Jack LEROUX - DYNAMITE et RESISTANCE

Jack LEROUX - DYNAMITE et RESISTANCE

 2nde GUERRE MONDIALE

 

Jack Leroux - Président de NOBEL Française

 

L’ingénieur Jack Leroux (1901-1956) est administrateur de sociétés d’explosifs relevant à la fois du groupe Barbier auquel il est allié par mariage et du groupe Nobel auquel il accède au début du second conflit mondial. Résistant lors de la guerre 1939-1945, il intègre le réseau « Scorpion » et est en relation avec le réseau « Vaneau », auquel il apparaît également lié par des liens familiaux. Titulaire de la médaille de la Reconnaissance française, il préside ou administre encore au terme du conflit, les principales sociétés françaises du groupe Nobel, jusqu’à son décès survenu en 1956. Sa biographie constitue un maillon inédit dans l’histoire de la Résistance et de l’immédiat après-guerre.  

Débuts professionnels et familiaux

Né le 8 juin 1901 à Paris (10e), Jack Leroux est le fils de Marie Albert Leroux, boucher en gros et administrateur de sociétés, et de Lucie Bestault. Devenu bachelier es sciences, il est appelé en 1921 au 2e bureau de recrutement de la Seine, et effectue son service militaire dans l’artillerie. Issu de la promotion 1923 des Arts et Manufactures, il débute en 1925 comme ingénieur chez Michelin puis rejoint la Société des Immeubles E. J. Bauli où il demeure de 1925 à 1935. Il cumule cette activité avec celle d’ingénieur, directeur puis administrateur de la SA Maison Paul Hory, poste qu’il occupe de 1927 à 1941. Comptant trois usines réparties en France, cette société est spécialisée dans la fabrication, le commerce en gros et l’exportation de coutellerie, et s’inscrit dans le cadre de son réseau parental.

En 1926, Jack Leroux a épousé Henriette Barbier, d’où est issue une fille, Jacqueline Leroux, née l’année suivante. Ce mariage infléchit dès lors le parcours professionnel de l’ingénieur, en l’orientant vers de nouvelles fonctions dans l’industrie des explosifs. Son épouse, Henriette Barbier, est en effet la fille d’Eugène Barbier (1885-1941), industriel de cette branche, et la petite-fille d’Eugène Barbier (1851-1944), fondateur en 1893 de la Société anonyme d’Explosifs et de Produits chimiques (EPC). A Paris, la famille Leroux s’installe 5 rue Davioud (16e) en 1934, et l’année suivante Jack Leroux entame une nouvelle carrière d’administrateur, cette fois liée à son réseau matrimonial.

Fonctions dans l’industrie des explosifs

Par alliance familiale, Jack Leroux entre tout d’abord au conseil d’administration de la SA d’Explosifs et de Produits chimiques à compter de 1935. En 1940, il intègre le conseil de la Société Nobel Française, à la suite du départ d’administrateurs atteints par la limite d’âge, suivant une nouvelle loi fixant cette limite à 70 ans. Il devient enfin administrateur de la Société des Poudres de Sûreté en 1941 ; il est alors âgé de 40 ans. Dans l’intervalle, il est devenu président du Syndicat des Fabricants d’Explosifs et Produits Accessoires, syndicat patronal ayant pour vocation de représenter l’industrie pyrotechnique, et regroupant un vaste ensemble d’entreprises dans les secteurs des explosifs et de la chimie.

Durant l’Occupation, Jack Leroux participe également à l’organisation dirigée de ces branches industrielles. Nommé membre de la Commission supérieure des poudres et explosifs de guerre début 1939, il devient directeur, pour l’industrie privée, du Comité d’Organisation des Explosifs en 1941, puis membre du Conseil de l’Union des Industries chimiques en 1942. Pour l’essentiel, il occupe une position stratégique à la tête de deux de ces entités : d’une part, comme président du Syndicat des Fabricants d’Explosifs et Produits Accessoires (1937-1942), et d’autre part comme directeur du Comité d’Organisation des Explosifs (1941-1945). C’est par cette double appartenance et en lien avec son réseau familial que Jack Leroux rejoint la Résistance.

Mouvement "Ceux de La Libération" - C.D.L.L.

Capitaine de réserve, J. Leroux a suivi de 1927 à 1939, les cours de perfectionnement de l’Ecole d’Officiers de Réserve (E.O.R.) de Poitiers. Incorporé au service actif le 24 août 1939, mobilisé le 28 août, il est affecté, comme capitaine adjoint, au groupement de Projection n°2 du 401e Régiment d’Artillerie de Défense contre les Aéronefs (R.A.D.C.A), en garnison à Meaux. Participant à la défense antiaérienne de la capitale, il est cité à l’ordre des Forces Terrestres Antiaériennes (F.T.A.) de l’Armée de Paris et obtient la Croix de guerre le 13 juillet 1940.

Moins d’un an plus tard, en février 1941, il entre dans la Résistance française. Il rejoint le mouvement « Ceux de la Libération » (C.D.L.L.), dont le manifeste éponyme, « Français, nous serons ceux de la Libération », est diffusé en octobre 1940. Du 15 février 1941 au 30 septembre 1944, il appartient dès lors aux Forces Françaises Combattantes (F.F.C) en qualité d’agent P.1, et compte ainsi parmi les agents de renseignements travaillant d’une manière habituelle pour la Résistance. Dans le cadre du C.D.L.L, Jack Leroux devient en effet membre du réseau « Scorpion », placé sous l’autorité du chef de réseau, René Humberdot (1896-1986). Son rôle dans l’industrie apparaît alors essentiel.

Réseau de Résistance "Scorpion"

De fait, par sa situation de président du Syndicat des explosifs et de directeur du Comité d’organisation des Explosifs, mais aussi de fondateur nominal de l'Omnium des Produits Azotiques, Jack Leroux fait nommer en juillet 1941, René Humberdot, commandant du réseau « Scorpion », comme conseiller social de l’O.P.A., consortium de sociétés récemment lié par un traité franco-allemand. Il lui permet ainsi de remplir « la mission qu’ils avaient déterminée ensemble en février » de cette même année, mission en grande partie aérienne. Le mouvement « Ceux de la Libération » recrute en effet dans les milieux de l’aéronautique et le réseau « Scorpion » coordonne, de l’intérieur, le renseignement nécessaire aux futures attaques aériennes des alliés.

Le rôle de Jack Leroux se conjugue donc avec ceux d’Humberdot et de Paul Vinette, « qui a établi le service de renseignement Air du C.D.L.L. en liaison avec l’Intelligence Service ». Dès lors, depuis l’Angleterre, la Royal Air Force Bomber Command est à l’origine de nombreuses opérations ciblant en France des points stratégiques : camp de Mailly, usine Michelin de Clermont-Ferrand, poudrerie de Toulouse, poudrerie de Saint-Médard en Gironde. Dépendant de l’Omnium des Produits Azotiques, cette usine est ainsi bombardée dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1944, sans enregistrer de pertes.

Réseau de Résistance « Vaneau »

Les interventions de la Royal Air Force s’appuient par ailleurs sur le lien établi entre les réseaux « Scorpion » et « Vaneau ». Jack Leroux est lui-même « agent auxiliaire en liaison avec le réseau Vaneau » et à ce stade, la Résistance se pratique par l’entremise de son réseau matrimonial. Belle-sœur de Jack Leroux, Elisabeth Barbier (1912-1968) est en effet et initialement membre-clé de la ligne d’évasion Comète, destinée au sauvetage et à l’exfiltration d’aviateurs de la Belgique vers l’Espagne. Elle devient au 1er mars 1943 responsable et chef de groupe du réseau Vaneau, un important réseau d'évasion d'aviateurs alliés. Camille Barbier (1889-1962), mère d’Elisabeth et par ailleurs belle-mère de Jack Leroux, participe au même réseau comme chef d’équipe. Les deux femmes sont arrêtées en juin 1943, avant d’être déportées au camp de Ravensbrück jusqu’au terme de la guerre. 

Pour sa part, Jack Leroux, dont la résistance fut très secrète en raison de ses hautes fonctions, est inculpé à la Libération dans « l’affaire de l’Omnium des Produits azotiques », ce qui suscite « les protestations motivées de tous les Ministères intéressés auprès du Garde des Sceaux ». Cette résistance attestée est également vérifiable au faible volume des livraisons d'explosifs. Correspondant au total « à la consommation allemande pendant un seul mois », la valeur financière des livraisons françaises au Pulverplan apparaît faible et la production en est « visiblement fort réduite, surtout à partir de 1943 ». Le constat est comparable à la société Nobel Française : positifs en 1941 et 1942, en équilibre en 1943, les résultats financiers sont déficitaires en 1944 et 1945 : au sol, les poudriers de la Résistance ont contribué efficacement au marasme de la production.

Immédiat après-guerre

Après la guerre et sa libération consécutive à son rôle antérieur, Jack Leroux est nommé sur proposition du ministère de la Production Industrielle, officier de liaison au sein de l’A.S.T.O., corps militaire d'Assimilés Spéciaux pour les Territoires Occupés, créé en mars 1945. Le 1er juin 1945, dépendant de la Défense Nationale, il est muté comme lieutenant-colonel à la Mission Militaire pour les Affaires Allemandes (M.M.A.A) à Berlin, en qualité d’expert pour les poudres et explosifs. Au total, il demeure durant six mois représentant de la Direction des poudres à la Commission interalliée de Berlin, du 1er juin au 1er décembre 1945.

Rendu à la vie civile, l’ingénieur accède ensuite à la présidence de la Société Nobel Française et à l’administration de la Société Centrale de Dynamite en 1946, à l’administration de la société « Cheddites » en 1948. Il apparaît comme président délégué de l’Union chimique de l’Ouest Africain (UCOA) dont le siège est situé à Conakry (Guinée française) et le bureau à Paris. A la tête des sociétés Nobel, il décède à Paris le 21 janvier 1956 à l’âge de 54 ans, après avoir été décoré de la médaille de la Reconnaissance française pour faits de Résistance en 1948 et nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1951, au titre du ministère de l’Industrie et du Commerce.

E. PRACA

SOURCES

Site Léonore : dossier LH de Jack LEROUX.

Service historique de la Défense, Vincennes : dossier de Résistant de Jack LEROUX.

NOTES

Appareil de notes disponible pour une publication papier de cet article.

BIBLIOGRAPHIE

Notamment un ouvrage complémentaire :

COURAU Claude, Les poudriers dans la Résistance - Saint-Médard-en-Jalles (1940-1944), Editions des Régionalismes, Cressé, 2013 -

Illustration du bombardier "Lancaster" extraite de cet excellent ouvrage.

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA E., Elisabeth BARBIER, grande patriote française, site Amis de Paulilles, rubrique Administration/Patronat.

PRACA E., Jack LEROUX et Elisabeth BARBIER – Réseaux de RENSEIGNEMENT, site Amis de Paulilles, rubrique Administration/Patronat.

PRACA E Généalogie BARBIER sur Geneanet.