Jack LEROUX et Elisabeth BARBIER – Réseaux de RENSEIGNEMENT

Jack LEROUX et Elisabeth BARBIER – Réseaux de RENSEIGNEMENT

 

Réseau Saint-Jacques - Paris - Plaque commémorative

 

Dans la première partie d’un rapport qu’elle consacre à son action de Résistance, Elisabeth Barbier évoque son action clandestine de renseignement, durant les années 1940-1942. Au cours de cette période, elle transmet notamment au réseau Saint-Jacques des informations communiquées par son beau-frère, Jack Leroux, se trouvant à la tête des principaux organismes de fabrication d’explosifs en France.

Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, le statut professionnel de Jack Leroux apparaît en effet exceptionnel : dirigeant le syndicat des fabricants d'explosifs industriels et le Comité d'organisation de la profession, il devient également dirigeant de l'O.P.A - Omnium des Produits Azotiques, consortium industriel d'initiative franco-allemande - tout en figurant, dans l'ombre, comme un Résistant de la première heure. Une occasion de contacts entre réseaux pratiquant la résistance en famille, attestée en 1945 par Elisabeth Barbier.

Exposé des faits

Chez les Barbier, la résistance se pratique en effet en famille. C’est ainsi que Jack Leroux, président du Syndicat des fabricants d’explosifs industriels et beau-frère d'Elisabeth Barbier, lui communique les emplacements de diverses usines de guerre travaillant pour les Allemands, et particulièrement des poudreries nationales de la zone occupée. Il s’agit alors des trois poudreries de Blancpignon près de Bayonne, de St Médard près de Bordeaux et d’Angoulême en Charente, exploitées pour le compte des Allemands par l’Omnium des Produits Azotiques (O.P.A.).

Elisabeth Barbier est ainsi l’une des rares personnes à connaître l’activité clandestine de son beau-frère, fondateur nominal de l’O.P.A. et dirigeant du Comité d’organisation des explosifs. Au terme de la guerre, celui-ci est inculpé d’ « atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat », incarcéré puis ensuite libéré, à la suite d’une instruction « ayant prouvé son patriotisme ». Tel est dans un premier temps l’exposé des faits, figurant dans le rapport d’Elisabeth Barbier.

Printemps 1941 : réseau Saint-Jacques

De fait, l'O.P.A. et les tractations allemandes apparaissent rapidement sous surveillance. Plus précisément, dès octobre 1940, Elisabeth Barbier collabore au réseau de renseignements Saint-Jacques, créé à Paris par Maurice Duclos, dispersé en août 1941. Etablissant la première liaison radio entre Paris et Londres en avril 1941, et donc un premier contact avec les forces françaises libres, le rôle du réseau de renseignement Saint-Jacques s’avère essentiel.

Elisabeth Barbier transmet notamment à ce réseau le rapport Doyen relatif aux conditions d’armistice, émanant de la commission de Wiesbaden, rapport ensuite commenté à la radio française de Londres. Elle transmet également des informations concernant l’O.P.A. dont la fondation résulte de négociations menées à Wiesbaden depuis février 1941, et dont la création officielle remonte au 17 avril 1941. C’est donc entre cette date et août 1941, qu’Elisabeth Barbier fait parvenir au réseau St Jacques des informations émanant de son beau-frère, Jack Leroux, et concernant ce consortium d’entreprises poudrières.

Réseaux Scorpion et Vaneau

A compter de février 1941, Jack Leroux devient pour sa part membre du mouvement « Ceux de la Libération », qui recrute dans les milieux de l’aéronautique, et membre du réseau Scorpion, infiltrant l’O.P.A. de l’intérieur. Ce réseau coordonnant le renseignement nécessaire aux attaques aériennes des alliés, les poudreries font ensuite l’objet d’attaques de la Royal Air Force, se poursuivant jusqu’en mai 1944. Au sol, le rendement des entreprises est pour sa part freiné par une main-d’œuvre effectivement recrutée à cet effet.

Ne figurant pas dans le rapport d’Elisabeth Barbier, cette dernière part d’informations relève du dossier de Jack Leroux, et de l’histoire de la Résistance. C’est toutefois dans le cadre de cette grille de lecture que s’inscrit l’extrait de rapport d’Elisabeth Barbier concernant son beau-frère. Enfin, hors du renseignement, plusieurs membres de cette même famille se retrouvent au sein du réseau Vaneau, pour sa part consacré par cette Résistante à l’aide matérielle apportée aux aviateurs alliés.

E. PRACA

 

DOCUMENT

Extrait du rapport de résistante

 d’Elisabeth Barbier - 22 mai 1945

 

« De son côté, mon beau-frère, M. Jack Leroux, alors Président du Syndicat des Fabricants d’explosifs industriels, m’a, entre autres renseignements, communiqué les emplacements de diverses usines de guerre travaillant pour les Allemands et particulièrement des Poudreries Nationales de la Zone occupée qu’une Société privée, l’Omnium des Produits Azotiques (O.P.A.), créée spécialement sur ordre du Gouvernement, avait été chargée d’exploiter pour le compte allemand. Ces poudreries étaient : Blancpignon, St Médard et Angoulême.

Aussi, quel n’a pas été mon étonnement d’apprendre, lors de mon retour de Ravensbrück, que M. Leroux, dont j’ai connu l’action anti-allemande dans la direction du Comité d’organisation des Explosifs, avait été inculpé d’ « atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat » et incarcéré deux mois et demi pour être apparu comme fondateur nominal de cette Société O.P.A….J’en ai été très émue mais, heureusement, l’instruction a prouvé le patriotisme agissant de M. Leroux, l’erreur commise à son égard n’ayant été motivée, à mon avis, que par le secret quasi absolu dans lequel toute son action patriotique a été menée et que, par suite des circonstances, j’ai été une des rares personnes à connaître ».

___________________________

 

SOURCES

Service historique de la Défense : dossier de Résistante d'Elisabeth Barbier.

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA E., Elisabeth BARBIER - Grande patriote française, site Amis de Paulilles, rubrique Administration/Patronat.

PRACA E., Jack LEROUX - DYNAMITE et RESISTANCE, site Amis de Paulilles, rubrique Administration/Patronat.

PRACA E., Généalogie BARBIER sur Geneanet.