Alphonse BRUNET - Agent du Syndicat des Fabriques de Dynamite

Alphonse BRUNET - Agent du Syndicat des Fabriques de Dynamite

 

Ingénieur diplômé de l’école des mines de Saint-Chamond (Loire), Alphonse Brunet (1824-ap.1902) devient ingénieur à la Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite lors de sa création en 1875 et figure en particulier comme l’un des premiers agents du Syndicat des Fabriques de Dynamite, service fondé par Alfred Nobel et Paul Barbe en 1876[1].

A ce titre, son rôle est de suppléer ou de renforcer le personnel d’encadrement des usines de dynamite selon les besoins exprimés par les diverses sociétés européennes. Dans ses fonctions itinérantes, A. Brunet négocie et dirige surtout des travaux novateurs et hautement spécialisés de sautage à la dynamite dans trois secteurs où l'entreprise cherche à développer sa prospection commerciale : industrie, travaux publics et agriculture[2].

 

Alphonse Brunet à Paulilles

Né le 22 octobre 1824 à Paris, Alphonse Brunet est le fils d’Anatole Brunet et de Marie Flore Huot. En novembre 1876, il épouse Julie Le Danoys de Tourville, née dans la capitale en 1820, fille de Jules Barthélémi Danoys de Tourville et de Luce de Cuny[3]. Domicilié 4 villa Montmorency à Paris, il succède à cette adresse à Paul Barbe, promoteur de la dynamite, nouvellement établi rue Condorcet[4].

En 1876, Alphonse Brunet est de fait ingénieur à la Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite, agent du Syndicat des fabriques de Dynamites, dont le service vient d’être fondé par Alfred Nobel et Paul Barbe. En cette fin d'année, il remplace Xavier Bender, directeur de la dynamiterie de Paulilles (Pyrénées-Orientales), blessé dans un accident du travail[5]. Toujours présent sur le site l'année suivante, il représente la société dans une négociation sociale suivant une nouvelle explosion, cette fois mortelle[6]. En septembre 1877, ses appointements sont augmentés et portés à 300 francs par mois[7].

Interventions en agriculture

Pour la partie technique, Alphonse Brunet intervient ensuite en Catalogne. En 1878, dans une conférence tenue à l’université de Barcelone, il souligne le rôle de la dynamite dans l’établissement des systèmes d’irrigation. Sous sa direction ont été creusés à Tarragone des réservoirs à eau pluviale, situés sur des terrains viticoles en pente et alimentant des cuvettes de retenue d’eau, elles-mêmes intercalées entre les ceps de vigne.

En France, la dynamite est également utilisée pour le défrichement de terres agricoles. A. Brunet participe au modelage des propriétés de l’industriel et financier Paulin Talabot (1799-1885) situées à proximité de Limoges (Haute-Vienne). Celui-ci possède en effet à Maury, dans son département natal, un domaine dépendant de la commune de Condat, situé à 8 kilomètres de Limoges. L’industriel y fait créer « un vaste parc d'où l'on jouit d'une des plus belles vues de la contrée » et y établit « un potager, un verger, une vacherie » modèles du genre en leur temps[8]. De même, A. Brunet intervient pour le jardin de l'école normale de Limoges, puis à Haouli, en Algérie[9]

Interventions dans les travaux publics

De la Hollande à l’Espagne, Alphonse Brunet est surtout directeur de travaux spécialisés : diagnostics et expertises d'ouvrages d'art en perdition, travaux en immersion tels que destruction d’épaves, découpage d’ouvrages d’art immergés.

Tel est le cas du vapeur l’Ethelwine[10], coulé à l’embouchure de la Meuse avec un chargement de 1000 tonnes de minerai de fer, après avoir été abordé par un autre bâtiment venant de Rotterdam. L’adjudication pour l’enlèvement complet de l’épave est confiée à deux entrepreneurs locaux[11] et, après divers essais infructueux, un contrat est passé pour le découpage du bateau à la dynamite.

Un procédé breveté permet alors de découper et d’enlever avec méthode toutes les parties susceptibles d’être sauvées : en l’occurrence pour ce navire, après l’enlèvement des parties en bois (cabine du capitaine et passerelle, cabines latérales) on procède au découpage des tôles situées à l’arrière (procédé breveté), permettant ainsi la récupération des treuils à vapeur et du minerai qui y sont chargés.

D’autres travaux résultent de dégâts occasionnés aux ponts par l’affouillement des eaux. Ainsi, l’ingénieur intervient à Kampen, petite ville de Hollande où il est appelé pour la démolition d’une pile de pont métallique. Les travaux à la dynamite permettent l’arasement de la maçonnerie « jusqu’au fond de la rivière ». Il en est de même pour une autre pile de pont affouillée dans la Garonne, près de Muret[12], ainsi qu’à Domrémy, près de Sedan.

Des accidents de chantier conduisent par ailleurs au découpage sous l’eau d’un pont métallique en construction sur la Garonne, à Miramont, effondré le 23 septembre 1878[13], ainsi qu’à Cubera (Espagne), où les poutres et croisillons d’un pont métallique ont été enlevés par le vent lors d’un orage.

Interventions en métallurgie

Enfin, la dynamite peut être employée dans le dégagement de trépans coincés par la roche dans des trous de sonde. Des trépans engagés à plusieurs centaines de mètres de profondeur sont ainsi dégagés à Wacquinghem[14] près de Marquise (Pas-de-Calais), à Réty près d’Hardinghem (Pas-de-Calais) ou encore près de Narbonne, permettant la reprise de travaux.

En dernier lieu, la dynamite est utilisée dans l’industrie métallurgique, pour la destruction de grosses pièces métalliques devenues inutiles ou de coulées résiduelles agglomérées. Un procédé breveté[15] permet ainsi de désagréger les blocs formés par la fonte échappée des poches ou l'acier écoulé des convertisseurs, jusqu'à un poids de 50 tonnes.

Conclusion

Membre du Syndicat des Fabriques de Dynamite dont la composition apparaît encore peu connue, Alphonse Brunet de Saint Florent s’avère un acteur majeur dans l’exploration de nouveaux modèles et de nouvelles problématiques techniques liées à l’emploi de la dynamite. Ouvrant de  nouveaux champs d’expertise économique, il participe par diverses conférences et communications à la diffusion et à la promotion du nouvel explosif.

Cette action de vulgarisation est toutefois encadrée et limitée par le dépôt de brevets, protégeant les savoir-faire générés au sein de la Société Générale pour la Fabrication de Dynamite. Ainsi se constitue une situation d’exclusivité des pratiques, propulsant la société à l’avant-garde de services industriels et commerciaux, dérivés de la fabrication proprement dite. 

E. PRACA



 

NOTES

[1] Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite, CA du 31-1-1876 et suivants.

[2] Communication à la Société scientifique et industrielle de Marseille, 21-5-1885 et compte-rendu : « M. Brunet de Saint-Florent raconte les divers travaux qu'il a lui-même dirigés ». Sauf mention contraire, la liste des travaux mentionnés est issue de cette publication.

[3] Archives Ville de Paris, V4E/4673, 18-11-1876, acte mariage n°425 de Brunet Alphonse Léopold Ernest avec Julie Le Danoys de Tourville, veuve de Jules Joseph de Cuny. Parents de la mariée domiciliés à Rouen.

[4] P. Barbe y déménage après le décès de son épouse.

[5] Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite, mention dans CA du 6-12-1876.

[6] ADPO, 3E62/63, Etude Me Vincent Pi, notaire à Collioure, 7-8-1877, acte n°193.

[7] Société Générale pour la Fabrication de la Dynamite, CA 12-9-1877.

[8] Baron ERNOUF, Paulin Talabot. Sa vie, son oeuvre, 1799-1885, 1886, Chapitre XXVIII. Zone d’élevage : P. Talabot est propriétaire « de superbes prairies sur les bords de la Briance ». L’aménagement de ces propriétés a également pour but de faire connaître les nouvelles méthodes de culture, susceptibles d'être appliquées dans le pays.

[9] BRUNET A., communication à la Société de l’Industrie minérale, Comptes rendus mensuels, 11-1884, citée par CHALON Paul F., Traité théorique et pratique des explosifs modernes, 2e édition, 1889, p. 344. Egalement Bulletin du Congrès de la Société des Agriculteurs de France, février 1885.

[10] Egalement Ethelwin.

[11] Entrepreneurs Werboggen et Hoogendijli. La collision a eu lieu près de l’embouchure de la Meuse, à 30 km de Rotterdam.

[12] Nouveau pont en construction en 1876. Piliers en pierre et tablier métallique. A Muret, constituant une expérience novatrice, sont simultanément mis à feu vingt coup de mines, par l'action de l’électricité.

[13] BALDY G., Pont de Miramont. Homicide involontaire. Mémoire présenté par M. Baldy, ingénieur des ponts et chaussées, Paris, A. Derenne, 1879.

[14] Noté par erreur Witterhiem.

[15] Bulletin de l’Industrie Minérale, Compte-rendu de conférence faite par A. BRUNET à l’Ecole des Mines de Saint-Etienne, date non précisée.

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POUR EN SAVOIR PLUS

Geneanet : généalogie Famille Brunet - par efranck.

PRACA Edwige, Paulilles - Une page d'anthologie paternaliste - 1877, Site Amis de Paulilles, rubrique Risques/Protection sociale.