Paul BARBE - Notice de la Société des Ingénieurs civils - 1890

Paul BARBE - Notice de la Société des Ingénieurs civils - 1890

 

Paul Barbe (1836-1890) - Col. Fondation Nobel

 

En 1890, un éloge funèbre prononcé au sein de la Société des Ingénieurs civils retrace la carrière de Paul Barbe et paraît dans le périodique Le Fer. Ce discours fait apparaître les différentes facettes de la carrière de cet ancien ingénieur, tant dans l'industrie que dans la colonisation agricole, mais souligne surtout la défense menée par Paul Barbe, devenu homme d'affaires, contre tous les monopoles et barrières administratives.

Initiatives industrielles

Ancien élève de l’Ecole polytechnique et de l’Ecole de Metz, P. Barbe devient ingénieur civil et membre de la société à compter de 1863. Mobilisé en 1870 et reconnu comme brillant défenseur de la place de Toul, il devient promoteur de la dynamite en France et crée la dynamiterie de Paulilles pour les besoins de la Défense nationale. Avec Alfred Nobel, il procède ensuite à l’implantation de dynamiteries en Europe et au-delà, « en Italie, en Suisse, en Espagne, en Autriche, en Amérique etc ». Ses interventions s’inscrivent alors dans le cadre des grands travaux publics effectués au Gothard, à Panama et à Corinthe, auxquels il participe comme industriel « au moyen des explosifs et des applications de la perforation mécanique ».

Défense de l'industrie privée

Industriel de la dynamite, Paul Barbe manifeste également un intérêt pour la colonisation agricole  à laquelle il accorde un soutien particulier. Associant notamment les scientifiques Frémy et Urbain aux questions de culture et d’exploitation à grande échelle de la ramie, il accède un temps au rang de ministre de l’agriculture (1887). L’hommage qui lui est rendu le présente en définitive comme défenseur de l’industrie privée face aux prérogatives des monopoles d’état et plus largement animé d’un « culte profond de l’industrie privée face à tous les monopoles administratifs ». Entrepreneur de grande envergure et homme d'initiative, Paul Barbe a surtout su faire de la fabrication de la dynamite et de ses développements « une industrie française », selon les termes de la société.

Le discours de Georges Cerbelaud

Le discours reproduit ci-dessous est celui de l'ingénieur Georges Cerbelaud, prononcé à l'occasion du décès de Paul Barbe. Pour mémoire, cet ingénieur fut le traducteur d'un ouvrage consacré aux travaux de percement du Saint Gothard, dont un fascicule fut édité en 1885 par la Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite.

Georges Cerbelaud gravite donc dans la sphère des proches de Paul Barbe, fondateur de cette société avec Alfred Nobel, et dans la sphère des ingénieurs-constructeurs, concernés ou intéressés par les grands travaux de leur temps.

E. PRACA

 

 DOCUMENT

Le Fer, Paris, 8-1890

Nécrologie – M. P. Barbe

 

« L’industrie française vient de faire une grande perte en la personne de M. Paul Barbe, ingénieur, ancien officier d’artillerie, député de Seine-et-Oise et ancien ministre de l’agriculture, décédé le 29 juillet dernier.

Nous ne pouvons mieux faire, pour rendre un juste hommage à la mémoire de M. Barbe, que de reproduire les paroles émues prononcées à l’occasion de sa mort, par notre collaborateur M. G. Cerbelaud, à la dernière séance de la Société des Ingénieurs civils :

« Messieurs, une mort prématurée vient de nous enlever l’un de nos distingués collègues, M. Barbe, décédé presque subitement mardi dernier dans son cabinet de travail.

M. Paul Barbe appartenait à la Société des Ingénieurs civils depuis vingt-sept ans. Né en 1836, ancien élève de l’Ecole polytechnique et de l’Ecole de Metz, il donna bientôt sa démission d’officier d’artillerie pour se consacrer à la carrière d’Ingénieur civil. Mais l’année 1870 le retrouva l’épée à la main, et il devait dater de cette funeste guerre l’une des plus belles pages de sa carrière, par sa magnifique défense de la place de Toul, où il commandait l’artillerie, défense qui lui valut l’admiration de ses compatriotes et l’estime de l’ennemi. Après la chute de Toul, M. Barbe vint se mettre à la disposition du Gouvernement de la défense nationale, et c’est alors qu’en moins de six mois, grâce à sa parfaite connaissance des explosifs et à la confiance qu’il sait inspirer à Gambetta, il organise en France la fabrication de la dynamite et crée l’usine de Paulilles.

La guerre finie, M. Barbe se consacre complètement à l’industrie des explosifs à base de nitroglycérine inventés par notre éminent collègue M. Nobel, et ses remarquables travaux sont trop connus de la Société, grâce à ses communications et à celles de MM. Brüll, Caillaux, Aug. Moreau, etc., pour qu’il soit nécessaire de les rappeler.

On sait avec quelle persévérance et quelle énergie M. Barbe parvint à conserver à l’industrie privée la fabrication de la dynamite que l’Administration, toujours jalouse de ses prérogatives, voulait monopoliser au grand détriment de nos mines et de nos travaux publics.

M. Barbe ne limita pas à la France le développement de cette industrie qu’il avait su rendre une industrie française. Par ses soins et sur son initiative, des fabriques de dynamite furent créées en Italie, en Suisse, en Autriche, en Espagne, en Amérique etc. Partout où de grands travaux s’exécutaient, au Gothard, à Panama, à Corinthe, il y participa au moyen des explosifs et des applications de la perforation mécanique.

Elargissant la sphère de son activité, il organisa de vastes exploitations agricoles en Corse, en Algérie, en Cochinchine, et prit une grande part aux travaux entrepris par MM. Frémy et Urbain pour l’utilisation de la Ramie.

Il ne m’appartient pas de retracer la carrière politique de M. Barbe ; je dois dire toutefois qu’élu député à deux reprises successives, il fut bientôt distingué à la Chambre par son activité et sa compétence spéciale et fit partie, comme ministre de l’agriculture, du cabinet Rouvier.

M. Paul Barbe était un homme de bien. Tous ceux de nos collègues qui ont été ses collaborateurs et ses amis savent avec quelle bienveillance il accueillait les jeunes ingénieurs sans distinction d’école ni d’origine.

Il avait le culte profond de l’industrie privée et était l’ennemi acharné de tous les monopoles administratifs : c’est dire qu’il était dans la force du terme un Ingénieur civil. Grâce à sa haute situation et à sa grande fortune, il s’intéressait à tous les progrès et se plaisait à encourager toutes les initiatives. Il était de ceux qu’une société comme la nôtre s’honore d’avoir possédé parmi ses membres ; et tout ingénieur doit avoir à cœur de métier la belle parole par laquelle le président de la Chambre, l’honorable M. Floquet, a terminé son éloge funèbre : « il est mort comme il avait vécu, en travaillant ! ».

 

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BIBLIOGRAPHIE

Le Fer, Revue métallurgique, commerciale et financière, Paris, 8-1890.

POUR EN SAVOIR PLUS

Sur Paul Barbe

PRACA Edwige, Funérailles imposantes de Paul Barbe - 1890, Site Amis de Paulilles, rubrique Administration/Patronat.

PRACA E., Eugène Schneider et le projet Nobel de dynamite - 1869, Site Amis de Paulilles, rubrique Etudes.

Sur Georges Cerbelaud et le thème du Saint Gothard

PRACA E., Saint Gothard - Appareils à dégeler les explosifs - 1885, Site Amis de Paulilles, rubrique Patrimoine.