubrique Culture.
 
 


 

[1] Archives Nationales, Paris. Les brevets sont apportés par The Climax Patents Limited, société anglaise à responsabilité limitée dont le siège est à Manchester.

[2] Sur 15 souscripteurs, figurent 8 membres des familles Combemale et alliés : Frédéric Combemale et son fils Jules, Xavier Hoffer, Arthur Maury, Jules Michelon, Alphonse Porte et ses deux fils : Pierre et Maurice. Total : 2525 actions souscrites/4000. Georges et J.-B. Hersent souscrivent 500 actions. A noter : les médecins Champrigaud et A. Porte sont également investisseurs dans les eaux minérales de Vals, en Ardèche.

[3] Biographie Pierre Darteyre sur Internet, site Patrons de France.

[4] Annuaire Anciens Elèves de l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures, 1938, p.238.

[5] Naissance de sa fille Paule en Turquie en 1895.

[6] Il crée au Chili le complexe minier et sidérurgique de Tofo.

[7] Archives Ville de Paris, 8e, V4E 8701, n°466 du 7-6-1894, acte mariage entre René d’Englesqueville et Anne Marguerite Jeantet, fille de Pierre Jeantet et Jeanne-Marie-Faure. Les Faure sont originaires d’Asques, en Gironde. Pierre Jeantet fut également caissier de la Trésorerie générale de la Côte d’Or.

[8] Site Léonore, LH/941/54. Egalement www.entreprises-coloniales.fr.

[9] Le Figaro, 8-8-1918 : mariage entre Frédéric Faure et Jacqueline Bouchelet de Vendegies d’Hust.

[10] Marie Colette Max (1909-2008) ; Pierre Laroque (1907-1997).

[11] Archives Ville de Paris, V4E 6103 : mariage à Paris le 25-1-1886 entre Ernest Singer et Alice Valérie Kuppenheim, née à Lyon en 1863. Otto Singer, frère d’Ernest, est courtier à la Bourse de Paris.

[12] Marie Yvonne Singer, née à Chatou en 1890, décédée en 1965.

[13] Jules Max (1882-1962), fils du fabricant et négociant en produits chimiques Alfred Max (1842-1907) : site Geni ; Archives Ville de Paris V4E 3599 : acte naissance Jules Max, 24-10-1882. Mariage Jules Max et Marie Yvonne Singer le 9-11-1908.

[14] Dernier exemple de cet aspect : la société a pour commissaire aux comptes Raoul de Charbonnières (1879-1950), banquier et administrateur de sociétés, gendre de l’actionnaire Arthur Maury. Raoul de Charbonnières est époux de Marguerite Maury, d’où Guy de Charbonnières né en 1907, futur diplomate, engagé dans la France Libre à Londres en 1943.